
L’année 2025 a été marquée en Afrique par une dynamique encourageante. Mais, selon le FMI, l’économie du continent aborde l’année 2026 dans une posture de stabilisation fragile. Le dernier rapport du Fonds Monétaire International souligne que l’activité s’est globalement accélérée avec une croissance régionale estimée à 4,5 % en 2025, soit un taux inédit depuis une décennie. Mais le même rapport indique que les perspectives s’obscurcissent. L’institution souligne en effet que « la guerre au Moyen-Orient est venue assombrir ces perspectives » à travers la hausse des prix de l’énergie, des engrais et des coûts du transport maritime. En conséquence, la croissance régionale devrait fléchir pour s’établir à 4,3 % en 2026, avec une inflation médiane qui pourrait repartir à la hausse pour atteindre 5,0 %.
Des disparités nationales alarmantes sur le fardeau de la dette
Malgré une amélioration statistique globale, la question de l’endettement public reste préoccupante. Le niveau médian d’endettement sur le continent a amorcé une décompression, passant de 57,2 % du PIB en 2024 à 53,1 % en 2025. Cependant, cette moyenne masque des situations critiques au sein de certains États membres. Les données statistiques révèlent des sommets inquiétants, notamment pour le Sénégal qui affiche un ratio d’endettement public dépassant les 130 % du PIB. D’autres économies majeures de la région naviguent également dans des zones de haute vulnérabilité, à l’instar de Maurice avec 86,1 % ou encore de l’Afrique du Sud qui frôle les 79 %.
Selon les données et les projections du rapport du FMI pour l’exercice 2025, plus d’un tiers des pays de la région sont déjà en situation de surendettement ou présentent un risque élevé de surendettement. Voici le top 10 des pays affichant les taux d’endettement public les plus élevés (en pourcentage du PIB) pour l’année 2025, sur la base des statistiques fournies :
- Sénégal : 132,4 %.
- Cap Vert : 101,0 %.
- RD Congo: 96,8 %.
- Ile Maurice : 86,5 %.
- Zambie : 86,0 %.
- Gabon : 78,9 %.
- Afrique du Sud : 78,6 %.
- Malawi : 78,4 %.
- Guinée-Bissau : 75,3 %.
- Gambie : 73,9 %.
Au-delà du stock total de la dette, le rapport souligne que le service de la dette (le paiement des intérêts et du principal) atteint des niveaux critiques qui menacent d’« évincer des dépenses de développement prioritaires » telles que l’éducation et la santé. Cette situation est aggravée par la hausse des taux d’intérêt effectifs et la baisse de l’aide publique au développement (APD).
Un indicateur particulièrement révélateur de cette pression est que, pour l’année 2025, 10 pays de la région doivent consacrer plus de 20 % de leurs recettes budgétaires uniquement au paiement des intérêts de leur dette. En outre, certains pays comme l’Éthiopie, le Ghana et la Zambie ont dû engager des processus profonds de restructuration pour tenter de stabiliser leur situation financière.
Les causes structurelles
Pour expliquer cette situation, l’institution pointe du doigt une combinaison de facteurs internes et de chocs externes cumulés. « Les facteurs de vulnérabilité liés à l’endettement tiennent d’une part aux séquelles de précédents chocs et à des dérapages de l’action publique, d’autre part aux difficultés structurelles que comporte le financement de grands besoins de développement dans un contexte de raréfaction des recettes intérieures » ; indique le FMI. De plus, l’alourdissement du service de la dette, exacerbé par la hausse des taux d’intérêt effectifs, menace désormais d’évincer les dépenses sociales et d’investissement pourtant prioritaires. Enfin, le choc est accentué par une baisse brutale de l’aide publique au développement amorcée en 2025, réduisant les amortisseurs financiers traditionnels.
Les recommandations du FMI
Face à ces défis, le FMI exhorte les dirigeants africains à adopter des stratégies budgétaires qui « doivent conjuguer crédibilité et flexibilité ». La priorité absolue demeure le renforcement de la résilience intérieure afin de passer d’un modèle porté par l’État à un modèle soutenu par le secteur privé. L’institution insiste sur le fait que « la mobilisation des recettes intérieures demeure un élément central de toute bonne stratégie budgétaire à moyen terme ». Par ailleurs, les autorités sont encouragées à améliorer l’efficience de la dépense publique, notamment dans les secteurs de la santé et des infrastructures où les déficits d’efficacité sont particulièrement marqués. Pour 2026, le succès dépendra de la capacité des pays à mener des réformes structurelles profondes, capables d’attirer l’investissement privé et de stabiliser durablement les finances publiques.
Olivier ALLOCHEME

