Dans le cadre de la phase 2 du Programme d’appui à la prévention des conflits et de l’extrémisme violent dans les zones frontalières du Bénin, du Burkina Faso et du Togo, le Réseau des ONG pour les Objectifs de développement durable (RODD), avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), a organisé un atelier de renforcement des capacités des agents des services d’état civil et des leaders communautaires. Les travaux se sont déroulés en deux sessions, du 15 au 18 décembre 2025, à la salle de conférence de la mairie de Natitingou.

Cette activité a concerné les communes de Banikoara, Boukoumbé, Kouandé, Natitingou, Cobly, Kérou, Matéri et Tanguiéta. Elle s’inscrit dans une dynamique visant à faire du renforcement des services d’état civil un levier stratégique de prévention des conflits, de lutte contre l’extrémisme violent et d’amélioration de la gouvernance locale, dans un contexte marqué par des vulnérabilités sociales et sécuritaires persistantes dans les zones frontalières.
Les espaces transfrontaliers du Nord-Bénin, du Burkina Faso et du Togo constituent en effet des zones hautement stratégiques, mais fragilisées par l’insuffisance d’infrastructures publiques, l’éloignement des centres de décision et une présence encore limitée de l’État. Cette situation nourrit un sentiment d’abandon au sein des populations locales et favorise les conflits communautaires, les mouvements non contrôlés de populations ainsi que l’installation de groupes armés non identifiés. À ces défis s’ajoutent les difficultés d’accès aux services sociaux de base, notamment ceux de l’état civil, malgré les progrès enregistrés par l’État béninois à travers la dématérialisation accélérée des services publics.
Face à ces enjeux, le PNUD a fait des questions d’état civil une priorité dans la mise en œuvre de son programme, convaincu que l’accès effectif à l’identité juridique constitue un facteur déterminant de cohésion sociale, de protection des droits et de prévention des risques sécuritaires. L’exécution de cette activité a ainsi été confiée au RODD, partenaire de mise en œuvre, afin d’accompagner les acteurs locaux dans le renforcement de leurs capacités.
Ont pris part à cet atelier les secrétaires exécutifs des huit communes invitées, les agents chargés de l’état civil, des leaders communautaires et d’opinion, des agents de santé, des représentants de radios locales, les points focaux communaux du PNUD, des chefs de village ainsi que des agents de l’Agence Nationale d’Identification des Personnes (ANIP). Les travaux ont été rythmés par plusieurs communications portant sur le renforcement de la cohésion sociale et la communication stratégique en contexte sensible, ainsi que sur les actes d’état civil dans le cadre de la dématérialisation des services publics et le rôle de l’ANIP.
Des échanges pour lever les préoccupations de terrain
À l’issue des différentes présentations, les échanges entre communicateurs et participants ont permis de recueillir les préoccupations de terrain, notamment en ce qui concerne les procédures d’enregistrement des faits d’état civil et l’accès effectif aux services de l’ANIP. Les discussions ont porté sur les actes délivrés par l’ANIP, les responsabilités des acteurs locaux impliqués dans la chaîne de l’état civil et les perspectives d’amélioration des services afin de garantir l’exercice effectif du droit à l’identité juridique. Les réponses apportées, claires et pédagogiques, ont contribué à renforcer la compréhension des participants et leur capacité à mieux orienter les populations.
Des recommandations fortes pour améliorer les services
Au terme des travaux, les participants ont formulé plusieurs recommandations visant à améliorer l’efficacité des services d’état civil et à rapprocher davantage les prestations de l’ANIP des populations, en particulier dans les zones frontalières. Ils ont notamment insisté sur la nécessité de renforcer la sensibilisation communautaire à travers les radios locales et les canaux de proximité, de mettre en place des mesures d’accompagnement adaptées pour faciliter l’accès aux services de l’ANIP, de garantir la disponibilité des fiches de non-inscription et de déclaration de naissance, de veiller au bon fonctionnement des dispositifs de déclaration des naissances et de renforcer les capacités des agents de l’ANIP au niveau communal, notamment en matière d’accueil et d’orientation des usagers.
Dans son allocution d’ouverture, la Présidente du Conseil d’administration du RODD, Mme Carmen Gaba, a rappelé que le renforcement des services d’état civil constitue bien plus qu’un simple processus administratif. « Lorsque les services d’état civil fonctionnent efficacement, les communautés se sentent plus en sécurité et davantage intégrées dans le processus de développement », a-t-elle souligné, tout en saluant les efforts déjà réalisés dans plusieurs communes bénéficiaires en matière de prévention des conflits et de l’extrémisme violent. Elle a également réaffirmé l’engagement du RODD à accompagner durablement les acteurs locaux à travers des actions de sensibilisation et de renforcement des capacités.
Pour sa part, le Maire de Natitingou, M. Taté Owindeyama, a rappelé que l’état civil constitue un pilier fondamental de l’action publique, garantissant l’identité juridique des citoyens et leur accès aux services sociaux de base. Il a exprimé son engagement à soutenir toutes les initiatives visant le renforcement des services d’état civil, dans un esprit de collaboration et d’efficacité, avant de déclarer ouverts les travaux de l’atelier.
À travers cet atelier, le RODD et le PNUD entendent consolider les acquis et contribuer durablement à l’inclusion sociale, à la gouvernance locale et à la prévention des conflits dans les communes frontalières du Nord-Bénin, en faisant de l’état civil un instrument central de paix et de développement.
HESSOU Romain H.

