Invité de l’émission Actu Matin sur Canal 3 Bénin, l’ambassadeur Eusèbe Agbangla s’est exprimé sur les orientations diplomatiques du président élu Romuald Wadagni, dont la victoire à l’élection présidentielle du 12 avril 2026 a été proclamée à titre provisoire par la Cour constitutionnelle. Entre continuité stratégique et diversification des partenariats, le diplomate esquisse les contours d’une politique étrangère inscrite dans la durée.

D’entrée, l’ancien ambassadeur salue une « très belle victoire » de son candidat et se dit « totalement satisfait » des résultats issus du scrutin. Au-delà de son engagement politique, il justifie son intérêt pour cette élection par les implications directes sur la diplomatie béninoise, son domaine d’expertise.
Pour Eusèbe Agbangla, la ligne directrice du nouveau chef de l’État s’inscrit clairement dans la continuité de l’action menée sous le président Patrice Talon. « La continuité diplomatique est un gage de crédibilité à l’international », affirme-t-il. Selon lui, elle permet de rassurer les partenaires et d’éviter des ruptures coûteuses dans les projets en cours. « La confiance se construit dans la durée », insiste le diplomate, soulignant l’importance de la stabilité dans les relations internationales.
Revenant sur le bilan des dix dernières années, il estime que le Bénin a progressivement renforcé sa stature sur la scène internationale. « Notre pays s’est affirmé comme un acteur respecté, écouté et même courtisé », soutient-il, rejetant les critiques évoquant un supposé isolement diplomatique. À l’en croire, les réajustements opérés, notamment la fermeture de certaines représentations diplomatiques, relèvent d’une stratégie d’optimisation et non d’un repli.
Sur le plan sous-régional, l’ambassadeur reconnaît l’existence de tensions avec certains voisins, mais se veut rassurant. Il évoque une « volonté politique » du président élu de renouer le dialogue. « Nous partageons les mêmes frontières, les mêmes peuples et les mêmes défis, notamment sécuritaires », rappelle-t-il, plaidant pour un retour à des relations apaisées.
L’un des axes majeurs mis en avant reste la diplomatie économique. Pour Eusèbe Agbangla, ce choix est non seulement pertinent, mais stratégique. « Il s’agit de faire de la diplomatie un instrument de croissance », explique-t-il. Cette orientation se traduit par l’attraction d’investissements étrangers, le positionnement du Bénin comme destination d’affaires et la mobilisation des ressources au service du développement. « La diplomatie béninoise est aujourd’hui une diplomatie de partenariat et d’opportunité », résume-t-il.
Abordant la diversification des partenaires, le diplomate insiste sur une approche pragmatique. Le renforcement des relations avec des pays comme la Chine, le Vietnam ou le Brésil ne signifie pas, selon lui, un abandon des partenaires traditionnels. « Chercher de nouveaux partenariats ne veut pas dire rejeter les anciens », précise-t-il. Dans un contexte international multipolaire, cette stratégie permettrait au Bénin de renforcer sa capacité de négociation et d’accéder à de nouveaux marchés et technologies.
Sur la question sécuritaire et les relations de voisinage, Eusèbe Agbangla met en avant la priorité accordée au bon voisinage par le président élu Romuald Wadagni. Sans dévoiler les mécanismes envisagés, il évoque une main tendue renouvelée et l’utilisation de « toutes les voies » pour restaurer la coopération régionale.
Enfin, il revient sur la politique d’ouverture du Bénin, notamment la libre entrée des Africains sans visa pour des séjours de courte durée. Une mesure qu’il juge essentielle pour l’intégration africaine, tout en reconnaissant la nécessité d’un encadrement face aux enjeux sécuritaires.
L’Ambassadeur Agbangla se montre optimiste quant à l’avenir diplomatique du Bénin. « L’espoir est permis », affirme-t-il, convaincu que le pays poursuivra son positionnement comme un acteur influent, ouvert et engagé dans une dynamique de développement, en s’appuyant sur une diversification maîtrisée de ses partenariats.
Romain HESSOU

