
A la suite d’une récente attaque de l’aéroport de Niamey, le président nigérien Abdourahamane Tiani continue de multiplier les accusations contre certains pays de la sous-région, notamment le Bénin. Un intervenant nigérien sur un plateau de télévision à Niamey a livré une lecture qui déplace le centre du débat. À l’analyse, les principales causes de l’insécurité et des difficultés économiques du Niger se situent bien davantage à l’intérieur du pays et dans son environnement immédiat que du côté béninois.
Selon cet intervenant, les chiffres sont éloquents. Depuis l’arrivée au pouvoir du général Tiani, la région de Tillabéri enregistrerait plus de 1 200 morts, tandis que près de 1 700 victimes, civiles et militaires, auraient péri dans des attaques djihadistes à l’échelle nationale. Or, Tillabéri ne se trouve ni à la frontière du Bénin ni à celle du Nigeria, mais dans la zone dite des trois frontières, entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso, considérée comme l’épicentre historique des violences terroristes.
Dès lors, une question s’impose, pourquoi Niamey n’oriente-t-il pas ses accusations vers ces pays directement concernés ? « Si frontières poreuses il y a, c’est d’abord celles-là », soutient-t-il, rappelant par ailleurs que la frontière nigéro-béninoise est officiellement fermée. Pour lui, si des combattants parviennent à circuler, cela traduit avant tout des défaillances internes ou des complicités locales.
L’analyste pointe également une souveraineté à géométrie variable. Après l’attaque de la base aérienne 101 de Niamey, le général Tiani a publiquement remercié la Russie pour son appui. Une posture qui contraste avec les critiques autrefois adressées à la France lorsque celle-ci intervenait à la demande d’autorités légalement élues. « Quand ce sont des soldats russes, cela ne pose pas de problème, mais quand c’est la France, on parle de violation de souveraineté », observe-t-il.
Sur le plan économique, le constat est tout aussi préoccupant. Le Niger peine à écouler son uranium en raison de contentieux avec Orano, tandis que le pipeline pétrolier, censé rapporter environ 500 millions de dollars par an, est endommagé… sur le territoire nigérien. « Ce n’est pas au Bénin que les attaques ont eu lieu », insiste l’intervenant.
Romain HESSOU

