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Allocations universitaires : Survie, projets et loisirs…Quand le sort des  bourses  vacille dans la poche des  bénéficiaires

Au Bénin, la bourse universitaire allouée aux étudiants représente plus qu’une simple aide financière de l’État. Pour certains bénéficiaires, elle constitue la principale source de revenus, permettant de poursuivre leurs études. D’autres l’utilisent pour assouvir leurs désirs de l’instant. A l’université d’Abomey-Calavi, étudiants, parents et autres responsables en parlent dans cette enquête.

À l’Université d’Abomey-Calavi, le paiement des bourses continue de suivre un processus long. Mais au-delà du soulagement qu’elle offre, cette période est l’occasion pour beaucoup de bénéficiaires de se préparer à réaliser des projets longtemps différés. Certains étudiants ambitieux profitent pour acquérir des outils indispensables à leur formation quand la bourse tombe. D’autres en font un usage plus fructifiant. Joris Péniel FANOU, étudiant en métier de l’audiovisuel et multimédia, boursier,  415000 CFA par an est  focus sur ses objectifs. Il a décidé de s’acheter « un appareil photo numérique, un trépied, des micros et un flash ». Ces matériels lui permettront non seulement d’approfondir ses connaissances mais aussi de se faire de l’argent en offrant quelques services en photographie.   Immaculée Ahotin, étudiante à la gestion du cadre de vie, tient elle, à préparer sa vie professionnelle depuis les bancs de l’amphithéâtre avec une partie de sa bourse. « La bourse sert à gérer mes dépenses en ce qui concerne les besoins scolaires, les besoins personnels, logement, restauration et autres » explique –t-elle. Mais une partie (la bourse de la 3e année) est réservée pour son projet professionnel après la soutenance : celui d’investir en production maraîchère urbaine. Cette vision est partagée par Aude DANSODJI, étudiant en journalisme, qui économise ses bourses pour la réalisation de son projet professionnel. « Malheureusement ou heureusement, j’ai eu moi, un secours de 132000 CFA. En 1 ère année, il fallait que je verse une somme à mon père qui était malade. Le reste de l’argent, j’ai assuré le déplacement, la gastronomie et d’autres soucis personnels « , a confié Aurèle OTI, étudiante en 3ème année en Socio-Anthropologie.

L’objectif principal des bourses universitaires est de renforcer les capacités d’apprentissage, d’améliorer les chances de réussite académique et de permettre aux étudiants d’étudier dans de bonnes conditions. Elles sont perçues, pour les étudiants bénéficiaires, non seulement comme une aide financière étatique mais aussi un fond d’investissement.

Couvrir les dépenses essentielles

 Pour une grande partie des étudiants interrogés, les montants perçus servent avant tout à couvrir les dépenses essentielles. Logement, alimentation, transport, frais de photocopie et soins de santé absorbent presque tout, voire la totalité, de la bourse. « Ma ration journalière c’était 1000f et c’était insuffisant. Il est difficile de penser à acheter des livres et faire des photocopies alors qu’il faut manger et se déplacer chaque jour. »  a fait savoir un ancien étudiant boursier au département d’anglais. Si la finalité des allocations universitaires permet de soutenir l’apprentissage et de renforcer les perspectives de réussite,  la plupart des étudiants en font un usage prioritairement orienté vers la satisfaction des besoins vitaux et le soutien aux charges familiales.  » Quand la bourse tombe, je règle d’abord mes dettes et mes dépenses alimentaires » a affirmé Emmanuelle FANOU étudiante à la FAAST, et demi boursière (130000 FCFA, l’an). Pour Thibault, ancien étudiant boursier au département des Lettres Modernes, c’est la fête après chaque virement. « Presque tous les jours, on sortait avec de l’argent plein les poches. Et c’était la belle vie » s’est-il rappelé sans regretter. Il y en a d’autres qui ont géré aussi leurs bourses comme lui.

 « Ils ne connaissent pas la vraie importante de la bourse »

Dr Adjignon Dénis HODONOU psychologue, se veut plus regardant sur les différents usages que les étudiants bénéficiaires font de leur bourse. « Il est vrai que la gestion des bourses varie d’un étudiant à un autre. Certains l’investissent pour un lendemain meilleur, tandis que d’autres l’utilisent pour satisfaire des besoins immédiats sans penser au lendemain » fait-il comprendre d’abord. Et de poursuivre : « Lorsqu’ils prennent la bourse, quelque temps après, on constate qu’ils ne disposent plus d’aucune somme d’argent sur eux » constate-t-il. Pour ces étudiants qui utilisent des bourses à des fins non académiques, le psychologue explique que ce sont des jeunes qui, en réalité, avaient quelques besoins non satisfaits, qui ne rentrent pas en droite ligne avec leurs études, et sans trop réfléchir se jettent dans ces dépenses données. « Ils ne connaissent pas la vraie importance de la bourse car elle leur est attribuée avant tout pour faciliter les études à travers l’obtention des documents, et un peu soulager la tâche aux parents » va-t-il souligner aussi. Pour d’autres encore, la bourse contribue parfois à faciliter les besoins fondamentaux tels : la nutrition, le logement, l’habillement et même les soins.

Dans certaines familles, les étudiants cachent l’obtention de bourse aux parents parce qu’ils savent que si les parents le découvrent, ils voudront la reprendre ou arrêter certaines aides. Ces étudiants, contournent ainsi les parents, et gèrent la bourse à leur guise, tout en prenant l’argent chez les parents.

Le regard pointu des parents et autres

 Certains parents d’étudiants boursiers rencontrés ont affirmé que la gestion se passe bien. « Les bourses une fois reçues, nous sont remises pour une bonne utilisation. Mais demander comment on gère la bourse, c’est demander comment nous sommes arrivés à entretenir nos enfants boursiers durant toute l’année académique » affirme Séraphin AGBOTOFIO, père d’une étudiante en deuxième année de journalisme. Il ajoute : « Le loyer, le déplacement, l’argent de poche, les photocopies et autres dépenses d’un mois avoisinent les 400000 CFA, chez lui, sans compter l’habillement et les frais de la communication, l’achat de l’ordinateur portable et d’une moto à la fin de la formation s’avère tout aussi important. Multiplier ce coût par 9 ou 10 voire 11 mois revient à comprendre comment est gérée la bourse. C’est cette bourse qui permet aux parents de souffler un peu et de mieux s’occuper des autres enfants ».

Lisson HOUESSOU, président de la CADEB (Cellule d’Accompagnement et de Développement des Etudiants du Bénin), renseigne sur les mesures entreprises par cette structure pour permettre aux étudiants une meilleure gestion de leur bourse.  » Nous organisons des séances de sensibilisation pour aider les bénéficiaires de la bourse à en faire un usage judicieux. Ces séances mettent l’accent sur la gestion responsable des ressources, l’équilibre entre besoins académiques et charges personnelles, ainsi que l’importance d’investir dans des activités utiles pour leur avenir. » a-t-il déclaré. « Nous insistons sur l’éducation financière et la responsabilisation, afin que cette aide contribue réellement à leur réussite académique et à leur autonomie » » a-t-il aussi souligné.

Jennifer DOVONOU, MONLANDJO Pacôme, AVODAGBE Nina Mathéo HOUNKPEVI et Kyria AGBOTOFIO (Stagiaires)

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