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Cotonou AI Academy : Neuf projets pour transformer les défis de la ville en solutions

Neuf problèmes identifiés, neuf projets d’innovation. Le premier campus de la Cotonou AI Academy s’est achevé samedi 29 août 2026 avec un résultat qui dépasse la simple initiation technologique. En dix jours, 60 jeunes issus de 19 collèges publics de Cotonou ont été invités à regarder autrement les difficultés de leur environnement et à imaginer des réponses à l’aide de l’intelligence artificielle et de la robotique. Derrière cette expérience se dessine un enjeu plus large, celui d’éviter qu’une nouvelle fracture numérique ne sépare ceux qui utilisent les technologies de ceux qui sont capables de les comprendre, de les adapter et d’en créer de nouvelles.

Il y a encore quelques années, la fracture numérique se mesurait principalement à l’accès aux équipements et à Internet. Qui possède un ordinateur ? Qui dispose d’une connexion ? Qui sait utiliser les outils numériques ? Ces questions restent pertinentes. Mais l’essor de l’intelligence artificielle en fait émerger une autre, plus stratégique : qui sera capable de créer avec la technologie et qui devra se contenter de consommer ce que d’autres auront conçu ?

C’est dans cet espace que la Cotonou AI Academy entend intervenir.

Pendant dix jours, 60 jeunes provenant de 19 collèges publics de Cotonou ont été immergés dans l’univers de l’intelligence artificielle et de la robotique. L’ambition ne consistait toutefois pas à leur apprendre uniquement à utiliser de nouveaux outils. La démarche repose sur une approche davantage orientée vers la résolution de problèmes. Identifier une difficulté, l’analyser, rechercher des pistes, expérimenter, collaborer et concevoir une solution, c’est ce processus que les participants ont été amenés à découvrir.

La distinction est importante. Un jeune peut savoir utiliser une application d’intelligence artificielle sans pour autant être capable de l’adapter à une problématique de son environnement. Il peut obtenir une réponse d’une machine sans savoir en vérifier la pertinence. La Cotonou AI Academy veut justement contribuer à franchir cette étape, celle de faire de l’utilisateur un acteur capable de penser et de créer avec la technologie.

Partir des problèmes du quotidien

Les premiers résultats donnent un aperçu de cette philosophie. Neuf équipes ont présenté neuf projets inspirés de difficultés concrètement observées à Cotonou. Trois d’entre eux concernent notamment les personnes en situation de handicap, avec des pistes destinées à faciliter les déplacements ou la communication des personnes sourdes et malvoyantes. D’autres projets s’attaquent à la gestion des déchets, aux embouteillages, à la circulation des véhicules d’urgence, à la prévention des inondations, à l’accompagnement scolaire ou encore à l’irrigation agricole.

Cette orientation traduit une volonté d’ancrer l’innovation dans les réalités locales. Une poubelle qui déborde, un carrefour saturé ou un caniveau exposé aux inondations peuvent sembler être des problèmes ordinaires. Mais demander à un adolescent de les considérer comme des problèmes pouvant recevoir une réponse technologique change profondément son regard sur son environnement.

Le maire de Cotonou Luc Gnacadja l’a résumé lors de la clôture du campus : « Aucun de ces problèmes n’est abstrait. » Ces problématiques ne sont pas sorties d’un manuel ; elles sont issues du quotidien des jeunes qui ont choisi de les regarder sous un autre angle.

Créer un espace entre l’école et le territoire

L’un des enjeux de l’initiative réside également dans sa capacité à créer des passerelles. La collectivité locale n’a pas vocation à se substituer à l’école ou aux autres institutions de formation. Elle peut cependant contribuer à rapprocher les établissements scolaires des professionnels, les jeunes des mentors et les apprentissages des réalités du territoire.

Cette fonction d’interface est d’autant plus importante que l’innovation ne se décrète pas. Elle nécessite des espaces où l’on peut expérimenter, tester une idée, constater ses limites, corriger et recommencer.

Les projets présentés au terme de ces dix jours ne constituent donc pas nécessairement des solutions immédiatement opérationnelles. Leur valeur réside aussi dans le processus qui a conduit à leur conception, celle d’apprendre à observer un problème et à chercher une réponse plutôt que de considérer la technologie comme une simple fin en soi.

Dix jours pour commencer, quatre ans pour construire

La première expérience a également révélé une réalité moins visible, celle de la fracture numérique traditionnelle n’a pas disparu. Certains participants avaient peu ou pas d’expérience dans l’utilisation d’un ordinateur.

Cette situation rappelle que la démocratisation de l’intelligence artificielle passe d’abord par la consolidation des compétences numériques de base. Il ne suffit pas de présenter les technologies les plus avancées ; il faut aussi construire les fondations permettant de les comprendre et de les utiliser de manière autonome.

C’est pourquoi le projet s’inscrit dans la durée. Le parcours annoncé doit s’étendre sur quatre années, avec différentes étapes consacrées à l’exploration, à l’approfondissement, à la conception, puis au partage et à la transmission.

L’objectif n’est donc pas de former des experts en dix jours. Une telle ambition serait irréaliste. Il s’agit plutôt de faire naître une curiosité, de développer une culture de l’expérimentation et d’installer progressivement des compétences.

Ne pas seulement utiliser l’IA, mais créer avec elle

L’enjeu de la Cotonou AI Academy dépasse finalement la seule acquisition de compétences technologiques. À mesure que l’intelligence artificielle transforme l’éducation, l’emploi et les services, une nouvelle question se pose aux territoires, celle de savoir comment éviter que leur jeunesse ne devienne uniquement utilisatrice de technologies conçues ailleurs ?

La réponse expérimentée à Cotonou consiste à partir du territoire lui-même. Les problèmes de la ville deviennent des sujets d’apprentissage ; les jeunes deviennent des chercheurs de solutions ; l’intelligence artificielle et la robotique deviennent des outils d’expérimentation.

Le premier campus s’est achevé, mais le véritable chantier commence à peine. Il s’agit désormais de transformer cette première expérience en parcours durable et de faire émerger une génération capable non seulement de maîtriser les outils numériques, mais surtout de penser avec eux, de les adapter à ses réalités et, à terme, de créer des solutions pour son propre territoire.

Romain HESSOU

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