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UEMOA : Le Bénin résiste au reflux des Bons du Trésor

Depuis le début de l’année 2026, le marché régional des titres publics de l’UEMOA vit une mutation profonde. Les Bons assimilables du Trésor (BAT), traditionnellement privilégiés par les banques et les investisseurs pour leurs placements à court terme, perdent rapidement du terrain au profit des Obligations assimilables du Trésor (OAT) à plus longue maturité, dans un contexte où la baisse des rendements courts pousse les investisseurs vers le long terme tandis que les États cherchent à allonger la maturité de leur dette pour limiter leur coût de financement immédiat. Ce basculement se traduit par une multiplication des adjudications infructueuses et une chute des volumes de BAT retenus à l’échelle de l’Union.

Sur le premier semestre 2026, Cotonou ne suit pourtant pas cette tendance. Les données publiées par UMOA-Titres et la BCEAO montrent que le Trésor béninois est resté massivement positionné sur le court terme via l’adjudication ouverte. Le 19 mars, il a levé 33 milliards de FCFA en BAT à 91 et 182 jours, à des taux moyens pondérés de 4,61 % et 4,83 %. Le 2 avril, nouvelle opération exclusivement en BAT : 22 milliards de FCFA retenus, avec des rendements en net repli, à 3,85 % et 4,13 %. Début juin, une émission a permis de mobiliser 33 milliards de FCFA supplémentaires, sursouscrite à plus de 800 %, puis le 11 juin, 22 milliards de FCFA ont encore été levés en BAT à 91 et 182 jours, à des taux tombés à 3,20 % et 3,39 % — les niveaux les plus bas observés depuis le début de l’année.

Seule l’émission simultanée du 8 janvier a associé les deux compartiments, avec des tranches de BAT à 91 jours et d’OAT à 3, 5 et 7 ans. En dehors de cet épisode, le programme béninois du semestre a été dominé par le court terme, alors même que la région bascule vers le long terme. Ce paradoxe s’explique probablement par la stratégie propre du pays : le Bénin a choisi de couvrir ses besoins longs hors du marché des adjudications, via la syndication régionale (deux emprunts obligataires à 7 et 10 ans placés en novembre 2025, à 6 % et 6,15 %) et le recours aux marchés internationaux et aux financements concessionnels — un choix de gestion de dette distinct de celui observé chez plusieurs voisins.

Des banques béninoises cotées en retrait sur leur propre signature

Sur la BRVM, trois valeurs béninoises sont cotées : Bank of Africa Bénin (BOAB), la Banque Internationale pour l’Industrie et le Commerce du Bénin (BICB) et la Loterie Nationale du Bénin (LNBB) — cette dernière n’étant pas un acteur du marché des titres publics. UMOA-Titres et la BCEAO ne publient toutefois pas le détail des soumissions par établissement, mais uniquement une ventilation par pays d’origine des investisseurs retenus. Les résultats disponibles montrent que, lors des adjudications de printemps, le Bénin lui-même n’a capté qu’une fraction modeste des montants alloués à sa propre dette : 5,469 milliards de FCFA sur 9,497 milliards retenus en avril pour la tranche à 91 jours, le solde revenant à des investisseurs togolais, ivoiriens ou sénégalais. En juin, la proportion domestique est restée comparable. Il est donc établi, sans qu’on puisse l’attribuer nommément à BOAB ou BICB, que les investisseurs béninois — banques locales en tête, puisqu’elles sont les principaux participants directs aux adjudications — n’ont absorbé qu’une part minoritaire des BAT émis par leur propre Trésor, la demande régionale ayant largement pris le relais.

Le rendez-vous du 9 juillet confirme la ligne de court terme

L’avis d’appel d’offres publié par UMOA-Titres et le Trésor béninois lève toute ambiguïté sur l’orientation de la prochaine opération : l’émission du jeudi 9 juillet 2026 porte exclusivement sur un BAT à 91 jours, pour un montant mis en adjudication de 20 milliards de FCFA, en titres d’une valeur nominale unitaire de 1 million de FCFA. Aucune tranche d’OAT n’est proposée. Les soumissions, à taux multiples, sont déposées via l’application SAGETIL-UMOA jusqu’à 10h30 TU, avec un dépouillement le même jour, une date de valeur fixée au vendredi 10 juillet et une échéance au jeudi 8 octobre 2026, un remboursement in fine, les intérêts étant précomptés et payés d’avance sur la valeur nominale des bons. Comme pour les émissions précédentes, 25 % du montant est réservé sous forme d’offres non compétitives aux Spécialistes en Valeurs du Trésor habilités du Bénin, et aucune souscription ne peut excéder 60 % du montant mis en adjudication.

Ce choix confirme, sept jours seulement avant l’échéance du BAT levé début avril, que le Bénin poursuit sa stratégie de financement à très court terme sur le marché des adjudications, à contre-courant du mouvement régional de report vers les OAT. Reste à savoir si les banques béninoises cotées à la BRVM, jusqu’ici en retrait relatif sur leur propre dette souveraine, renforceront ou non leur participation lors de cette nouvelle opération.

Olivier ALLOCHEME

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