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Installation officielle du Sénat : Le Bénin écrit une nouvelle page de son histoire institutionnelle

  • « Le Sénat vient combler un vide dans notre vie institutionnelle et politique », précise Élisabeth Pognon

Le Bénin a franchi, jeudi 30 juillet 2026, une étape majeure de son évolution institutionnelle avec l’installation officielle du Sénat, deuxième chambre du Parlement créée par la révision constitutionnelle du 17 décembre 2025. La cérémonie solennelle s’est déroulée au siège de l’Assemblée nationale, à Porto-Novo, consacrant l’entrée en fonction d’une institution appelée à jouer un rôle déterminant dans la régulation de la vie politique nationale.

C’est une étape inédite dans l’histoire institutionnelle du Bénin. Le Sénat est désormais officiellement installé. La cérémonie solennelle s’est tenue ce jeudi 30 juillet au siège de l’Assemblée nationale à Porto-Novo, en présence de 24 des 25 membres de la nouvelle institution. Le président Nicéphore Dieudonné Soglo, membre de droit du Sénat et doyen d’âge, était absent et excusé. Selon les informations communiquées à l’occasion de la cérémonie, il se trouverait à l’extérieur du pays pour des raisons de soins.

En l’absence de l’ancien président de la République, Nicéphore Soglo c’est l’ancienne présidente de la Cour constitutionnelle, Élisabeth Pognon, doyenne d’âge en second, qui a présidé la cérémonie d’installation. Parmi les sénateurs présents figuraient plusieurs personnalités ayant marqué la vie politique et institutionnelle du pays, dont les anciens présidents de la République Thomas Boni Yayi et Patrice Talon, les anciens présidents de la Cour constitutionnelle Robert Dossou et Théodore Holo. Les anciens présidents de l’Assemblée nationale Bruno Amoussou, Mathurin Nago, Adrien Houngbédji et Louis Vlavonou, l’ancien président de la Commission électorale nationale autonome (Céna), Sacca Lafia, dont l’absence avait été annoncée précédemment, a également pris part à la cérémonie.

L’installation du Sénat intervient à la suite de la révision de la Constitution du 11 décembre 1990, intervenue le 17 décembre 2025. Cette modification a profondément changé l’architecture du Parlement béninois en instituant une seconde chambre aux côtés de l’Assemblée nationale.

Dans son discours d’installation, Élisabeth Pognon a replacé cette évolution dans la trajectoire institutionnelle du pays. Elle a rappelé que la Constitution de 1990 avait déjà prévu la création de mécanismes de régulation des institutions, notamment à travers la Cour constitutionnelle, dont elle fut la première présidente. Pour elle, l’expérience accumulée au fil des décennies a toutefois fait apparaître certaines limites dans les mécanismes de régulation de la vie politique. La Cour constitutionnelle, a-t-elle expliqué, intervient essentiellement sur les litiges à caractère juridique et ne saurait se substituer aux autres institutions pour sanctionner des comportements politiques qui ne relèvent ni du contentieux constitutionnel ni du pénal.

C’est dans cet espace que s’inscrit, selon la doyenne d’âge en second du Sénat, la nouvelle institution.

Le Sénat, gardien de la stabilité politique 

La mission du Sénat est définie de manière particulièrement large par la Constitution. Élisabeth Pognon en a rappelé les principales attributions, notamment la régulation de la vie politique, la sauvegarde et le renforcement des acquis de l’unité nationale, la défense de la démocratie et de la paix, ainsi que la préservation de la stabilité politique.

Le Sénat est également appelé à veiller aux mœurs politiques, à la continuité de l’État et au respect de la trêve politique. La Constitution lui confère, sous certaines réserves, un pouvoir de sanction à l’égard des acteurs politiques dont les actes ou propos sont susceptibles de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. À cette mission de régulation s’ajoute une fonction importante dans le processus législatif. Les lois constitutionnelles, les lois électorales ainsi que celles relatives à l’organisation et aux activités des partis politiques sont soumises à un avis de non-objection du Sénat avant leur promulgation.

Une compétence qui devrait faire de cette deuxième chambre un acteur majeur de l’équilibre institutionnel au Bénin.

La Constitution prévoit que le Sénat est composé de membres de droit et de membres désignés. Les anciens présidents de la République élus, les anciens présidents de la Cour constitutionnelle ayant exercé au moins la moitié de leur mandat ainsi que certains anciens députés remplissant les conditions prévues par la Constitution figurent parmi les membres de droit.

À ces membres s’ajoutent des personnalités désignées pour leurs expériences particulières. Cinq personnalités ayant au moins servi au commandement des forces de défense et de sécurité ont ainsi été désignées par le président de la République. L’effectif des membres de droit et des personnalités ainsi désignées n’ayant pas atteint le minimum constitutionnel de 25 membres, des désignations complémentaires ont été effectuées. Le président de la République a procédé à la nomination de neuf autres membres, tandis que quatre ont été désignés par le président de l’Assemblée nationale. La composition actuelle du Sénat atteint ainsi l’effectif de 25 membres prévu par la Constitution.

