
La nouvelle constitution instaure la notion de « trêve politique » qui, souvent perçue comme une mise en veilleuse de l’opposition, fait l’objet d’une clarification majeure. Au micro de la Société de Radio et de Télévision du Bénin (SRTB), le Professeur Théodore Holo a précisé les contours de ce concept constitutionnel, soulignant qu’il ne s’agit en aucun cas d’un silence imposé, mais d’une exigence de dialogue constructif pour le développement national.
Pour l’éminent constitutionnaliste, la trêve politique ne doit pas être interprétée comme un « cessez-le-feu » militaire. Elle s’inscrit dans une logique de gouvernance apaisée et de responsabilité partagée entre le pouvoir et l’opposition.
Le Professeur Holo rappelle que ce mécanisme trouve son fondement dans la loi fondamentale. « La trêve politique a été explicitée un peu dans la Constitution, qui parle d’un pacte républicain qui serait signé entre certains partis politiques de l’opposition et le gouvernement pour ne pas gêner la mise en œuvre du programme du nouveau pouvoir qui a été validé par le peuple souverain », a-t-il précisé.
L’objectif de ce pacte est d’éviter que les joutes partisanes ne paralysent l’action publique. Selon lui, il est crucial de redéfinir la relation entre les acteurs politiques : ils sont des « adversaires » avec des conceptions divergentes du bonheur du peuple, et non des « ennemis » en conflit ouvert.
La critique assortie de contre-propositions
Loin d’interdire la contradiction, la trêve politique en définit les modalités. Le droit de regard et de critique demeure intact, à condition qu’il s’inscrive dans une démarche de proposition. « C’est l’une des raisons pour lesquelles il est dit que la critique est permise, mais cette critique doit être conditionnée à des contre-propositions. Donc vous critiquez l’action qui est menée, mais vous ne vous limitez pas à la critique. Vous indiquez ce que vous pensez être le meilleur pour garantir le bien-être des citoyens », a précisé l’ancien président de la Cour Constitutionnelle. Cette approche vise à protéger les intérêts de la population.
Le dialogue comme outil d’amélioration
La finalité de ce pacte républicain est l’amélioration de la qualité de la gouvernance à travers un échange permanent. Pour Théodore Holo, le dialogue permet au pouvoir en place de mieux expliquer ses objectifs et, éventuellement, d’obtenir l’adhésion de ceux qui n’étaient pas d’accord au départ. La trêve politique est un outil de vitalité démocratique. Elle impose que chaque observation soit « toujours accompagnée de propositions alternatives ». C’est par ce biais que les acteurs politiques pourront se comprendre et agir de concert pour la stabilité et le progrès économique et social du pays, loin de l’image de « conflit armé » que le terme de trêve pourrait indûment suggérer.
Augustin HESSOU

