Présentée mercredi 23 septembre 2026 au Palais de la Marina, la réforme sur le développement des Pôles territoriaux entend renforcer la territorialisation de l’action publique et rapprocher davantage les politiques de développement des réalités locales. A l’issue de cette présentation, plusieurs responsables territoriaux ont livré leurs premières appréciations. Entre changement de paradigme, prise en compte des spécificités locales et accélération de la lutte contre la pauvreté, maires et préfets mettent en avant les attentes suscitées par ce nouveau dispositif.

« La décentralisation 3.0 ». Le Maire de Cotonou et président de l’Association nationale des communes du Bénin (ANCB), Luc Gnacadja voit dans la réforme annoncée une évolution de l’approche du développement territorial. Il la qualifie de « décentralisation 3.0 », estimant que le dispositif doit permettre de partir davantage des potentialités propres à chaque territoire. Selon lui, l’enjeu est de faire en sorte que les communes et les territoires qui partagent des atouts communs puissent construire leur développement à partir de leurs réalités propres. Cette approche devrait également permettre, estime-t-il, de rapprocher la croissance des communautés et des populations.
« Le cadrage qui est fait est très prometteur parce qu’il est aussi inclusif », a déclaré le président de l’ANCB. Pour lui, les Délégués généraux de Pôle auront une responsabilité importante dans la mise en œuvre de cette nouvelle architecture. Luc Gnacadja insiste également sur la responsabilité des élus et des responsables locaux. Il appelle ces derniers à donner l’exemple dans leur environnement immédiat, notamment en matière de propreté et de respect du cadre de vie.
Une nouvelle étape dans la décentralisation
Le maire de Cotonou situe cette réforme dans la continuité de l’évolution de la décentralisation au Bénin. Il distingue ainsi plusieurs étapes, une première phase au début des années 2000, une deuxième marquée notamment par l’émergence des Secrétaires Exécutifs des mairies, et désormais une approche qu’il qualifie de « décentralisation 3.0 ». Cette nouvelle étape devrait, selon lui, renforcer le principe de subsidiarité en faisant de chaque acteur un participant au développement de son territoire.
L’approche rejoint ainsi l’objectif affiché lors de la présentation officielle de la réforme, celle de renforcer l’efficacité de l’action publique et d’accélérer le développement au plus près des populations.
L’Alibori veut valoriser ses spécificités
Dans le nord du pays, le préfet de l’Alibori, Ahmed Bello Ky-Samah, insiste pour sa part sur la nécessité de tenir compte des caractéristiques propres à chaque région. « Il faudrait forcément tenir compte des aspects de chaque localité, des avantages comparatifs déjà de chaque région de notre pays », a-t-il souligné.
Pour le préfet, le développement territorial ne peut être uniforme. Chaque espace dispose de potentialités et de contraintes qui doivent être intégrées dans les politiques publiques. Il appelle ainsi à accompagner la vision présentée par le Chef de l’État et le Gouvernement afin de donner davantage d’élan aux acteurs locaux. L’objectif, selon lui, est de permettre à chaque localité de construire un développement en cohérence avec ses spécificités.
À Ouidah, l’accent sur la réduction de la pauvreté
Le maire de Ouidah, Christian Mawugnon Houétchénou, estime pour sa part que la réforme vient préciser l’orientation donnée à la territorialisation du développement.
Il relève notamment la nécessité d’accélérer les efforts dans les zones où persistent des situations de pauvreté. « Il y a encore beaucoup de points de pauvreté dans nos pays, dans nos communautés, dans nos communes », a-t-il déclaré. Pour l’édile de la cité historique, l’enjeu consiste désormais à accélérer le développement afin que les différentes parties du territoire puissent bénéficier des politiques publiques de manière concomitante.
Cette préoccupation rejoint l’une des priorités annoncées dans le cadre de la réforme des Pôles territoriaux, celle de réduire l’extrême pauvreté, de développer le capital humain et de créer davantage de richesse à la base.
Ces appréciations interviennent alors que le nouveau dispositif doit désormais passer de sa phase de présentation à celle de mise en œuvre. Le rôle des Délégués généraux de Pôle, la prise en compte des potentialités locales et la capacité des communes à travailler autour d’objectifs communs seront notamment au cœur de cette nouvelle organisation.
Du concept aux résultats
La présentation du 23 septembre a réuni autour du Chef de l’État le président de l’Assemblée nationale, les membres du CES, les préfets, les maires des 77 communes et les membres du Gouvernement. Cette configuration traduit la volonté d’associer les différents niveaux de responsabilité à la mise en œuvre de la réforme.
Pour les acteurs interrogés à l’issue de la cérémonie, le principal enjeu sera désormais de traduire les orientations annoncées en résultats visibles dans les communes et les communautés.
La réforme des Pôles territoriaux ouvre ainsi une nouvelle séquence dans la politique de développement local. Sa portée devra surtout être appréciée à l’aune de sa mise en œuvre effective et de ses effets sur les conditions de vie des populations.
Romain HESSOU

