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État de droit et alternance en Afrique : Victor Topanou dénonce les « dérives démocratiques francophones »

Ancien député, le professeur Victor Topanou a exprimé son profond malaise face aux débats récurrents sur l’État de droit, l’alternance politique et la durée des mandats en Afrique francophone. C’était le jeudi 6 août 2026 à Cotonou, lors d’une conférence-débat organisée par l’Institut des Artisans de Justice et de Paix « Le Chant d’Oiseau » (IAJP/CO), en partenariat avec la Fondation Konrad Adenauer Stiftung (KAS), sur le thème : « État de droit et alternance politique en Afrique : un vrai enjeu de stabilité et de développement ».

Le professeur Victor Topanou a d’abord estimé que le thème aurait gagné à être davantage circonscrit. « J’aurais précisé : “Etat de droit et alternance politique en Afrique francophone” », a-t-il reformulé, expliquant que son malaise portait particulièrement sur la situation des pays francophones.

Pour l’ancien député, les différences entre les espaces francophones et anglophones sont particulièrement frappantes lorsqu’il est question de démocratie. Il a notamment dressé un constat sévère de la situation dans plusieurs pays francophones d’Afrique centrale et de l’Ouest.

Évoquant les six États francophones d’Afrique centrale, il a estimé qu’« aucun pays francophone de l’Afrique centrale n’est un modèle en démocratie ». Il a cité plusieurs pays de cette région pour illustrer son propos, avant d’aborder la situation en Afrique de l’Ouest.

Selon lui, trois pays étaient longtemps considérés comme des modèles démocratiques dans cette partie du continent : le Mali, le Bénin et le Sénégal. « Le Mali, malheureusement, a sombré, c’est désormais une dictature militaire assumée. Le Bénin, avec ses derniers virages, fait l’objet de toutes les critiques et à raison. Il y a probablement le Sénégal, aujourd’hui, qui est seul », a-t-il affirmé.

La durée des mandats, un autre problème

Le professeur Victor Topanou s’est également attardé sur la question de la durée des mandats présidentiels. Comparant les pratiques des pays anglophones à celles des pays francophones, il a relevé que, dans les premiers, les mandats restent généralement fixés à quatre ans. « Quand le candidat à la présidentielle postule au poste, la première chose qu’il se dit, c’est : “que puis-je faire en quatre ans pour impacter durablement ma société” », a-t-il expliqué.

À l’inverse, il a dénoncé une tendance, dans l’espace francophone, à considérer que la durée d’un mandat ne serait jamais suffisante pour mener les réformes souhaitées. « Chez nous les francophones, nous avons commencé par dire il faut cinq ans. Après, on a dit cinq ans ce n’est pas suffisant pour les réformes structurées, il faut passer à sept ans. Bientôt, pour les mêmes raisons, on va passer à neuf ans et probablement on ira s’arrêter à onze ans », a-t-il déploré.

« Mon désarroi »

Autre sujet soulevé par l’ancien député : les débats autour des révisions constitutionnelles et de leur impact sur le décompte des mandats présidentiels. « C’est également chez nous les francophones que vous entendez le type de débats du genre, on fait révision constitutionnelle mais après, à partir de quel niveau la révision débouche sur une nouvelle constitution ou débouche sur une nouvelle république et donc en conséquence remettrait le compteur des mandats présidentiels à zéro », a-t-il dénoncé avant d’exprimer son désarroi face à leur persistance. « Quand je constate que c’est toujours pour le même débat, vous comprenez que je n’ai pas envie de poser de questions, vous comprenez que je n’ai rien à ajouter sauf à vous exprimer mon désarroi que je souhaiterais que vous partagiez pour qu’on avance », a-t-il conclu.

Pour le professeur Victor Topanou, le thème de la conférence aurait ainsi mérité d’être décliné en plusieurs sujets distincts, notamment « État de droit en Afrique de l’Ouest » et « Alternance politique en Afrique de l’Ouest », afin de permettre des réflexions plus ciblées sur ces différentes problématiques.

Augustin HESSOU

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