- « On privilégie les finances au détriment des hommes », selon le SG/CSTB
Invité de l’émission Grand Angle diffusée ce dimanche 31 mai 2026 sur Crystal News, le secrétaire général de la Confédération Syndicale des Travailleurs du Bénin (CSTB), Nagnini Kassa Mampo, a livré une lecture critique des premières décisions du président de la République, Romuald Wadagni. À peine une semaine après l’installation du nouveau chef de l’État, le leader syndical s’inquiète déjà d’une gouvernance qu’il juge proche de celle de son prédécesseur.

Face au journaliste Virgile Ahouansè, le patron de la CSTB a notamment dénoncé la disparition du ministère du Travail dans la composition du premier gouvernement. Pour lui, cette réforme institutionnelle constitue un mauvais signal envoyé aux travailleurs. « Nous constatons qu’aucun ministère n’est désormais chargé explicitement du travail. Cela montre que l’on privilégie les finances au détriment des hommes », a-t-il affirmé, estimant que le rattachement de la fonction publique au ministère du Budget risque de marginaliser davantage les préoccupations liées aux ressources humaines et aux conditions de travail.
Très critique à l’égard du précédent régime, Nagnini Kassa Mampo considère que les premières orientations du président Wadagni traduisent une certaine continuité avec la gouvernance de Patrice Talon. Selon lui, la forte présence de portefeuilles liés à l’économie et aux finances contraste avec l’absence d’un département ministériel clairement identifié pour le travail. « Les signes avant-coureurs montrent presque la poursuite de la politique de Patrice Talon », a-t-il déclaré, rappelant les revendications récurrentes des syndicats sur l’emploi, les recrutements dans la fonction publique et le dialogue social.
Pour autant, le responsable syndical affirme ne pas fermer la porte à une collaboration avec le nouveau régime. La CSTB, assure-t-il, reste disposée à accompagner le chef de l’État, à condition que les préoccupations des travailleurs soient prises en compte. « Nous lui avons souhaité plein succès, mais il faut qu’il soit à l’écoute des travailleurs et du peuple », a-t-il insisté.
Pourquoi la CSTB n’a pas soutenu Wadagni
Kassa Mampo est également lors de l’émission revenu sur le choix de sa centrale syndicale de ne pas appeler à voter pour Romuald Wadagni lors de l’élection présidentielle, contrairement à d’autres organisations syndicales. Selon lui, le programme du candidat ne donnait pas suffisamment de garanties sur la satisfaction des revendications sociales. « Nous n’avons pas été rassurés », a-t-il expliqué, tout en affirmant qu’un syndicat n’est pas tenu de soutenir un candidat en l’absence de « raisons objectives ».
Le dirigeant syndical revendique ainsi une posture d’indépendance, se définissant comme un « porte-parole des travailleurs » appelé à dialoguer avec tout pouvoir en place.
Au-delà de la composition gouvernementale, le secrétaire général de la CSTB a réitéré plusieurs doléances syndicales, notamment la création d’un tribunal du travail, le renforcement des inspections du travail et une meilleure protection des salariés du secteur privé.
Il a également dénoncé ce qu’il qualifie de recul progressif de la place des travailleurs dans les institutions publiques, évoquant leur retrait de certaines instances comme la CBDH, le CES consultatives ces dernières années.
Si le leader syndical refuse pour l’instant de fixer un délai de grâce au nouveau président, il prévient néanmoins que les travailleurs sauront se faire entendre si leurs préoccupations restent sans réponse. « Le moment viendra où ils trouveront les voies et moyens pour se faire entendre », a-t-il averti, tout en disant espérer une gouvernance plus attentive aux attentes sociales.
Romain HESSOU

