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Sénat et “trêve politique” : Pr Théodore Holo clarifie sa position

Lors d’un échange avec des acteurs du monde juridique et politique, organisé le jeudi 16 avril 2026 par l’Institut des artisans de justice et de paix, Chant d’Oiseau (IAJP-CO), le constitutionnaliste a livré une lecture critique des récentes évolutions du cadre institutionnel béninois.

Une position tranchée sur le Sénat : Au cœur des discussions, la question de sa présence au sein du Sénat, institué par la révision constitutionnelle du 17 décembre 2025, a suscité un intérêt particulier. Face au public, le professeur Théodore Holo a apporté une réponse sans ambiguïté, « Si je veux être membre du Sénat ou pas, je ne vois pas ce qui m’interdit de dire que je ne serai pas membre du Sénat. Si je ne suis pas d’accord avec les mécanismes du Sénat, j’ai mon libre arbitre et je vais démissionner ».

À travers cette déclaration, l’ancien président de la Cour constitutionnelle met en avant la primauté de la conviction personnelle dans un contexte où cette nouvelle institution, présentée comme un creuset de sages, continue d’alimenter les débats au sein de l’opinion.

Une critique de la notion de “trêve politique” : Au-delà du Sénat, Théodore Holo s’est également penché sur la notion de « trêve politique », introduite dans la Constitution révisée. Une expression qu’il juge inadaptée. « La trêve politique, même si cela traduit une certaine réalité, l’expression n’est pas bonne », a-t-il estimé, soulignant que la vie politique ne saurait être mise entre parenthèses après les élections. Pour le constitutionnaliste, les partis politiques doivent continuer à jouer pleinement leur rôle, notamment en animant le débat public et en contribuant à l’expression du suffrage.

Préserver le rôle de l’opposition

Dans son analyse, le professeur Holo insiste sur la nécessité de maintenir un équilibre entre l’action gouvernementale et l’expression des contre-pouvoirs. « Quand vous arrivez au pouvoir, ceux qui ne sont pas d’accord avec vous ne veulent pas, par tous les moyens, vous empêcher de mettre en œuvre votre programme », a-t-il expliqué. Il défend ainsi une opposition active, capable de critiquer sans chercher à bloquer systématiquement l’action publique, tout en formulant des alternatives crédibles.

Libertés publiques et encadrement des manifestations : Revenant sur son expérience passée, notamment sous la présidence de Thomas Boni Yayi, il a rappelé les principes qui doivent encadrer les manifestations publiques. « Vous ne pouvez pas interdire. Vous pouvez encadrer les manifestations », a-t-il insisté, plaidant pour un équilibre entre liberté d’expression et impératifs de sécurité. Selon lui, les autorités peuvent fixer des restrictions en matière d’horaires ou de lieux afin de préserver l’ordre public, sans pour autant porter atteinte aux droits fondamentaux.

Au-delà des aspects techniques, Théodore Holo appelle à une élévation du débat politique. Il invite les acteurs à dépasser la contestation systématique pour proposer des solutions concrètes. Pour lui, la critique doit rester un levier d’amélioration de l’action publique, à condition qu’elle s’inscrive dans une démarche constructive.

Introduite dans un objectif de stabilisation du climat politique post-électoral, la notion de « trêve politique » continue ainsi de susciter des interrogations. Les prises de position comme celle de Théodore Holo pourraient alimenter les réflexions futures sur l’encadrement du pluralisme politique au Bénin.

Romain HESSOU

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