Au terme du premier semestre 2026, le marché des titres publics de l’UEMOA affiche une santé robuste, avec un total de 7 870,39 milliards de FCFA mobilisés par les huit États membres. Dans ce paysage dominé par les géants ivoirien et sénégalais, le Bénin a adopté une stratégie singulière, privilégiant la qualité du taux au volume brut, tout en confirmant son statut de « valeur refuge » régionale.

Avec 280 milliards de FCFA levés entre janvier et juin 2026, le Bénin se positionne dans le bas du classement des émetteurs de l’Union, juste devant le Togo (277,99 milliards) et la Guinée-Bissau (228,23 milliards). Contrairement à la tendance régionale, marquée par une explosion des Obligations Assimilables du Trésor (OAT) pour allonger la maturité de la dette, le Trésor public a fait le choix de l’agilité à court terme. Il a ainsi mobilisé 193,27 milliards de FCFA via des Bons Assimilables du Trésor (BAT), contre seulement 86,73 milliards en OAT. Cette structure de financement, majoritairement axée sur des maturités de trois à six mois, témoigne d’un opportunisme assumé pour capter la liquidité régionale à moindre coût. Parallèlement, le pays a honoré ses engagements avec rigueur, remboursant 293,97 milliards de FCFA de dettes arrivées à échéance sur la période.
Des taux records défiant toute concurrence
C’est sur le terrain du coût de l’argent que le Bénin surclasse ses pairs. Fort d’une signature souveraine de premier rang, le pays affiche, avec la Côte d’Ivoire, les rendements les plus faibles du marché. Pour ses émissions de court terme, les taux se sont négociés entre 3 % et 5 %. Une émission de BAT à 91 jours réalisée début avril a ainsi dégagé un rendement moyen pondéré de seulement 3,85 %. Sur les maturités longues, les taux béninois oscillent entre 6 % et 7 %.
La performance est d’autant plus marquante que les autres États ont dû composer avec des conditions bien plus sévères. Le Sénégal a concédé des rendements de 7,82 % fin juin, tandis que le Mali se finançait à 4,52 % sur le court terme. Le Niger, de son côté, continue d’offrir les taux les plus élevés de l’Union, dépassant parfois les 9 %, reflet d’une prime de risque plus lourde.
Une base de souscripteurs qui se déplace selon les opérations
L’analyse de la provenance des fonds révèle des dynamiques contrastées d’une adjudication à l’autre. Sur l’émission du 2 avril, qui a permis de lever 22 milliards de FCFA face à une demande de plus de 160 milliards toutes tranches confondues, la ventilation géographique des montants retenus a montré une nette prime aux souscripteurs locaux : 5,469 milliards de FCFA sur la tranche à 91 jours et 5 milliards sur celle à 182 jours, soit 10,469 milliards au total, se sont ainsi trouvés du côté béninois. Le Togo a suivi avec 4 milliards puis 3,5 milliards de FCFA, tandis que la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger et la Guinée-Bissau n’ont enregistré aucune allocation significative sur cette opération précise.
D’autres émissions du semestre ont en revanche vu affluer davantage de liquidité régionale, le Mali et la Côte d’Ivoire figurant parmi les souscripteurs les plus actifs sur les compartiments longs, aux côtés du Sénégal. Cette alternance illustre la profondeur croissante du marché : selon les maturités et les fenêtres de tir, le Trésor public capte tantôt l’épargne locale, tantôt les capitaux voisins, sans dépendre d’un seul bassin d’investisseurs. Cette capacité à diversifier ses sources, y compris en importation de liquidité régionale moins onéreuse que certaines exigences bancaires locales, confirme que le Bénin s’impose comme un hub de sécurité pour les investisseurs de l’espace UEMOA.
Une stratégie globale gagnante
Le succès du Bénin sur le marché régional ne peut être dissocié de ses prouesses à l’international. En janvier 2026, le pays a marqué l’histoire en devenant le premier État africain à émettre un Sukuk international de 500 millions de dollars, sursouscrit plus de huit fois. Cette diversification des sources de financement, conjuguée à la rigueur des réformes fiscales entreprises, renforce la confiance des investisseurs et permet au Bénin de maintenir des taux bas malgré une économie plus modeste que celle de ses voisins.
Olivier ALLOCHEME

