
La salle Solidarité de l’Université de Parakou a accueilli, le jeudi 23 avril 2026, un atelier de sensibilisation crucial portant sur la « sensibilité aux conflits ». Organisée par la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines (FLASH) en partenariat avec la fondation Peace Nexus, cette rencontre a mobilisé enseignants-chercheurs, autorités politico-administratives et futurs cadres en Master professionnel. L’objectif principal consistait à transformer la perception du conflit, passant d’une simple notion morale à une véritable compétence technique intégrée aux curricula universitaires et aux interventions sociales dans les contextes fragiles du septentrion.
Dès l’ouverture des travaux, la Professeure TAMA IMOROU Clarisse, Doyen de la FLASH, a souligné que cet événement marque le début d’une expérience académique exigeante. Pour l’autorité décanale, la connaissance ne doit plus se limiter à l’accumulation de savoirs théoriques, mais doit engager une posture réflexive face aux réalités sociales complexes. Le Vice-Recteur chargé de la recherche, le Professeur BACO Nasser, a renchéri en invitant les participants à faire de l’analyse des conflits un paradigme scientifique généralisé à toute l’institution. Cette vision est partagée par Monsieur KEBE, représentant de Peace Nexus, qui a réaffirmé l’engagement de son organisation à soutenir les approches collaboratives pour répondre aux défis sécuritaires des communautés locales.
Le cœur de l’atelier a reposé sur une série de communications scientifiques de haut niveau. La conférence inaugurale a permis de définir la « sensibilité aux conflits » sous un double angle : une posture universitaire adaptative pour minimiser les effets pervers des recherches de terrain, et une approche sociale visant à éviter que les projets de développement ne génèrent des tensions inattendues. Le président du comité d’organisation, Professeur Aboudou Ramane a, pour sa part, outillé l’assistance avec des instruments techniques tels que la cartographie des acteurs, l’arbre à conflit et la grille OCASE. Ces méthodes permettent de visualiser les alliances, d’identifier les racines structurelles des crises et de clarifier les intérêts réels des parties prenantes pour anticiper toute dégradation du climat social.
La dimension humaine de l’intervention a été portée par le Professeur Affo, qui a présenté la sensibilité aux conflits comme le fondement même de la cohésion sociale. Selon l’universitaire, intervenir dans un contexte de tension exige une maturité constante et un respect profond de la dignité d’autrui. L’atelier s’est ensuite enrichi de partages d’expériences pratiques, notamment sur la gestion des risques environnementaux présentée par le Professeur Norbert Agoïnon. Un retour de terrain édifiant a également mis en lumière l’utilisation de la « pratique griotique » dans le Nord du Bénin comme levier efficace de prévention contre l’extrémisme violent, prouvant que les mécanismes traditionnels conservent une pertinence capitale dans la médiation moderne.

À l’issue des réflexions, une série de recommandations fortes a été formulée pour pérenniser ces acquis. Les participants préconisent notamment l’intégration systématique de modules d’analyse de conflits dans les cursus de sciences sociales et la création d’un observatoire universitaire des dynamiques conflictuelles. Pour les acteurs politiques, l’adoption d’une clause de « sensibilité aux conflits » dans l’élaboration des politiques publiques apparaît désormais comme une nécessité. Pour finir, la mise en place d’une plateforme tripartite associant l’université, les décideurs et la société civile devrait permettre de transformer ces savoirs en actions concrètes pour la stabilisation durable de la région
Augustin HESSOU

