- « L’objectif de transformer nos matières premières, nous l’avons atteint », acclame Létondji Béhéton
Invité d’un webinaire organisé le 26 juin 2026 par la FERDI et l’Agence française de développement (AFD), le Directeur général de la SIPI-BENIN S.A., Létondji Béhéton, a partagé l’expérience de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ). Il a mis en lumière les conditions indispensables à la réussite des Zones économiques spéciales (ZES) en Afrique.

Réunis autour de la problématique des Zones économiques spéciales (ZES) en Afrique, des experts internationaux ont échangé, le 26 juin 2026, lors d’un webinaire organisé par la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI) et l’Agence française de développement (AFD). Aux côtés de Patrick Plane, directeur de recherches émérite au CNRS, de Julien Gourdon, économiste à l’AFD, et de Sid Boubekeur, expert associé à IMANI Development, le Directeur général de SIPI-BENIN S.A., Létondji Béhéton, est revenu sur l’expérience de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), qu’il présente comme un modèle de transformation industrielle fondé sur un écosystème complet plutôt que sur les seules incitations fiscales.
Créer un véritable écosystème industriel
En situant la création de la GDIZ dans son contexte, Létondji Béhéton a rappelé que le projet est né de la volonté du Gouvernement béninois, arrivé au pouvoir en 2016, de transformer structurellement l’économie nationale. Selon lui, le défi consistait à rompre avec un modèle reposant essentiellement sur l’exportation des matières premières brutes pour privilégier leur transformation locale.
Cette ambition s’est traduite par l’adoption, dès 2017, d’un cadre législatif spécifique aux Zones économiques spéciales, avant la création de la GDIZ en février 2020, en partenariat avec le groupe ARISE.
Le Directeur général a rappelé que cette zone a été conçue pour attirer les investissements industriels, promouvoir la transformation des matières premières, accroître la compétitivité des produits « Made in Benin » et favoriser la création d’emplois.
Aujourd’hui, la GDIZ couvre une superficie totale de 1 640 hectares, dont une première phase de 400 hectares déjà développée. Selon Létondji Béhéton, près de 36 investisseurs y sont déjà installés ou engagés, avec une vingtaine d’unités industrielles opérationnelles et une dizaine d’autres en construction.
Mais au-delà des chiffres, il estime que le principal facteur de réussite réside dans la qualité de l’environnement offert aux investisseurs. « Une ZES n’est pas une simple réserve foncière. C’est un écosystème industriel conçu pour permettre aux entreprises de produire dès leur implantation », a-t-il expliqué.
Selon lui, le succès d’une Zone économique spéciale repose avant tout sur la disponibilité d’infrastructures modernes, d’une énergie fiable, de services administratifs intégrés, d’une logistique performante et d’une gouvernance capable d’accompagner les investisseurs à chaque étape de leur installation. « À la GDIZ, nous avons un système de « plug and play ». On met à disposition les parcelles, on vous raccorde au réseau d’eau, à l’électricité, au gaz et à la fibre optique. L’investisseur n’a plus qu’à développer son activité », a-t-il illustré.
Létondji Béhéton a également souligné que la présence de 17 administrations réunies dans un guichet unique permet aux entreprises d’effectuer l’ensemble de leurs formalités sans quitter la zone. À cela s’ajoutent un terminal à conteneurs relié au Port autonome de Cotonou ainsi que des infrastructures énergétiques offrant une alimentation continue à des coûts compétitifs.
Une transformation industrielle déjà visible
Le Directeur général de SIPI-BENIN S.A. a ensuite dressé le bilan des premières années d’exploitation de la GDIZ. Selon lui, la zone transforme désormais 40 000 tonnes de fibres de coton par an, soit 12,7 % de la production nationale. Une évolution qui permet aujourd’hui au Bénin d’exporter des vêtements confectionnés localement vers l’Europe, les États-Unis et plusieurs pays africains, en partenariat avec de grandes marques internationales.
Au-delà du textile, plusieurs autres filières sont désormais développées au sein de la zone, notamment la transformation de la noix de cajou, du karité, du soja, du bois, la fabrication de produits pharmaceutiques, l’assemblage de téléphones et d’ordinateurs ainsi que la production de carreaux en céramique destinés aussi bien au marché national qu’à l’exportation. « Au lieu d’importer ces carreaux et ces vêtements que nous importions avant, aujourd’hui, nous les produisons sur place. L’objectif de transformer nos matières premières, nous l’avons atteint », a affirmé Létondji Béhéton lors de ce webinaire.
Cette dynamique industrielle s’est également traduite, selon lui, par la création d’environ 25 000 emplois directs en moins de quatre ans. Les ambitions demeurent toutefois beaucoup plus importantes. Le responsable de SIPI-BENIN S.A. a annoncé que la deuxième phase de développement de la GDIZ prévoit notamment la transformation de l’ensemble de la production cotonnière béninoise dans les six à sept prochaines années, grâce à un investissement estimé à 3,7 milliards de dollars. Ce projet devrait permettre la création de quelque 250 000 emplois directs supplémentaires, tout en portant les exportations du Bénin entre 5 et 10 milliards de dollars à l’horizon 2032 et en accélérant fortement la croissance de la production manufacturière nationale.
À travers cette intervention, Létondji Béhéton a défendu une vision selon laquelle la réussite des Zones économiques spéciales en Afrique repose moins sur les avantages fiscaux que sur la capacité des États à mettre en place un environnement industriel intégré, compétitif et sécurisé, capable d’attirer durablement les investisseurs et de soutenir la transformation locale des économies.
Augustin HESSOU

