
Les récentes désignations des membres du Sénat et du Conseil économique et social (CES) lors du dernier Conseil des ministres, continuent d’alimenter le débat public. Entre critiques sur la place accordée aux personnalités politiques, interrogations sur le coût des nouvelles institutions et questionnements sur leur utilité, le Gouvernement est monté au créneau pour défendre les choix opérés. Invité de l’émission « Face à l’Actualité », diffusée le dimanche 5 juillet 2026 sur Bénin TV et Canal 3 Bénin, le ministre porte-parole du Gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a apporté des explications sur la philosophie qui sous-tend la mise en place de ces deux institutions.
D’entrée, le ministres porte-parole a rejeté l’idée selon laquelle les désignations répondraient essentiellement à des considérations politiques. Selon lui, chaque institution possède sa propre nature et les critères de composition varient en fonction des missions qui lui sont assignées. « Il y a des institutions qui sont par essence politiques, d’autres qui sont techniques, et d’autres encore qui nécessitent un mélange des deux », a-t-il expliqué, estimant que le Conseil économique et social relève précisément de cette dernière catégorie.
À l’en croire, la diversité des profils qui composent désormais le CES traduit cette volonté d’équilibre. L’institution rassemble des représentants du monde artisanal, agricole, consulaire, des partis politiques ainsi que des personnalités désignées par le Chef de l’État. Pour le ministre porte-parole, même les membres issus de la sphère politique disposent de compétences académiques et professionnelles leur permettant de contribuer utilement aux travaux du Conseil.
Le Sénat présenté comme une institution de l’expérience
S’agissant du Sénat, Wilfried Léandre Houngbédji a rappelé que cette institution repose davantage sur l’expérience des personnalités appelées à y siéger. Il a souligné que la Constitution prévoit la présence de membres de droit, notamment les anciens présidents de la République, les anciens présidents de l’Assemblée nationale, de la Cour constitutionnelle ou encore des responsables des forces de défense et de sécurité.
Selon le porte-parole, les quatorze personnalités récemment désignées n’ont été appelées qu’en complément des membres de droit afin d’atteindre l’effectif vingt-cinq prévu par les textes. « Si les membres de droit atteignaient déjà le nombre requis, ces désignations n’auraient pas été nécessaires », a-t-il précisé.
Pour le Gouvernement, le Sénat a vocation à constituer une instance de sages où l’expérience acquise dans la conduite des affaires publiques constitue un atout pour la stabilité institutionnelle et la préservation de la cohésion nationale.
Répondre aux critiques sur le coût des institutions
Interrogé sur les critiques liées au coût de fonctionnement du Sénat et du CES, le ministre porte-parole a défendu la logique de rationalisation engagée par les réformes institutionnelles.
Il a notamment cité la récente intégration des attributions de la Médiature de la République au Conseil économique et social. Désormais, le premier vice-président du CES exercera également les fonctions de médiateur de la République.
Pour Wilfried Houngbédji, cette fusion traduit la volonté de l’État de renforcer l’efficacité de l’action publique tout en optimisant l’utilisation des ressources publiques.
Le porte-parole a également insisté sur la complémentarité entre le Gouvernement et le CES dans leur mission d’information des populations. Si les ministres et les membres de l’exécutif assurent régulièrement des séances d’explication des politiques publiques, le Conseil économique et social dispose, selon lui, d’un avantage majeur, celui de sa présence sur l’ensemble du territoire national. « Les membres du Conseil économique et social peuvent échanger directement avec les populations dans leurs langues locales, ce qui favorise une meilleure compréhension des réformes et renforce le civisme », a-t-il fait valoir.
Face aux critiques dénonçant le retour de nombreuses personnalités ayant déjà occupé de hautes fonctions, le ministre a assumé le choix de privilégier l’expérience.
Selon Wilfried Léandre Houngbédji, avoir dirigé des institutions majeures de la République constitue un capital précieux dont le pays peut encore bénéficier. « Pourquoi se priver de l’expérience et de l’efficacité de personnes qui ont déjà fait leurs preuves ? », s’est-il interrogé.
Évoquant les anciens chefs d’État appelés à siéger au Sénat, il a estimé que, quelles que soient les appréciations portées sur leurs mandats respectifs, leur connaissance des affaires de l’État représente une valeur ajoutée pour la nouvelle institution.
Le ministre a par ailleurs rappelé que plusieurs démocraties confient également des responsabilités institutionnelles à leurs anciens dirigeants, notamment au sein des Sénats ou des Cours constitutionnelles.
Au-delà des controverses suscitées par les premières désignations, l’exécutif entend désormais convaincre les Béninois par les résultats. Pour le Gouvernement, la véritable évaluation du Sénat et du Conseil économique et social ne se fera ni sur la composition de leurs membres ni sur les débats qu’ils suscitent aujourd’hui, mais sur leur capacité à renforcer la qualité de la gouvernance, à rapprocher les institutions des citoyens et à contribuer durablement au développement du pays.
Romain HESSOU

