Investi ce mercredi dans les jardins du Palais des gouverneurs de Porto-Novo, le nouveau Président de l’Assemblée nationale a livré un discours d’orientation ambitieux, entre recueillement mémoriel et feuille de route législative.

Le Professeur Joseph Fifamin Djogbénou a solennellement pris ses fonctions à la tête de l’Assemblée nationale 10ème législature ce mercredi 15 avril 2026 dans les jardins du Palais des gouverneurs à Porto-Novo. Devant un parterre de personnalités comprenant des membres du gouvernement, les présidents des institutions de la République, le corps diplomatique accrédité ainsi que les anciens présidents du Parlement béninois, le nouveau patron du parlement a prononcé son discours d’investiture. Avant de tourner le regard vers l’avenir, le Professeur Djogbénou a tenu à honorer ceux qui ont bâti, pierre après pierre, l’édifice parlementaire béninois. Remontant le fil des législatures successives, il a évoqué la galerie des présidents qui se sont succédé à la tête de l’institution, de Justin Tomintin Ahomadegbé à Louis Gbehounou Vlavonou, en passant par Taïrou Congakou, Adrien Houngbédji, Ignace Adjo Bocco, Bruno Amoussou, Mgr Isidore de Souza, Mathurin Coffi Nago, Romain Vilon Guèzo et Valentin Djibodé Aplogan. « L’Assemblée nationale n’a de cesse de s’affirmer comme le sanctuaire du débat politique et du combat démocratique », a-t-il déclaré.
Une mention particulière a été réservée à Rosine Vyeira Soglo, disparue le 25 juillet 2021. Avec des mots bien choisis, le Président Djogbénou lui a rendu un hommage vibrant. « Elle n’a pas pu être présidente de notre assemblée. Elle a préféré, au fil des législatures, présider notre conscience politique », a-t-il dit. Saluant en elle une avocate d’exception, un stratège et une cheffe de parti dont la lucidité éclairait les débats, il l’a qualifiée de « Grand Homme d’État » un homme au sens plein et universel du terme. Une voix chargée d’émotion pour saluer celle qui fut, selon lui, « notre dame première ». Le Président Patrice Talon a lui aussi été distingué, le nouveau locataire du perchoir ayant tenu à souligner la force politique et la générosité humaine de l’ancien chef de l’État, saluant son audace au service de la Nation et son attachement aux franges les plus vulnérables de la population.
Un bicamérisme à construire
Entrant dans le vif du sujet, le Professeur Djogbénou a ensuite fixé le cap de la 10e législature, marquée par une rupture institutionnelle inédite : l’avènement du Sénat, qui redistribue les cartes du pouvoir législatif. Désormais, si l’Assemblée nationale conserve l’exclusivité du contrôle de l’action gouvernementale, elle ne conduira plus seule le processus d’élaboration des lois. L’article 79 de la Constitution, dans sa nouvelle mouture, est clair : le Parlement est désormais composé de deux chambres, l’Assemblée nationale et le Sénat. Loin d’y voir une rivalité institutionnelle, le président de l’Assemblée a appelé les deux organes à fonctionner en complémentarité. « Ils n’exerceront pas leur mission en concurrence mais de concert », a-t-il tranché, précisant que la mise en conformité du règlement intérieur avec la Constitution constituait le premier chantier attendant la représentation nationale.
L’agenda législatif de la mandature
Sur le fond, le Professeur Djogbénou a esquissé les grandes priorités qui devront structurer les travaux de la chambre au cours des sept prochaines années. Parmi elles, la régionalisation du développement, axe central du programme du président élu Romuald Wadagni, qui appelle selon lui une traduction législative concrète. « La présente législature doit être celle des réponses législatives pertinentes aux rapports sociaux et économiques », a-t-il plaidé, citant pêle-mêle les chantiers du droit civil, de la protection de la famille, du patrimoine et de la protection sociale. Pour résumer sa vision, le président de l’Assemblée a formulé une ambition simple mais exigeante : que le septennat législatif garantisse aux Béninois « des solutions nouvelles et renouvelées, qui protègent la vie, la société et l’État », tout en assurant la lisibilité, la stabilité et la sécurité juridique des normes produites. Un programme qui donne toute la mesure de l’ampleur de la tâche qui attend désormais les élus du peuple.
Fidèle KENOU

