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Taux directeurs bas, mais crédits encore chers : Ce que pratiquent les banques au Bénin

Au Bénin, les taux directeurs fixés par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) offrent un environnement monétaire a priori favorable : le principal taux auquel les banques se refinancent est maintenu à 3,00%, tandis que le guichet de prêt marginal reste à 5,00% depuis la décision du Comité de politique monétaire du 4 mars 2026, confirmée le 10 juin 2026. Pourtant, pour les ménages et les entreprises béninoises, le coût réel du crédit demeure sensiblement plus élevé. Un écart qui s’observe clairement lorsqu’on regarde, banque par banque, les taux appliqués aux principaux types de prêts.

Le crédit immobilier

Le segment le plus visible est celui du crédit immobilier, porté par la demande croissante de logement en milieu urbain. Société Générale Bénin propose ainsi un prêt personnel immobilier avec un taux hors taxe de 6,8%, pour une durée pouvant aller jusqu’à 240 mois et un apport personnel de 10%. Ce taux, plus du double du taux directeur de la BCEAO, reflète la prise en compte du risque de long terme, des frais de structure et des exigences réglementaires. De son côté, la Caisse Régionale de Refinancement Hypothécaire (CRRH), qui refinance les prêts immobiliers dans la sous‑région, affiche pour son “Crédit Immobilier CRRH” un taux de 7% hors taxes, et 6% pour le “Prêt social à l’habitat”, assortis de frais de dossier de 1% du montant. Les banques béninoises qui s’appuient sur ces lignes de refinancement répercutent ensuite ces conditions auprès de leurs clients finaux.  

Orabank Bénin figure également parmi les acteurs présents sur le crédit immobilier, avec des offres alignées sur ce corridor de 6 à 8% selon la durée et le profil de l’emprunteur, en lien avec les schémas de refinancement régionaux. Dans ce paysage, Ecobank Bénin se positionne sur des produits immobiliers similaires, avec des taux comparables, généralement compris entre 6,5% et 7,5%, sous réserve de domiciliation de salaire et de garanties acceptables. En pratique, un salarié du secteur formel qui emprunte pour acheter un logement au Bénin se voit proposer un taux bien supérieur aux 3% de la banque centrale, mais cohérent avec le taux d’usure bancaire fixé à 14% à partir du 1er juin 2026.  

Le crédit à la consommation

Sur le crédit à la consommation, le décor est différent mais la logique reste la même. Les prêts personnels, destinés à financer des besoins non immobiliers (équipement, études, trésorerie des ménages), se négocient souvent dans une fourchette de 7 à 11% selon la banque et le profil de l’emprunteur. Certaines plateformes de prêts et paiements au Bénin annoncent des taux compris entre 10% et 11% pour des prêts à moyen terme, ciblant les salariés réguliers. Société Générale Bénin met également à disposition un “Prêt Personnel Ordinaire” (PPO), dont le coût global intègre un taux d’intérêt dans cette fourchette moyenne ainsi que des frais de dossier fixés à 1% du montant, avec un minimum de 20 000 FCFA. Là encore, le refinancement à 3% n’empêche pas les taux aux particuliers de s’installer plusieurs points au‑dessus.  

Pour les entreprises, le tableau est plus nuancé. Les grandes sociétés disposant de bilans solides négocient des lignes de crédit d’exploitation ou d’investissement à des taux souvent inférieurs à ceux des particuliers, parfois dans une bande de 8 à 10%, surtout lorsqu’elles travaillent avec des banques comme Orabank Bénin, Ecobank Bénin ou Bank of Africa, habituées à structurer des financements corporate. En revanche, les petites et moyennes entreprises ou les structures faiblement formalisées se voient proposer des taux plus proches du plafond de 14%, surtout lorsqu’elles s’adressent à des institutions de microfinance où le taux d’usure reste fixé à 24% pour tenir compte d’un risque plus élevé.  

Au final, l’exemple de Société Générale Bénin à 6,8% sur le crédit immobilier, du Crédit Immobilier CRRH à 7%, et des offres de consommation à 10–11% montre que le Bénin évolue dans un environnement où les taux directeurs bas de la BCEAO ne se traduisent pas mécaniquement par des crédits bon marché. La marge entre les 3% de Dakar et les 7–11% des agences de Cotonou renvoie à la structure du système financier local : degré de bancarisation, coût du risque, capacité de recouvrement, contraintes prudentielles. Pour les emprunteurs, comprendre ce décalage et comparer les offres des différentes banques,  devient une condition essentielle pour optimiser le coût de leur financement dans un pays où le crédit reste un instrument clé du développement économique.  

Olivier ALLOCHEME

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