Lors de l’adjudication du 11 juin 2026, le Trésor béninois a levé 22 milliards de FCFA alors que les soumissions ont reculé à 46,85 milliards de FCFA, leur plus faible niveau observé depuis le début de l’année. Malgré ce net ralentissement de la demande, les rendements des bons du Trésor à 3 et 6 mois ont continué de s’inscrire à des niveaux historiquement bas, confirmant l’extraordinaire détente du marché monétaire béninois.

Le marché des titres publics béninois vient d’envoyer un nouveau signal aux investisseurs. Lors de l’émission simultanée de Bons assimilables du Trésor (BAT) à 91 jours et à 182 jours organisée le 11 juin 2026, le Trésor du Bénin a retenu 22 milliards de FCFA pour un montant initialement mis en adjudication de 20 milliards. Les investisseurs ont présenté des offres totalisant seulement 46,85 milliards de FCFA, soit un taux de couverture de 234,23 %.
Ce niveau de demande apparaît particulièrement faible au regard des adjudications précédentes. Le 14 mai dernier, les soumissions atteignaient encore 95,7 milliards de FCFA. En janvier, elles dépassaient 175 milliards de FCFA, tandis qu’au cours du premier trimestre plusieurs opérations avaient largement franchi la barre des 150 milliards. La contraction observée ce 11 juin traduit donc une poursuite du ralentissement de l’appétit des investisseurs pour les instruments à court terme béninois.
Des rendements toujours plus bas
Le fait marquant de cette adjudication reste toutefois l’évolution des rendements.
Sur le BAT à 91 jours, le rendement moyen pondéré ressort à 3,20 %, pratiquement au même niveau que lors de la précédente émission. Sur le BAT à 182 jours, il s’établit à 3,39 %, contre 3,56 % lors de la séance du 14 mai. Les taux marginaux ressortent respectivement à 3,50 % et 3,45 %.
Pour mesurer l’ampleur du mouvement, il faut revenir au début de l’année. En janvier 2026, les BAT à six mois se négociaient encore autour de 5,3 %. En cinq mois, la baisse cumulée dépasse ainsi 190 points de base. Le marché béninois demeure aujourd’hui l’un des plus recherchés de l’Union monétaire ouest-africaine, permettant à l’État de se financer à des coûts particulièrement avantageux.
Cette évolution confirme la tendance observée depuis plusieurs mois : la liquidité reste abondante dans le système bancaire régional et les investisseurs continuent d’accepter des rendements de plus en plus faibles pour acquérir du papier souverain béninois.
Une participation qui se rétrécit
La baisse de la demande s’accompagne d’un recul du nombre d’intervenants.
Seulement cinq participants ont soumissionné sur le BAT à 91 jours, contre onze sur le BAT à 182 jours. Le nombre de soumissions s’est limité à sept sur le compartiment trimestriel et quatorze sur le compartiment semestriel. Cette concentration du marché suggère que plusieurs investisseurs institutionnels deviennent plus sélectifs face à des rendements désormais très comprimés.
Le taux d’absorption global ressort néanmoins à 46,96 %, soit un niveau nettement supérieur à celui enregistré lors de l’émission du 14 mai (22,99 %). Le Trésor a donc accepté une proportion beaucoup plus importante des offres reçues afin d’atteindre son objectif de financement.
Le Sénégal premier bénéficiaire des attributions
L’analyse géographique des montants retenus révèle une configuration différente de celle observée en mai. Les investisseurs sénégalais arrivent en tête avec 10 milliards de FCFA attribués, soit près de 45 % du total levé. Les investisseurs béninois suivent avec 8,76 milliards de FCFA. Les investisseurs ivoiriens obtiennent 3,24 milliards de FCFA, tandis que les autres pays repartent sans allocation significative.
Cette répartition confirme que les investisseurs domestiques demeurent un pilier essentiel du financement du Trésor béninois, même si les acteurs régionaux continuent de jouer un rôle important dans les adjudications.
Un marché favorable au Bénin mais moins attractif pour les investisseurs
Depuis le début de l’année, le Bénin figure parmi les signatures souveraines les plus appréciées de l’UEMOA. Les adjudications ont régulièrement enregistré des sursouscriptions importantes, permettant au Trésor de réduire progressivement ses coûts de financement. Cette situation s’inscrit dans un contexte régional marqué par un programme d’émissions particulièrement dense, les États de l’UEMOA prévoyant de mobiliser plus de 3 176 milliards de FCFA entre mai et juillet 2026.
Pour les investisseurs, la situation devient cependant plus complexe. Les rendements offerts par les BAT béninois sont désormais largement inférieurs à ceux observés sur certaines obligations souveraines à moyen terme de la région, dont les rendements dépassent encore fréquemment 7 % à 8 %. La question centrale est désormais de savoir jusqu’où cette compression des taux peut se poursuivre. La forte diminution de la demande observée le 11 juin pourrait constituer un premier signal d’essoufflement.
Le regard des investisseurs se tourne vers les OAT
Alors que les BAT à 3 et 6 mois offrent désormais des rendements proches de 3 %, une partie des investisseurs institutionnels pourrait être tentée de réallouer ses capitaux vers les Obligations assimilables du Trésor (OAT), plus rémunératrices.
L’absence de grandes émissions obligataires béninoises depuis plusieurs mois devient ainsi un élément stratégique à surveiller. Dans un contexte où les coûts de financement atteignent des planchers historiques, le Trésor pourrait être tenté de revenir davantage sur les maturités longues afin de verrouiller ces conditions favorables.
Pour les investisseurs, la séance du 11 juin confirme une réalité désormais bien installée : le risque souverain béninois reste fortement recherché, mais la rémunération offerte par les instruments de court terme atteint des niveaux qui interrogent de plus en plus les stratégies de placement pour le second semestre 2026.
DONNÉES CLÉS -ADJUDICATION DU 11 JUIN 2026
- Montant mis en adjudication : 20 milliards FCFA
- Montant retenu : 22 milliards FCFA
- Soumissions reçues : 46,85 milliards FCFA
- Taux de couverture : 234,23 %
- Taux d’absorption : 46,96 %
- BAT 91 jours : rendement moyen pondéré 3,20 %
- BAT 182 jours : rendement moyen pondéré 3,39 %
- Principaux attributaires : Sénégal (10 Mds FCFA), Bénin (8,76 Mds FCFA), Côte d’Ivoire (3,24 Mds FCFA)
Olivier ALLOCHEME

