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Protection du patrimoine culturel au Bénin :  Installés, les membres de la CNPPC passent à l’offensive

La Commission Nationale de Protection du Patrimoine Culturel (CNPPC) est désormais opérationnelle. Installés le lundi 27 avril 2026, ses dix membres ont ouvert le lendemain, mardi 28 avril 2026, un nouveau chapitre de la gestion culturelle au Bénin par une conférence inaugurale et une première session historique tenue à la salle de conférence du ministère du Tourisme située dans la Cité ministérielle.

Par une main ferme et un regard tourné vers l’avenir, Alimatou Shadiya Assouman, ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts par intérim, a scellé le lundi 27 avril 2026, un engagement de l’État qui dépasse la simple formalité administrative. En installant les dix membres de la Commission Nationale de Protection du Patrimoine Culturel (CNPPC), le gouvernement béninois dote le pays d’une sentinelle stratégique. Ce n’est plus seulement de fierté qu’il est question, mais de surveillance, de rigueur et de pérennité.

Nommés par le décret n° 2025-727 du 3 décembre 2025, ces experts représentent une force pluridisciplinaire. Sous la présidence de Dudédji Vidékon Gwladys Gandaho, l’équipe composée de représentants de la Présidence, des Finances, de la Justice ou encore de la Sécurité publique, a pour mission d’assister le ministre dans la sauvegarde du patrimoine matériel, immatériel et subaquatique.

Comme l’a souligné Aristide Adébayo Adjibodou, Secrétaire Général du ministère, cette installation couronne une phase de stabilisation entamée en 2016. « Il ne s’agit pas d’une structure opérationnelle, mais d’une structure qui est appelée à donner des avis, des orientations, et à veiller au respect des normes édictées dans le secteur. C’est en cela que cette commission a une tâche assez délicate », a-t-il précisé.

Rassurer le monde pour valoriser le local

Le lendemain de cette installation, le mardi 28 avril 2026, l’heure était à la réflexion intellectuelle. Jacques Aguia Daho, Directeur de Cabinet du ministère, a planté le décor de la conférence inaugurale. Pour lui, la protection des biens culturels est avant tout une question de crédibilité internationale. « Si nous aspirons à une circulation des biens culturels, nous devons rassurer nos partenaires sur leur protection une fois sur notre territoire », a-t-il affirmé. L’enjeu est aussi économique : créer un marché de l’art régulé. En protégeant ses propres trésors, le Bénin envoie un signal fort à la sous-région et au monde. L’idée est claire : faire le ménage à l’intérieur des institutions publiques pour être légitime face au secteur privé.

La conférence inaugurale, animée par le Professeur Didier Houénoudé, enseignant-chercheur d’histoire de l’art, a permis de dresser un état des lieux sans complaisance. Si les dix dernières années ont vu le retour de biens historiques précieux et une effervescence muséale sans précédent, les défis de conservation et de sécurité restent immenses.

Le commissaire divisionnaire Richard Codjo Akodandé Honma, à la tête de l’Unité spéciale de protection des biens culturels et membre de la commission, a rappelé la nécessité de ce rempart contre le pillage et le vandalisme. « Au regard des investissements massifs que notre pays a faits dans le cadre de la sauvegarde de son patrimoine culturel, il est nécessaire que ces biens culturels ne soient pas laissés à la merci de tout le monde et soumis au pillage, au vandalisme et à des infractions de toutes sortes », a-t-il insisté.

Une première session de la CNPPC

Sans perdre de temps, la CNPPC a tenu sa toute première session après la conférence inaugurale. Un baptême du feu hautement symbolique, puisque l’ordre du jour portait sur l’examen des arrêtés de création de quatre musées majeurs : le Musée des Rois et des Amazones du Danxomè (MuRAD), le Musée International du Vodun (MIV), le Musée des Arts Contemporains de Cotonou (MACC) et le Musée International de la Mémoire de l’Esclavage (MIME).

Djimmy Djiffa Edah, Directeur du Patrimoine culturel et rapporteur de la CNPPC, ne cache pas l’ampleur du chantier. À l’en croire, la CNPPC est un organe consultatif et elle sera consultée sur toutes les questions liées à la création des musées, au trafic illicite des biens culturels, à la réhabilitation, à la restauration des biens culturels, à l’exploitation des œuvres et également sur les droits d’entrée sur les sites et dans les musées. « C’est une mission immense et nous nous sommes engagés à vraiment l’accomplir pour la bonne marche de notre patrimoine et surtout pour la protection du patrimoine culturel, qu’il soit matériel ou immatériel », a-t-il dit.

Le Bénin ne se contente plus de contempler ses vestiges. Il se dote d’une intelligence collective pour transformer son héritage en un moteur de développement moderne, tout en préparant activement de nouvelles inscriptions sur les listes de l’UNESCO, comme celle de la Basse Vallée de l’Ouémé.

Au sortir de ces deux journées d’intense activité institutionnelle, une certitude demeure : le patrimoine béninois n’est plus un simple souvenir poussiéreux. Il devient, sous l’égide de la CNPPC, un patrimoine vivant, surveillé et prêt à conquérir le monde, car protéger le passé, c’est avant tout donner une boussole à l’avenir.

Augustin HESSOU

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