
La Banque mondiale vient d’allouer 137 millions de dollars au Bénin, au Libéria et à la Sierra Leone pour accélérer leur transformation numérique. Pour le Bénin, ce financement ouvre un nouveau front : faire du numérique le prochain levier de son développement économique.
Il y a quelques semaines à peine, la Banque mondiale publiait ses Perspectives économiques mondiales et classait le Bénin en tête des économies de l’UEMOA, avec une prévision de croissance de 7 % pour 2026. Le 10 mars, la même institution franchit une étape supplémentaire : elle annonce un financement de 137 millions de dollars au titre du Projet d’intégration numérique régionale en Afrique de l’Ouest (WARDIP2), couvrant le Bénin, le Libéria et la Sierra Leone. Un signal fort envoyé au gouvernement béninois, dont la trajectoire de croissance pourrait se trouver encore renforcée par cette révolution silencieuse que constitue l’économie numérique.
Un financement structuré autour de trois piliers
L’enveloppe de 137 millions de dollars repose sur une architecture tripartite. Le premier pilier vise l’expansion et la modernisation des infrastructures numériques, jugées indispensables à la compétitivité des économies concernées. Le deuxième entend améliorer l’environnement des affaires, en harmonisant les réglementations et en renforçant la gouvernance numérique. Le troisième, enfin, cible directement le tissu entrepreneurial, en soutenant les entreprises dans leur développement sur les marchés régionaux.
Concrètement, le projet ambitionne de connecter 5,2 millions de personnes supplémentaires à l’internet haut débit dans les trois pays bénéficiaires, et d’ouvrir l’accès aux services numériques à 5,4 millions de nouveaux utilisateurs. Des chiffres qui donnent la mesure de l’ampleur du chantier, mais aussi de son potentiel transformateur. « Cette nouvelle initiative permettra à l’Afrique de l’Ouest d’accélérer sa transformation économique en créant des emplois, en renforçant la résilience et en favorisant l’émergence d’un marché numérique régional plus intégré, souligne Michel Rogy, directeur régional Banque mondiale, numérique et IA. Elle s’attaque à l’un des défis les plus persistants de la région : une connectivité coûteuse et peu fiable limitant la compétitivité et l’accès des populations aux opportunités numériques. »
Des compétences au cœur du dispositif
Au-delà des infrastructures, WARDIP2 place le capital humain au centre de sa stratégie. Quelque 9 000 personnes (avec une attention particulière portée aux femmes et aux jeunes) bénéficieront de formations aux métiers du numérique dans des domaines aussi porteurs que l’intelligence artificielle, la cybersécurité et l’entrepreneuriat. Pour le Bénin, où la pyramide des âges est particulièrement jeune et où l’emploi des nouvelles générations constitue un enjeu social de premier plan, cet axe de formation prend une dimension stratégique évidente.
La Banque mondiale s’appuie ici sur une conviction désormais largement partagée par les bailleurs internationaux : la transformation numérique ne produit d’effets durables que si elle s’accompagne d’un capital humain qualifié, capable de concevoir, de gérer et de sécuriser les services de demain. Former des développeurs, des experts en cybersécurité et des entrepreneurs numériques béninois, c’est aussi ancrer localement une valeur ajoutée qui, sans cela, risquerait d’être captée ailleurs.
L’UEMOA, pivot de l’intégration régionale
La dimension régionale du projet mérite une attention particulière. WARDIP2 intègre explicitement l’UEMOA dans son dispositif, lui confiant un rôle d’appui aux réformes réglementaires et de réduction des coûts de déploiement des réseaux. Marina Wes, directrice par intérim de l’Intégration régionale pour l’Afrique à la Banque mondiale, souligne que le projet vise à rendre les marchés « plus prévisibles et plus attractifs pour les investisseurs », condition sine qua non pour attirer des capitaux privés à la hauteur des besoins.
Startups et emplois : la promesse concrète
Sur le terrain de l’entrepreneuriat, le projet prévoit de soutenir plus de 140 startups numériques, dont un nombre significatif dirigées par des femmes. Financements d’amorçage, accès aux marchés régionaux, opportunités de commerce transfrontalier : le dispositif entend agir simultanément sur plusieurs verrous qui freinent aujourd’hui l’essor de l’écosystème numérique béninois.
WARDIP2 s’inscrit dans la continuité du programme lancé en novembre 2023. Sa première opération, dotée de 266,5 millions de dollars, ciblait la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau et la Mauritanie. Avec cette deuxième phase, c’est un total de sept pays qui sont désormais couverts et plus de 400 millions de dollars mobilisés. Une masse critique qui témoigne de la confiance croissante de la Banque mondiale dans le potentiel de transformation numérique de l’Afrique de l’Ouest.
Olivier ALLOCHEME

