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Dette publique : Le Bénin franchit 9 000 milliards FCFA, mais reste sous le plafond communautaire

L’encours de la dette publique du Bénin a atteint 9 122,2 milliards de francs CFA à fin juin 2026, en hausse de 650 milliards en six mois. Malgré cette progression, le ratio d’endettement demeure à 50,1 % du PIB, largement en dessous du plafond communautaire de 70 % fixé par l’UEMOA.

La dette publique béninoise poursuit sa progression. Selon les données du Bulletin statistique de la dette publique relatif au deuxième trimestre 2026, publié le 11 août par la Caisse autonome de gestion de la dette (CAGD), l’encours s’est établi à 9 122,2 milliards de francs CFA à fin juin 2026, contre 8 472,2 milliards à fin décembre 2025. En six mois, le stock de dette s’est ainsi accru de 650 milliards de francs CFA.

Cette augmentation ne s’est toutefois pas traduite par une forte dégradation du ratio d’endettement. Celui-ci est passé de 50 % du PIB à fin décembre 2025 à 50,1 % à fin juin 2026, après avoir atteint 49,6 % à fin mars. Entre mars et juin, l’encours a progressé de 94,5 milliards de francs CFA, passant de 9 027,7 à 9 122,2 milliards.

Les emprunts en devises tirent l’encours vers le haut

La progression observée au premier semestre s’explique principalement par les décaissements effectués au titre des emprunts en devises. Ceux-ci ont atteint 905,8 milliards de francs CFA à fin juin. Dans ce montant, 381,6 milliards proviennent des bailleurs multilatéraux et 478,8 milliards des émissions internationales réalisées en janvier 2026. À cela s’ajoutent 86,7 milliards de francs CFA mobilisés à travers les titres du Trésor sur le marché régional de l’UEMOA.

Le volume des nouveaux financements conclus au cours du semestre donne également une indication de la dynamique future. Les nouveaux accords de financement portent sur 578,2 milliards de francs CFA en devises et 139,7 milliards en monnaie locale. La CAGD précise néanmoins que la signature d’un accord ne signifie pas son intégration immédiate dans l’encours : seuls les financements effectivement décaissés sont comptabilisés dans le stock de dette.

Une dette fortement tournée vers l’extérieur

La structure de l’endettement constitue l’un des principaux éléments à surveiller. À fin juin, la dette extérieure s’élevait à 7 275,9 milliards de francs CFA, soit 79,8 % de l’encours total, tandis que la dette intérieure représentait 1 846,3 milliards. Les investisseurs non-résidents détenaient à eux seuls 89 % du stock global.

Cette forte composante extérieure intervient dans un environnement régional où la soutenabilité de la dette constitue une préoccupation croissante. Le Fonds monétaire international, dans ses Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne publiées en avril 2026, souligne notamment le lien étroit entre les États et les banques dans l’UEMOA. Selon le document, la dette publique représente 43 % des actifs bancaires de l’Union, créant un risque de contagion entre difficultés budgétaires et fragilité financière.

Le FMI apporte une autre lecture de la trajectoire

Les données de la CAGD doivent par ailleurs être distinguées des projections du FMI. Selon les projections initiales de l’institution, la dette publique béninoise devait atteindre 57,2 % du PIB en 2026, un niveau qui demeure inférieur au plafond communautaire de 70 %. Ce chiffre est une projection pour l’ensemble de l’année et ne doit donc pas être confondu avec le ratio de 50,1 % effectivement constaté à fin juin par la CAGD.

Le FMI avait également procédé en février 2026 à une reclassification de la dette béninoise. Plusieurs prêts extérieurs contractés en 2021 et transférés à des entreprises publiques ont été réintégrés dans la dette publique. Cette opération a porté le ratio d’endettement à fin 2024 de 53,7 % à 60,5 % du PIB. Le FMI maintient toutefois le Bénin dans la catégorie des pays présentant un risque modéré de surendettement, tout en appelant à un rééquilibrage progressif vers la dette intérieure.

Un service de la dette déjà lourd

L’autre indicateur à surveiller est le coût du service de la dette. Au premier semestre 2026, le Bénin a consacré 580,7 milliards de francs CFA au service de sa dette. Cette enveloppe comprend 384,1 milliards de remboursement du principal et 196,6 milliards au titre des charges financières.

La loi de finances 2026 prévoit par ailleurs une enveloppe de 718,8 milliards de francs CFA pour le remboursement du principal, dont près de 300 milliards destinés aux obligations du Trésor sur le marché régional. Cette politique de remboursement constitue un signal de solvabilité adressé aux investisseurs institutionnels de l’UMOA.

Le Bénin reste sous le seuil de 70 %

Malgré l’augmentation de l’encours, la situation demeure, au regard du principal indicateur communautaire, sous contrôle. À fin juin, le ratio d’endettement de 50,1 % restait inférieur de près de vingt points au plafond de 70 % du PIB fixé par l’UEMOA. Aucun arriéré de paiement n’était par ailleurs enregistré à cette date.

Le contraste avec la moyenne régionale reste toutefois significatif. La dette publique de l’UEMOA aurait atteint environ 62,5 % du PIB, après avoir doublé en dix ans, tandis que le service de la dette a absorbé 69,4 % des recettes fiscales des États membres en 2025.

Le Bénin conserve donc une position relativement favorable au sein de l’Union, mais l’évolution de son encours appelle à la vigilance. Avec une dette dont près de 80 % est extérieure et une très forte présence d’investisseurs non-résidents, l’enjeu des prochains mois sera moins celui du respect immédiat du plafond communautaire que celui de la maîtrise du rythme d’endettement, du coût du service de la dette et de la structure des financements.

Olivier ALLOCHEME

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