You are currently viewing Séfou Fagbohoun : Bruno Amoussou revient sur son parcours et lave sa mémoire

Séfou Fagbohoun : Bruno Amoussou revient sur son parcours et lave sa mémoire

À l’occasion de l’hommage rendu à feu Séfou Fagbohoun, l’ancien ministre du Plan et ancien président de l’Assemblée nationale, Bruno Amoussou, est revenu sur plusieurs épisodes de la vie de l’homme d’affaires. De ses débuts comme chauffeur à son accession au monde des affaires, en passant par l’acquisition de la SONACOP, il livre un témoignage destiné à rétablir, selon lui, la vérité sur deux épisodes qui auraient profondément marqué le défunt sur les rumeurs sur l’origine de sa fortune et les controverses autour de l’attribution de la société nationale des produits pétroliers.

Bruno Amoussou dit avoir connu Séfou Fagbohoun à ses débuts, alors que celui-ci exerçait comme chauffeur. Il se souvient notamment de sa Renault 12, sur laquelle il avait inscrit son nom, et qu’il utilisait pour transporter des fournisseurs étrangers arrivant dans les hôtels de Cotonou.

C’est dans ce cadre que les deux hommes se sont rapprochés. Selon Bruno Amoussou, l’un des fournisseurs, un ressortissant hollandais, avait demandé à Fagbohoun de l’aider à trouver des partenaires commerciaux au Bénin. Une rencontre aurait alors été organisée avec des responsables de la Société Dahoméenne des Banques.

Bruno Amoussou affirme que cette relation professionnelle a constitué un tournant dans le parcours de Fagbohoun. Il raconte avoir retrouvé, des décennies plus tard, la carte de visite de ce partenaire hollandais et l’avoir rapportée au défunt. Une carte à laquelle, selon lui, Fagbohoun accordait une importance particulière.

Les rumeurs sur l’origine de sa fortune

L’ancien président de l’Assemblée nationale s’est surtout attaché à réfuter les accusations qui ont longtemps entouré l’enrichissement de Séfou Fagbohoun. Il évoque notamment les rumeurs selon lesquelles celui-ci aurait eu recours à des pratiques occultes ou à un sacrifice humain pour bâtir sa fortune. Des accusations que Bruno Amoussou qualifie de fausses. « Fagbohoun n’a tué personne pour s’enrichir. Fagbohoun n’a sacrifié aucun enfant pour s’enrichir », affirme-t-il.

Selon son témoignage, l’ascension économique de Fagbohoun serait plutôt liée à une opération commerciale réalisée dans un contexte économique favorable. Il explique qu’à l’époque, des mesures prises au Nigeria en faveur des fonctionnaires avaient entraîné une forte demande pour certains produits. Fagbohoun, qui disposait de ces produits, aurait ainsi réalisé d’importants bénéfices.

Pour Bruno Amoussou, cette explication permet de comprendre l’origine du changement rapide de statut du défunt, sans recourir aux accusations qui ont accompagné son parcours.

La controverse autour de la SONACOP

L’ancien président de l’Assemblée nationale est également revenu sur l’acquisition de la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (SONACOP) par le groupe Fagbohoun. Vingt ans après leurs premiers contacts, Séfou Fagbohoun avait participé à l’appel d’offres pour l’acquisition de la société. Le groupe qu’il dirigeait avait finalement été déclaré adjudicataire.

Bruno Amoussou rappelle qu’au moment où la cérémonie de remise des clés était prévue, un remaniement gouvernemental l’avait porté au ministère du Plan, en remplacement du professeur Albert Tévoédjrè. Son premier acte à ce poste, raconte-t-il, a consisté à participer, avec le ministre des Finances d’alors, Abdoulaye Bio Tchané, à la remise des clés de la SONACOP à Séfou Fagbohoun.

Il rejette également les accusations ayant entouré cette attribution. Selon lui, l’examen du dossier, effectué après sa nomination au ministère du Plan, ne révélait aucune irrégularité particulière. Il soutient notamment que l’offre du groupe Fagbohoun était nettement supérieure à celle du soumissionnaire arrivé derrière lui.

« Laver sa mémoire »

Pour Bruno Amoussou, ces deux épisodes ont durablement affecté Séfou Fagbohoun. Les accusations portant sur l’origine de sa fortune et les controverses relatives à la SONACOP seraient régulièrement revenues dans leurs échanges. C’est pourquoi il dit avoir choisi de prendre la parole après la disparition de l’homme d’affaires. « Je voudrais, à ce sujet, intervenir aujourd’hui pour clarifier ça et laver sa mémoire de ces deux choses », a-t-il déclaré.

Au-delà de ces controverses, Bruno Amoussou souligne également l’engagement de Fagbohoun en faveur d’Adja-Ouèrè, commune dont il estime que la transformation au fil des années porte fortement son empreinte. Il évoque à cet égard ses propres souvenirs de la localité, où il s’était rendu pour la première fois en 1967 dans le cadre des opérations de délimitation des terres destinées aux plantations de palmiers à huile. À l’époque, Ikpinlè constituait, selon lui, le principal centre administratif de la zone.

Près de six décennies plus tard, Bruno Amoussou dit avoir été frappé par les transformations intervenues à Adja-Ouèrè. Une évolution qu’il associe largement à l’action de Séfou Fagbohoun et qui complète, dans son témoignage, le portrait d’un homme dont le parcours aura suscité autant d’admiration que de controverses.

Romain HESSOU

Laisser un commentaire