En déplacement à Adja-Ouèrè le mercredi 26 août 2026 pour rendre hommage à l’homme d’affaires et homme politique Sèfou Fagbohoun, l’ancien président de la République et sénateur Thomas Boni Yayi a livré un témoignage empreint d’émotion. Revenant sur une page controversée de son régime, notamment l’emprisonnement de Fagbohoun dans le dossier SONACOP, il a reconnu des erreurs, évoqué le pardon de son ancien adversaire politique et appelé les générations actuelles à tirer les leçons du passé.

La disparition de Sèfou Fagbohoun aura ramené Thomas Boni Yayi à Adja-Ouèrè, mais aussi à une partie de son propre passé politique. Devant la famille éplorée, les autorités religieuses et les populations, l’ancien chef de l’État a livré un témoignage personnel sur celui qu’il considère désormais comme un « grand frère », tout en revenant sur des épisodes sensibles de ses dix années de pouvoir.
Dans son hommage, Boni Yayi a d’abord salué la foi, la compassion et l’engagement de Sèfou Fagbohoun envers les populations. Il a notamment insisté sur son rôle dans le développement d’Adja-Ouèrè et sa contribution à la vie publique béninoise. « Homme de foi, est devenu homme d’État, homme politique qui a su instruire, côtoyer, s’impliquer dans la gouvernance de ce pays », a-t-il déclaré.
Mais au-delà de l’hommage, l’ancien président a choisi d’évoquer une période particulièrement délicate de son parcours à la tête du Bénin. Il s’agit notamment de l’affaire SONACOP, qui avait conduit à l’emprisonnement de Sèfou Fagbohoun au début du régime de Boni Yayi.
« Je me suis demandé pardon à Dieu »
Boni Yayi n’a pas éludé cet épisode. Avec le recul, il reconnaît que certaines décisions prises lorsqu’il était au pouvoir auraient pu être gérées autrement. « J’aurais pu gérer ce dossier de telle manière, de telle manière », a-t-il confié, avant de rappeler qu’il avait personnellement rendu visite à Sèfou Fagbohoun à Adja-Ouèrè après sa libération.
Selon son témoignage, cette démarche avait été motivée par une volonté de réconciliation. « Je me suis demandé pardon à Dieu. Avant de venir lui dire pardon », a-t-il expliqué. Sèfou Fagbohoun aurait accepté cette demande de pardon, ouvrant la voie à une relation qui, malgré leurs sensibilités politiques différentes, s’est poursuivie au fil des années.
Pour Boni Yayi, cet épisode illustre les conséquences que peuvent avoir certaines décisions politiques. « Les mauvais conseillers nous poussent à poser des actes que l’on regrette », a-t-il lancé, invitant les dirigeants à s’entourer de personnes capables de les conseiller avec discernement.
L’ancien chef de l’État estime ainsi que l’expérience doit servir aux générations futures. « Là où on a trébuché, nous devons le dire. Pour que les jeunes générations ne puissent pas nous imiter », a-t-il déclaré.
Au-delà des clivages politiques
Boni Yayi a également raconté comment ses relations avec Sèfou Fagbohoun avaient évolué après leurs retrouvailles. Malgré leurs différences politiques, l’ancien président affirme avoir continué à considérer son ancien interlocuteur comme une personnalité dont l’avis comptait. « Pour moi, désormais, il était devenu un homme politique dont il faut avoir le point de vue. Auprès de qui il faut prendre des conseils », a-t-il témoigné.
Il a également évoqué la période durant laquelle il avait séjourné au Nigeria, après son départ du pouvoir, affirmant avoir maintenu des échanges avec Sèfou Fagbohoun. Il a notamment relaté l’implication de ce dernier dans une démarche auprès du président nigérian de l’époque, Muhammadu Buhari.
À travers ce témoignage, Boni Yayi a voulu montrer que les divergences politiques ne devraient pas nécessairement conduire à une rupture des relations humaines. Une leçon qu’il estime particulièrement importante pour la vie publique béninoise.
« Des règlements de comptes, il faut en finir »
Le message de l’ancien président dépasse ainsi la seule personnalité de Sèfou Fagbohoun. Boni Yayi en a profité pour lancer un appel à la classe politique béninoise. Pour lui, la disparition de l’homme d’affaires et politique doit être l’occasion d’une introspection collective. « Des règlements de comptes, il faut en finir », a-t-il martelé, appelant à privilégier le dialogue et la réconciliation.
La paix demeure, selon lui, la condition première du développement et de la prospérité. « La paix n’a pas de prix », a-t-il insisté, avant d’exhorter les acteurs politiques à éviter les décisions susceptibles de fragiliser la cohésion nationale.
Dans son adresse, Boni Yayi a également appelé les Béninois à renouer avec le dialogue sur la gestion du pays. « Le Bénin nous appartient à tous », a-t-il rappelé, plaidant pour une gouvernance fondée sur l’écoute, l’unité et la solidarité.
Une dernière leçon de Fagbohoun
En rendant hommage à Sèfou Fagbohoun, Boni Yayi a finalement livré un témoignage autant politique que personnel. Celui d’un ancien président qui reconnaît les difficultés et les erreurs liées à l’exercice du pouvoir, mais aussi celui d’un homme qui affirme avoir trouvé, avec un ancien adversaire, le chemin du pardon. « Il a accepté mon pardon, il m’a accordé mon pardon », a-t-il déclaré, avant de rappeler que leurs relations étaient restées cordiales jusqu’à la disparition de Fagbohoun.
Pour l’ancien chef de l’État, cette expérience doit désormais servir de repère. Elle invite, selon lui, les dirigeants à mesurer la portée de leurs décisions, à écouter des conseillers avisés et à privilégier la paix sur les confrontations politiques.
Son hommage à Adja-Ouèrè s’est achevé par une prière pour le repos de l’âme de Sèfou Fagbohoun et pour sa famille, Adja-Ouèrè, Kétou et l’ensemble du Bénin.
Romain HESSOU