Les membres désignés sont nommés pour un mandat de cinq ans renouvelable.

Premiers pas : le règlement intérieur avant le bureau : Après la cérémonie d’installation, le Sénat doit désormais entrer dans une phase opérationnelle. Première étape : l’adoption de son règlement intérieur, qui sera ensuite soumis au contrôle de constitutionnalité de la Cour constitutionnelle.

Le sénateur Théodore Holo a indiqué que les 24 membres présents devraient poursuivre les échanges sur le projet de règlement intérieur avant sa transmission à la juridiction constitutionnelle. Selon le professeur Holo, l’objectif est de permettre l’élection du bureau du Sénat dès la première semaine du mois d’août, après validation du règlement intérieur par la Cour constitutionnelle.

Cette étape constituera le véritable point de départ du fonctionnement régulier de la deuxième chambre du Parlement.

« Nous ne sommes pas là pour être en conflit »

La question de la cohabitation entre les deux chambres du Parlement constitue déjà l’un des principaux enjeux de cette nouvelle architecture institutionnelle. Pour Théodore Holo, il ne doit cependant pas s’agir d’un rapport de confrontation.

Le sénateur insiste plutôt sur la complémentarité prévue par la Constitution, notamment à travers l’examen de certaines catégories de lois et la possibilité pour le Sénat de formuler des observations ou de demander, dans les conditions prévues, une seconde lecture. « Nous sommes là pour collaborer et nous ne sommes pas là pour être en conflit », a-t-il affirmé, estimant que l’action des deux chambres devra contribuer à préserver la paix, la stabilité des institutions et le renforcement de la démocratie. Il appelle également à prendre en compte les préoccupations des citoyens dans la conduite des affaires publiques. Pour lui, le Sénat doit être un espace d’échange et de dialogue, au service de la paix, de la stabilité et de la démocratie.

Pour Robert Dossou, l’installation du Sénat constitue cependant un moment de responsabilité considérable. L’ancien président de la Cour constitutionnelle estime qu’à l’image de la Cour constitutionnelle à ses débuts, la nouvelle institution devra faire face à des interrogations, des attentes et probablement des suspicions. « Ce n’est jamais facile pour un organe nouveau de s’insérer dans l’architecture institutionnelle d’un pays », a-t-il relevé, soulignant que le Sénat aura la particularité d’intervenir directement dans le champ politique. Il dit néanmoins croire en la capacité des femmes et des hommes appelés à animer cette institution à faire preuve de « clairvoyance », de « détermination », de « sagesse » et de « proportionnalité », dans le respect de l’État de droit, des droits de l’homme et de la démocratie.

Patrice Talon : « C’est l’honneur de mon pays »

Parmi les personnalités présentes à cette cérémonie historique, l’ancien président de la République Patrice Talon, désormais sénateur, a exprimé son émotion au moment d’intégrer la nouvelle institution. « Toutes les fois qu’une nation aussi grande que le Bénin fait honneur à quelqu’un, vous imaginez l’émotion », a-t-il déclaré, avant de remercier les Béninois pour la confiance placée en lui. Pour l’ancien chef de l’État, le nouveau mandat constitue avant tout une nouvelle occasion de servir le pays.

Présent à la cérémonie, le député Aké Natondé a, pour sa part, exprimé sa satisfaction face à l’entrée en fonction du Sénat. Il voit dans cette installation la consécration de la réforme constitutionnelle de décembre 2025 et un renforcement de l’architecture démocratique béninoise. À ses yeux, le Sénat constitue une chambre d’expérience appelée à jouer un rôle de veille et de conseil auprès de la première chambre du Parlement. Il insiste notamment sur la nécessité de mieux faire connaître aux citoyens la portée de certaines nouvelles dispositions constitutionnelles, notamment celle relative à la trêve politique.

Donner au Sénat ses premières marques

En déclarant officiellement installé le Sénat, Élisabeth Pognon a surtout mesuré la portée de la responsabilité qui incombe aux 25 premiers membres de cette institution. « Vous et moi avons l’honneur redoutable d’être les premiers au sein de cette nouvelle institution », a-t-elle déclaré, appelant les sénateurs à donner au Sénat ses premières marques et son prestige.

Désormais inscrit dans l’architecture constitutionnelle du Bénin, le Sénat devra donc faire ses preuves. Son efficacité, sa capacité à réguler la vie politique, son articulation avec l’Assemblée nationale et surtout la confiance qu’il saura gagner auprès des citoyens seront autant d’éléments déterminants pour juger de la pertinence de cette nouvelle institution.

Avec son installation ce 30 juillet 2026, le Bénin ouvre ainsi une nouvelle séquence de son histoire parlementaire. Pour la première fois, le pays dispose officiellement d’un Parlement à deux chambres.

Romain HESSOU

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