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Capital bancaire au Bénin  : Une souveraineté étatique affirmée face aux modèles de l’UEMOA

Dans une étude consacrée aux évolutions bancaires ouest-africaines publiée le 17 octobre 2023, l’expert financier Paul Derreumaux qualifiait la situation de la zone de « continuité en trompe l’œil ». Au Bénin, à quelques mois seulement de l’échéance du 31 décembre 2026 fixée pour le relèvement du capital social minimum des banques à 20 milliards de francs CFA, le secteur bancaire « s’inscrit aujourd’hui dans une double dynamique d’intégration sous-régionale et de reconquête de la souveraineté financière nationale ». La cartographie du capital des établissements de la place de Cotonou ne fait plus apparaître de domination des intérêts européens, le marché « se trouvant majoritairement sous l’influence de groupes bancaires régionaux de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) et du reste du continent ». Dans un rapport d’analyse publié en mai 2024, l’agence de notation américaine Fitch Ratings expliquait que ce désengagement des banques occidentales s’explique par le fait que « la réduction de leur présence en Afrique correspond également mieux à leur appétit pour le risque conservateur et à leurs efforts pour optimiser les actifs pondérés en fonction des risques dans le cadre de la surveillance bancaire européenne ». D’après les statistiques prudentielles consolidées de la Commission Bancaire de l’UMOA arrêtées au 31 décembre 2025, les capitaux sous contrôle béninois représentent désormais 34,2 % du capital global du secteur bancaire national, répartis entre 22,7 % de participations publiques et 11,5 % d’actionnariat privé local, tandis que les investisseurs régionaux et internationaux contrôlent les 65,8 % restants, dont 41,6 % hors zone UEMOA.

L’État béninois, architecte stratégique du pôle bancaire national

Pour pallier le poids encore mesuré de l’actionnariat privé local, le gouvernement béninois a déployé un volontarisme étatique marqué autour de la Banque Internationale pour l’Industrie et le Commerce (BIIC), établissement doté d’un capital de 82,514 milliards de FCFA. Dans la note d’orientation de l’Offre Publique de Vente (OPV) diffusée le 24 décembre 2024, le Gouvernement béninois indiquait que la cession partielle de ses parts au grand public visait à « promouvoir la transparence dans les opérations financières, stimuler le marché boursier régional et impliquer davantage le secteur privé dans l’actionnariat de la BIIC ». Le document officiel précisait également que cette opération constituait « un moyen de mobiliser des ressources financières sans recourir à l’endettement, afin de soutenir les projets structurants au bénéfice de l’économie nationale ». À l’issue de cette souscription clôturée en février 2025, la structure du capital de la BIIC s’établit entre le grand public et le secteur privé à hauteur de 40 %, la Caisse des Dépôts et Consignations du Bénin à 32 %, la Caisse Nationale de Sécurité Sociale à 13 %, l’État béninois directement à 11,26 % et le Port Autonome de Cotonou à 4 %. Par ailleurs, concernant le rachat de 93,43 % des parts de Société Générale Bénin par la puissance publique, la direction du groupe bancaire français a confirmé dans son rapport financier semestriel déposé auprès de l’AMF le 31 juillet 2026 qu’elle « maintient son intention de vendre » et « continue de considérer cette cession comme hautement probable ».

La structure béninoise au miroir des modèles de la sous-région UEMOA

L’examen comparatif de l’actionnariat au sein de l’UEMOA publié par la Commission Bancaire pour l’exercice clos au 31 décembre 2025 fait ressortir des disparités marquées entre les pays membres. À l’échelle communautaire, les capitaux nationaux représentent en moyenne 44,1 % du capital bancaire, combinant 20,6 % de participations publiques et 23,5 % de fonds privés locaux. Si le Bénin se situe sous cette moyenne globale en raison d’un actionnariat privé national limité à 11,5 %, il dépasse la moyenne régionale en matière d’actionnariat public avec 22,7 %, devançant nettement la Côte d’Ivoire qui enregistre 15,2 % et le Sénégal à 20,2 %. Le Burkina Faso demeure en tête du contrôle national avec 67,6 % du capital de ses banques, porté par un secteur privé local détenant 47,0 % des parts.

État membre de l’UEMOACapitaux nationaux globauxActionnariat public nationalActionnariat privé nationalActionnariat étranger (hors UEMOA)
Burkina Faso67,6 %20,6 %47,0 %20,1 %
Niger50,1 %29,5 %20,6 %35,1 %
Togo49,1 %19,8 %29,3 %24,0 %
Côte d’Ivoire44,4 %15,2 %29,2 %38,2 %
Moyenne UEMOA44,1 %20,6 %23,5 %35,9 %
Sénégal38,6 %20,2 %18,4 %40,1 %
Mali38,5 %27,8 %10,7 %41,2 %
Bénin34,2 %22,7 %11,5 %41,6 %
Guinée-Bissau13,6 %0,0 %13,6 %27,4 %

 

Le compte à rebours réglementaire  

L’exigence prudentielle d’un capital minimum de 20 milliards de FCFA décidée par l’UEMOA s’impose désormais comme le régulateur suprême du paysage bancaire. Dans le rapport d’activité annuel de l’institution relatif à l’exercice 2025, Jean-Claude Kassi Brou, Gouverneur de la BCEAO et Président de la Commission Bancaire de l’UMOA, a réaffirmé que l’organe de contrôle « veillera au respect de la mesure de relèvement du capital social minimum des banques, dont l’échéance est fixée au 31 décembre 2026 ». Face à ce calendrier, plusieurs banques établies à Cotonou ont pris les devants, à l’image du groupe Bank of Africa qui a porté le capital de sa filiale BOA Bénin à 40,561 milliards de FCFA dès le 20 août 2024 par incorporation de réserves. De leur côté, des établissements comme NSIA Banque Bénin avec 30,450 milliards de FCFA et BANGE Bank Bénin avec 24,312 milliards de FCFA répondent déjà aux normes requises. L’échéance de la fin d’année 2026 devrait ainsi parachever la recomposition du marché financier régional au bénéfice des institutions les plus solides et des acteurs publics capables d’accompagner l’effort de fonds propres.

Olivier ALLOCHEME

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