Le Tribunal ecclésiastique de Cotonou a célébré, du 28 au 30 novembre 2025, ses trente années d’existence à travers un jubilé marqué par une conférence inaugurale et une journée d’échanges sur la prévention des abus sexuels. Clergé, experts, universitaires et fidèles se sont retrouvés pour analyser le phénomène sous l’angle canonique, sociologique, juridique et pastoral, avant une messe d’action de grâce.

La célébration du Jubilé des Noces de Perles du Tribunal ecclésiastique de Cotonou s’est ouverte le vendredi 28 novembre au Chant d’Oiseau. « Prévenir le phénomène de l’abus sexuel dans la société ». C’est le thème de ce jubilé qui marque les 30 ans d’existence du Tribunal ecclésiastique de Cotonou. La conférence inaugurale, animée par Mgr Nicolas de Boccard, venu de Lyon, a réuni prêtres et religieuses autour du Canon 750 du droit canonique. Après la prière d’ouverture du père Sylvain et un mot de bienvenue, le conférencier a présenté les trois paragraphes du Canon 750, lus successivement et expliqués point par point. Il est revenu sur l’obligation de croire les vérités de foi divinement révélées, la nécessité de garder fermement les enseignements proposés définitivement par l’Église, ainsi que la soumission religieuse requise pour les doctrines du magistère authentique. Après les échanges avec les participants, la soirée s’est conclue par des remerciements et une prière finale.
La deuxième journée, tenue le samedi 29 novembre dans la salle VIP du Collège Catholique Père Aupiais de Cotonou, a été ouverte par Mgr Roger Houngbédji. « La protection de l’enfant et des personnes vulnérables est une responsabilité partagée », a-t-il rappelé. Il n’a pas manqué d’appeler à un engagement commun. « Je veux rappeler avec force que la protection des enfants et des enfants vulnérables est une responsabilité partagée. Elle commence dans la famille, se poursuive dans les écoles, les paroisses, les institutions et les structures sociales », a-t-il affirmé.
Le professeur Charles Babadjidé a ensuite présenté un regard sociologique sur les abus sexuels au Bénin. Il a évoqué les 1049 cas recensés entre 2019 et 2021 par l’Institut national de la Femme. Il a également souligné l’ampleur particulière du phénomène dans la commune d’Abomey-Calavi ces dernières années selon les données recensées sur le terrain. Mgr Nicolas de Boccard a poursuivi avec l’approche de l’Église catholique. Dans son exposé, il a insisté sur le fait que l’Église punit toutes formes de violences, comme le prévoient aussi les législations en vigueur. « Tout délit est d’abord un péché mais tout péché n’est pas un délit », a-t-il précisé avant de rappeler l’existence du droit pénal de l’Église.

Le père Jean-Jacques Botchekpo a, pour sa part, présenté l’univers juridique béninois et les textes qui encadrent et sanctionnent les abus sexuels. Il a défini l’abus sexuel comme « un acte de nature sexuelle commis contre une personne qui n’y consent pas ». Il est revenu sur les juridictions compétentes et les peines prévues selon chaque forme de violence et l’âge de la victime. « La violence sexuelle est bien punie dans notre pays et il va falloir que les uns et les autres fassent attention sur le phénomène », a-t-il prévenu.
Pour finir avec cette deuxième journée du jubilé, le professeur Vodounhè Tchimon a exposé les conséquences des abus sexuels sur les victimes, leurs prises en charge et les facteurs de risques. « La victime peut être des deux sexes mais le plus souvent est la femme. L’agresseur peut être des deux sexes mais le plus souvent c’est l’homme », a-t-il détaillé avant d’aborder les conséquences sur les victimes. Il s’agit selon lui des risques d’infections, atteintes génitales, traumatismes psychiques, troubles comportementaux. Le professeur Vodounhè a aussi détaillé les prises en charge médicales, psychosociales et spirituelles, rappelant que « les abus sexuels constituent des préoccupations majeures, fréquentes et persistantes ».
La célébration des 30 ans du Tribunal ecclésiastique s’est achevée le dimanche 30 novembre par une messe pontificale d’action de grâce, présidée par Mgr Roger Houngbédji à la chapelle d’Aupiais. L’Archevêque a donné les conseils et enseignements à retenir sur la prévention des abus sexuels et rappelé la fermeté de l’Église face à ces actes, réaffirmant son engagement pour la justice, la protection des victimes et la sanctification de tous.
Augustin HESSOU

