You are currently viewing Niger-Chine : Le pétrole retrouve son cours

Niger-Chine : Le pétrole retrouve son cours

Après une année de bras de fer, Niamey et Pékin ont renoué leurs liens pétroliers lors d’une cérémonie de signature le 18 mai à Niamey. Un accord pragmatique qui redessine l’équilibre des forces dans l’un des secteurs les plus stratégiques du Sahel.

Il aura fallu près de deux ans de tensions, quelques expulsions musclées et des mois de négociations discrètes pour que le Niger et la Chine retrouvent le chemin de la salle des signatures. Lundi 18 mai 2026 à Niamey, en présence du Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine et de plusieurs responsables chinois, une série de protocoles d’accord pétroliers a été formalisée. Un dénouement qui, pour qui suit ce dossier de près depuis des années, n’a rien de surprenant : quand le sous-sol parle, la raison d’État finit toujours par l’entendre.

Le contexte mérite qu’on le rappelle. Depuis le coup d’État de juillet 2023, la junte militaire nigérienne a adopté une ligne souverainiste assumée sur ses ressources naturelles. Uranium, pétrole : Niamey entendait reprendre la main sur ce que d’autres exploitaient depuis trop longtemps à des conditions jugées déséquilibrées. Les sociétés chinoises du secteur pétrolier, opérant principalement dans le bloc d’Agadem depuis 2011 via la China National Petroleum Corporation (CNPC), en ont fait les frais. En mars 2025, plusieurs de leurs dirigeants et expatriés ont été priés de quitter le territoire. Un signal fort, mais aussi un pari risqué pour un pays dont les exportations de brut venaient tout juste de décoller.

Car le Niger avait beaucoup à perdre dans ce bras de fer. Depuis l’ouverture en 2024 du pipeline de près de 2 000 kilomètres reliant Agadem au port de Sèmé Podji  construit et opéré par la CNPC, le pays exportait enfin son brut sur les marchés internationaux. La production atteignait alors 90 000 barils par jour. Interrompre cette dynamique, au nom des principes, avait un coût réel.

Les accords du 18 mai témoignent que la négociation a finalement porté ses fruits, et pas des moindres. Le prix de transport du brut via le pipeline passe de 27 à 15 dollars le baril, une réduction qui représente une économie estimée à 106 millions de dollars par an pour les caisses de l’État. Le Niger fait par ailleurs son entrée au capital de la Wapco, la West African Oil Pipeline Company, filiale de la CNPC chargée de la commercialisation du brut : il en détiendra désormais 45 %, là où il ne possédait jusqu’ici aucune part. Une avancée symbolique et économique considérable.

Sur le plan de la production, deux nouveaux projets ( Dinga Deep et Abolo-Yogou) seront relancés pour un milliard de dollars d’investissement, avec l’ambition de porter la production nationale à 145 000 barils par jour d’ici à fin 2029. À cela s’ajoute la création annoncée de 450 emplois nigériens, l’harmonisation des salaires entre personnels local et expatrié, et l’orientation de la sous-traitance vers les entreprises nationales.

Sur le fond, ces accords illustrent une réalité bien connue des spécialistes de l’énergie : dans les pays producteurs émergents, la rhétorique souverainiste et les intérêts des multinationales finissent presque toujours par trouver un modus vivendi. Le Niger a obtenu des concessions réelles. La Chine conserve l’essentiel de son emprise opérationnelle sur une infrastructure qu’elle a construite et qu’elle maîtrise. Les négociations avaient débuté en juin 2025 à Pékin. Dix mois plus tard, les deux parties signent. L’histoire du pétrole africain a rarement fonctionné autrement.

Olivier ALLOCHEME

Laisser un commentaire