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 Finances Publiques : Quand la  transparence budgétaire du Bénin séduit  les marchés et  les bailleurs

La performance du Bénin dans l’Open Budget Survey 2025 n’est pas qu’une distinction symbolique. Elle devient un argument économique dans la quête de financements à des conditions favorables. Dans le langage feutré de la finance internationale, la confiance se mesure. Et la transparence budgétaire en est l’un des baromètres. À cet égard, le Bénin vient d’engranger un argument de poids. L’édition 2025 de l’Open Budget Survey, référence mondiale en matière d’ouverture des comptes publics, lui attribue une note de transparence de 77 sur 100, très au-dessus de la moyenne mondiale fixée à 45, et le hisse au premier rang africain pour la participation citoyenne avec un score de 52.

Au-delà de la performance démocratique, ce résultat porte une dimension économique que les acteurs des marchés ne manqueront pas de relever. Dans un environnement où le coût du financement dépend étroitement de la perception du risque, la lisibilité des finances publiques constitue un actif tangible.

Le langage pour les investisseurs

Pour un investisseur ou un bailleur, un budget transparent réduit l’incertitude. Il permet d’anticiper les recettes, de suivre l’exécution des dépenses, de mesurer l’endettement réel. L’Open Budget Survey évalue précisément ces dimensions à travers huit documents budgétaires clés. Et sur ce terrain, le Bénin affiche des résultats remarquables.

Le document de cadrage budgétaire préalable obtient une note de contenu de 100 sur 100. Le budget voté atteint 95, le budget citoyen 92, le projet de budget de l’exécutif 83. Ces scores traduisent une réalité concrète : les informations dont un analyste financier a besoin pour évaluer la signature béninoise sont disponibles, complètes et publiées dans les délais.

Cette qualité documentaire alimente directement la crédibilité du pays sur les marchés. Lorsqu’un État émet de la dette, qu’il s’agisse d’eurobonds ou d’emprunts régionaux, la profondeur de l’information budgétaire qu’il met à disposition influence la prime de risque exigée par les prêteurs. Un pays opaque paie plus cher. Un pays lisible négocie mieux.

Un dialogue facilité avec les bailleurs

Le bénéfice ne se limite pas aux marchés. Dans la relation avec les partenaires techniques et financiers, institutions multilatérales, agences de développement, banques régionales, la transparence budgétaire ouvre des portes. Elle conditionne souvent l’accès à certains guichets de financement et facilite les décaissements liés à la performance.

Les bailleurs accordent une importance croissante à la qualité de la gouvernance financière dans leurs critères d’engagement. Un pays qui publie son budget citoyen, qui associe ses populations aux choix budgétaires et qui soumet ses comptes au contrôle parlementaire envoie un signal rassurant. Il démontre une capacité d’absorption et une discipline qui réduisent le risque fiduciaire perçu par les financeurs.

Le Bénin, sur ce point, coche plusieurs cases. Son score de surveillance budgétaire, à 72 sur 100, atteste d’un contrôle adéquat exercé conjointement par l’Assemblée nationale et la Cour des comptes. Cette architecture institutionnelle rassure, car elle garantit que les fonds engagés feront l’objet d’un suivi indépendant.

Une fragilité à ne pas négliger

Mais l’argument économique a ses limites, et l’enquête en pointe une. Dans cette édition, le Bénin a reculé sur un point sensible : le rapport d’audit de la Cour des comptes a été produit pour usage interne uniquement, sans publication en ligne. Ce repli explique le léger fléchissement du score de transparence, qui passe de 79 en 2023 à 77 en 2025.

Or, pour un investisseur, le rapport d’audit n’est pas un document secondaire. C’est l’instrument qui valide la sincérité des comptes de l’État. Sa mise sous cloche, même temporaire, introduit une zone d’opacité au moment précis où la confiance se construit sur l’exhaustivité de l’information. L’International Budget Partnership ne s’y trompe pas : sa première recommandation est de rétablir sans délai la publication en ligne de ce rapport.

La transparence comme stratégie de financement

Au fond, le Bénin a fait un pari intéressant. Dans un contexte régional marqué par des tensions budgétaires et un accès parfois contraint aux capitaux, l’ouverture des comptes devient une stratégie de différenciation. Plutôt que de subir la défiance, le pays choisit de la désamorcer par la lisibilité.

Cette approche n’a de sens que si elle s’inscrit dans la durée. Un classement flatteur une année donnée ne suffit pas à ancrer une réputation. C’est la constance qui forge la confiance des marchés, et la continuité des réformes qui transforme une distinction en avantage compétitif durable.

Le défi, désormais, est double. Maintenir le cap de la transparence, en rouvrant notamment l’accès public au rapport d’audit. Et surtout, traduire cette gouvernance exemplaire en résultats concrets : maîtrise de la dette, efficacité de la dépense, qualité des services publics. Car les marchés observent les classements, mais financent les résultats. Le Bénin tient un atout sérieux. À lui de le faire fructifier.

Christian TCHANOU

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