Le verdict de la Banque mondiale est sans appel. Dans son rapport d’avril 2026, intitulé « État des lieux de l’économie africaine », l’institution de Bretton Woods dresse le constat d’une reprise en essoufflement. Entre chocs géopolitiques et faiblesses structurelles, l’Afrique subsaharienne cherche un second souffle alors que la croissance, révisée à la baisse, devrait plafonner à 4,1 % cette année.

Le ciel économique s’assombrit. L’inflation, que l’on espérait contenue après un creux à 3,7 % en 2025, devrait remonter à 4,8 % en 2026. En cause : le conflit au Moyen-Orient qui fait flamber les factures énergétiques. Cette pression s’ajoute à une vulnérabilité financière critique. À la fin de 2025, plus de la moitié des pays de la région (25 sur 48) sont en situation de surendettement ou à risque élevé. Le service de la dette extérieure est devenu un boulet budgétaire, captant 18,2 % des recettes publiques ; selon le rapport.
Les trois « lacunes » du moteur industriel
Pour sortir de l’ornière, le rapport de la Banque Mondiale exhorte à « faire aboutir les politiques industrielles ». Mais le chemin est semé d’embûches. La Banque mondiale identifie trois failles majeures :
- La lacune de sélection : les pays visent des secteurs trop complexes (ex: électronique de pointe) sans base technique préalable.
- La lacune de dosage : un soutien public trop éphémère pour franchir la courbe d’apprentissage.
- La lacune de complémentarité : l’absence d’écosystèmes (énergie, logistique). À 18,5 centimes USD le kWh, le coût de l’électricité en Afrique est deux fois plus élevé qu’au Bangladesh, et les entreprises subissent en moyenne 7,6 coupures par mois.
Levier de croissance : l’approche par l’écosystème
Le rapport préconise d’abandonner les « enclaves » isolées au profit de stratégies intégrées. L’investissement est le nerf de la guerre : aujourd’hui, aucun pays de la région n’atteint le seuil critique de 25 % du PIB nécessaire à une croissance durable.
L’espoir réside dans la ZLECAf, levier indispensable pour briser la petitesse des marchés nationaux, et dans la transition verte. L’Afrique détient une opportunité historique avec ses minéraux critiques (cobalt, lithium). Plutôt que d’exporter brut, le rapport invite à une transformation locale, notamment dans la filière des batteries.
En conclusion, la transformation structurelle de l’Afrique ne se décrète pas par des incitations fiscales miraculeuses. Elle dépendra de la capacité des États à stabiliser leur dette tout en bâtissant des écosystèmes rigoureux, de l’infrastructure de qualité à la formation de la main-d’œuvre, pour enfin transformer le potentiel en prospérité réelle.
Olivier ALLOCHEME

