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Ordre mondial : L’Ambassadeur EDON décrypte les signes avant-coureurs d’un basculement historique

Dans une réflexion approfondie sur les dynamiques géopolitiques actuelles, Jean-Pierre A. EDON, ambassadeur et spécialiste des questions internationales, analyse les signes avant-coureurs d’un basculement majeur de l’ordre mondial. À ses yeux, les mutations observées, notamment sous l’administration de Donald Trump, traduisent une accélération du déclin de l’hégémonie occidentale et l’émergence progressive d’un nouvel équilibre international. Entre ruptures diplomatiques, remises en cause des normes établies et montée des tensions, Jean-Pierre A. EDON voit dans ces bouleversements les prémices d’une transformation irréversible du système mondial. Une lecture qui invite à repenser les rapports de puissance et les fondements de la gouvernance internationale à l’aube d’une ère multipolaire.

Lire ci-dessous l’intégralité de sa réflexion.

LES PREMICES DE L’EFFONDREMENT DE L’ANCIEN ORDRE MONDIAL

Par une analyse précédente relative à la grandeur des Etats-Unis et l’ordre mondial, nous avons évoqué la question de la fin prochaine de l’hégémonie de l’Occident que les puissances concernées, surtout les Etats-Unis ne sont pas prêtes à accepter et mettent alors tout en œuvre pour l’empêcher. Or le cycle en question est irréversible, conforme à l’évolution de l’Univers. Les récents évènements internationaux caractérisés par la violation flagrante des normes de l’ordre actuel, semblent l’attester.

Les particularités de l’Administration Trump

La politique nationale et internationale de l’administration Trump, laisse penser qu’elle a reçu une mission principale, celle de précipiter l’effondrement de l’ordre ancien, caractérisé par l’hégémonie occidentale, ce qui naturellement favorisera l’avènement d’un nouvel ordre mondial.

Une observation attentive des situations depuis le retour au pouvoir du président américain, permet d’accorder un crédit à cette thèse. Le locataire actuel de la Maison blanche, dans ses propos, comportements et divers actes, est particulier par rapport à ses prédécesseurs. Le premier élément de cette particularité, est son retour au pouvoir après quatre ans d’absence.

Sa réélection à la tête de l’Etat, est surprenante, inattendue et inhabituelle. Rares sont aux Etats-Unis, les cas où un candidat malheureux aux élections présidentielles, postule avec succès quelques années plus tard aux mêmes consultations démocratiques.

Rarissimes sont des situations où un président ayant exercé une fois une mandature, revient au pouvoir pour un second mandat après 4 ans. Généralement et selon les pratiques connues à ce jour, les intéressés se retirent volontairement de la scène politique. Voilà pourquoi le cas du président Trump devient une matière à réflexion. Il est peut-être revenu pour accomplir une mission à lui confiée par le destin et restée inachevée pendant son premier mandat.

En effet, depuis son retour triomphal à la Maison Blanche en Janvier 2025, le monde assiste précisément à des faits quasi inédits, voire incroyables : divisions extrêmes, scandales incessants, décisions qui fracturent les alliances mondiales, bombardement des pays sans l’approbation des Nations-Unies, création unilatérale d’un Conseil de paix pendant qu’il déclare la guerre à certains pays.

Certes, l’Amérique s’est toujours comportée avec la conviction que le monde lui appartient de droit, ou que sa gestion lui revient. Mais cette fois-ci, le style est différent, manque d’élégance et de la moindre diplomatie. Le sentiment de domination est fort, la volonté ou la vision devient une loi, la contestation des décisions des organes de contre-pouvoir est récurrente etc…

Quelques actes inhabituels liés à la volonté de domination

Tous ces actes qui rendent perplexe et ébahi le monde, sont les signes annonciateurs de l’effondrement d’un système entier de pensée, la fin d’une ère dominée par l’ego démesuré, le pouvoir sans conscience et la déconnexion totale du spirituel. Apparemment, le chef de l’Exécutif américain est le catalyseur parfait de ce changement qui pointe à l’horizon.

Avec les évènements tels que l’attaque du Venezuela et l’enlèvement de son président, le bombardement de l’Iran entrainant la mort du guide suprême Ali Khamenei, les menaces d’annexion du Groenland, de la reprise du canal du Panama, la fixation unilatérale des taux de douanes au mépris des normes de l’OMC et du GATT etc…, et tout ceci en violation du droit international et de la charte de l’ONU, nous assistons en temps réel aux prémices d’une nouvelle ère à court ou moyen terme.

