Le rapport annuel d’activités 2025 de l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (ARCEP) du Bénin, publié en mai 2026, confirme l’ancrage du mobile money dans l’économie nationale. Avec près de 11,65 millions de comptes actifs et un taux de pénétration de 88 %, les services financiers mobiles béninois entrent toutefois, en cette année 2026, dans une phase de turbulences, entre la gratuité imposée par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et une fiscalité nationale qui se resserre.

Selon le rapport annuel d’activités 2025 de l’ARCEP, publié en mai 2026, le nombre d’abonnés mobiles détenant un compte de services financiers mobiles (SFM) a atteint 11 649 735 clients actifs au 31 décembre 2025, en hausse de 3,58 % par rapport à 2024. Le taux de pénétration des services financiers mobiles s’est établi à 88,09 % fin 2025, un niveau resté quasiment stable par rapport à l’année précédente, ce qui traduit une consolidation plutôt qu’une nouvelle poussée du marché.
Ce résultat s’inscrit dans une tendance continentale de fond : selon le rapport mondial Global Findex, la part des adultes disposant d’un compte bancaire ou d’argent mobile en Afrique subsaharienne est passée de 34 % en 2014 à 58 % en 2024.
Le réseau de distribution a lui aussi continué de s’étendre. L’ARCEP recense 815 134 points de service en 2025, contre 619 125 en 2024, soit un accroissement de 31,66 %. Cette expansion se répartit entre Moov Money (394 489 points, 48,4 % du total), MTN Mobile Money (246 109 points, 30,2 %) et Celtiis Cash (174 536 points, 21,4 %).
MTN toujours dominant, mais un marché à trois acteurs
En nombre de comptes, MTN Mobile Money conserve la première place avec 51 % du parc, devant Celtiis Cash (27 %) et Moov Money (22 %). En valeur, la hiérarchie est encore plus marquée : le chiffre d’affaires des fournisseurs de services financiers mobiles a atteint 82,5 milliards de francs CFA en 2025, en progression de 28,5 % sur un an, dont environ 83 % générés par MTN Mobile Money, 10,6 % par Moov Money et 6,4 % par Celtiis Cash.
Le détail des usages, également publié par l’ARCEP, montre une transformation des pratiques : entre 2024 et 2025, le volume des paiements marchands a bondi de 24,13 % (à 288,15 millions d’opérations), les dépôts de 15,54 % et les retraits de 13,10 %, tandis que les transferts classiques entre particuliers (P2P) reculent de 17,46 %, signe d’un usage de plus en plus tourné vers le paiement du quotidien plutôt que le simple transfert d’argent.
La fin programmée du multi-SIM
L’ARCEP consacre un chapitre entier de son rapport 2025 à l’interconnexion des plateformes des émetteurs de monnaie électronique (EME). Depuis janvier 2025, les codes USSD de MTN Mobile Money, Moov Money et Celtiis Cash, jusque-là chacun cantonné au réseau mobile de son opérateur, sont devenus accessibles depuis n’importe quel réseau. Un même numéro de téléphone peut désormais héberger simultanément les trois portefeuilles mobiles, mettant fin à la pratique du multi-SIM qui obligeait les usagers à multiplier les puces pour éviter les frais inter-réseaux.
Le grand télescopage : gratuité BCEAO contre fiscalité nationale
Cette dynamique d’interopérabilité technique entre en collision avec une seconde réforme, portée cette fois par la BCEAO au niveau régional. Le 30 septembre 2025, la banque centrale a officiellement lancé à Dakar la Plateforme interopérable du système de paiement instantané (PI-SPI), destinée à permettre des transferts de compte à compte gratuits et instantanés entre banques, institutions de microfinance et établissements de monnaie électronique de toute la zone UEMOA.
Au niveau national, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, le vendredi 19 juin 2026, la loi de finances rectificative pour la gestion 2026. Ce collectif budgétaire revoit le budget de l’État à la hausse de 8 %, à plus de 4 148 milliards de francs CFA. Le texte comporte notamment des mesures de modernisation de l’administration fiscale intégrant les activités liées à l’économie numérique, afin de renforcer les recettes de l’État. Pour les opérateurs MTN, Moov et Celtiis, l’équation devient délicate : la gratuité imposée par la BCEAO sur les transferts interbancaires réduit une partie des revenus tirés des flux inter-réseaux, au moment même où l’État resserre sa fiscalité sur le numérique.
La grogne des usagers face aux frais de retrait
Si les transferts numériques tendent vers la gratuité, le passage vers l’argent liquide reste, lui, coûteux pour les usagers. Depuis le 4 juillet 2025, MTN Bénin et Moov Africa Bénin ont relevé leurs frais de retrait d’espèces, en particulier sur les petites transactions du quotidien, alimentant le mécontentement des consommateurs.
Face à cette grogne, le porte-parole du gouvernement béninois, Wilfried Léandre Houngbédji, a tenu à dégager la responsabilité de l’État : « L’État n’est pas à l’origine de cette hausse des frais de retrait. Cette décision ne relève ni du gouvernement ni de l’ARCEP-Bénin, mais est sous la responsabilité exclusive de la BCEAO. »

La grille tarifaire en vigueur chez les deux principaux opérateurs se présente comme suit :
| Tranche de retrait (FCFA) | Frais MTN MoMo Bénin | Frais Moov Africa Bénin |
| 1 – 500 | 50 | 50 |
| 501 – 5 000 | 125 | 125 |
| 5 001 – 10 000 | 225 | 225 |
| 10 001 – 20 000 | 375 | 375 |
| 20 001 – 50 000 | 700 | 500 à 750 |
| 50 001 – 100 000 | 1 000 | 1 000 |
| 100 001 – 200 000 | 2 000 | 2 000 |
| 200 001 – 300 000 | 3 000 | 3 000 |
| 300 001 – 500 000 | 3 500 | 3 500 |
| 500 001 – 750 000 | 5 000 | 5 000 |
| 750 001 – 1 000 000 | 6 000 | 6 000 |
| 1 000 001 – 1 500 000 | 8 000 | 8 000 |
| 1 500 001 – 2 000 000 | 9 900 | 9 900 |
Vers une transition forcée du modèle économique
Avec un coût de raccordement technique parmi les plus élevés de la sous-région et une rentabilité du simple transfert d’espèces mise sous pression par la fiscalité, les prestataires de services de paiement béninois sont poussés à diversifier leur offre. Les données de l’ARCEP confirment cette bascule : la forte progression des paiements marchands (+24,13 % en 2025) illustre déjà un déplacement de l’usage vers des services à plus forte valeur ajoutée. Opérateurs et fintechs devraient ainsi continuer, en 2026, à investir la micro-assurance, l’épargne rémunérée et le micro-crédit pour équilibrer un modèle économique bousculé par la double contrainte de la gratuité régionale et de la souveraineté fiscale nationale.
Olivier ALLOCHEME