Cette analyse rappelle une vérité spirituelle qu’avait évoquée Nostradamus, un astrologue, voyant et médecin français né en 1503, à savoir que : il n’y a pas d’évolution sans crise, pas d’éveil sans chaos, pas de transformation nouvelle sans que l’ancienne ne meurt d’abord. L’histoire humaine avance par cycle, et de temps en temps, l’humanité affronte des points de rupture. Tout ce qui est ancien doit disparaitre pour que quelque chose de nouveau puisse naître.

 Ces moments s’accompagnent toujours d’une figure, un catalyseur, quelqu’un qui consciemment ou non, accélère le déclin du système précédent. Napoleon en fut un, Hitler un autre, Trump serait probablement le suivant, pas en tant qu’ennemi ou un méchant, mais comme l’instrument que l’univers utilise pour forcer un éveil collectif. C’est peut-être la raison de son retour inattendu au pouvoir.

Avènement à court ou moyen terme d’un nouvel ordre mondial

Le système mondial que nous vivons, fondé sur la compétition, l’ego, le pouvoir centralisé et le matérialisme, serait à ses derniers instants. Trump n’en est pas la cause, il est plutôt la marque visible d’un système qui se meurt. Des sociologues diraient qu’il est le dernier Autocrate de l’ancienne époque, non pas parce qu’il est le pire, mais pour être l’accélérateur du grand changement qui, du reste, a déjà commencé.

L’une des justifications de l’amorce de ce changement, est par exemple, la résistance et la riposte inattendues de l’Iran aux attaques conjointes de deux puissances militaires. Quelle que soit l’issue de cette guerre, la situation au Moyen-Orient et dans le monde ne sera plus la même. L’éveil collectif que ce conflit armé de grande envergure a suscité, contribuera à la remise en cause de l’ordre mondial et à l’émergence précoce de nouveaux pôles.

Le monde nouveau va progressivement s’affirmer et sera caractérisé, entre autres, par l’émergence réelle de la multipolarité, la perte d’influence politique de certaines nations, la fin de l’unilatéralisme américain. Dès lors, il va s’imposer la nécessité de convenir d’une nouvelle forme de coopération internationale réciproquement avantageuse, fondée sur des bases nouvelles plus équitables.

Le constat actuel est que le monde unipolaire que l’Amérique a gouverné seul depuis la disparition de l’Union soviétique en 1991, est en train de se fissurer. Cela ne veut pas dire qu’elle est devenue faible, elle reste jusqu’à nouvel ordre, militairement et économiquement la première puissance mondiale. Mais sa domination n’est plus inconditionnelle parce que minée par des contradictions et des appréciations erronées sur la conception et le devenir de l’humanité. L’instinct très développé de puissance, aveugle les décideurs et les confine dans un conservatisme inopportun.

 Il est alors permis de croire que la Maison Blanche est en train de précipiter inconsciemment ou non, l’effondrement de l’ancien système de gouvernance mondiale. On peut citer comme suit quelques-uns des actes et initiatives sous-tendant cette appréciation :

  • La vision Trumpiste inquiétante du monde et ses modes d’action hors du commun.
  • Le recours systématique à l’usage de la force contre le droit, dans un monde en pleines mutations, un monde où 9 pays disposent aujourd’hui d’armes nucléaires, au lieu de 2 seulement en 1945.
  • Le mépris des normes et institutions internationales auxquelles Washington a tendance à se substituer.
  • L’ingérence criarde, sans scrupule dans les affaires intérieures des pays étrangers et l’aptitude à dicter des mesures et conduites à tenir aux Etats souverains etc…On dirait qu’un nouveau droit international est en train d’être écrit de façon unilatérale.

Avec ces multiples évènements qui se déroulent de nos jours sous l’hypocrisie des puissances alliées qui par peur, refusent de dire la vérité, de défendre la justice et le droit, des faits dont certains dépassent l’entendement, le monde traverse une période de rupture jonchée d’embûches. Il connait une crise aux conséquences coriaces qui, à terme, engendrera une évolution, une transformation, une redistribution des cartes au sein de l’humanité. Mais le prix de cette métamorphose sera élevé, à moins que des limites soient érigées dès maintenant aux ambitions incontrôlées de l’Amérique.

Jean-Pierre A. EDON, Ambassadeur

Spécialiste des questions internationales.

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