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Tensions préélectorales : « Talon veut en finir avec l’opposition » selon Boni Yayi

Après plusieurs jours de silence, l’ancien président de la République et président du parti Les Démocrates (LD), Thomas Boni Yayi, est finalement sorti de sa réserve. Reçu par le chef de l’État Patrice Talon le vendredi 24 octobre 2025 au palais de la Marina, l’ex-chef d’État s’était abstenu de tout commentaire à l’issue de la rencontre, suscitant interrogations et spéculations au sein de la classe politique. Ce mercredi 29 octobre, il a livré publiquement le contenu de leurs échanges, dans une déclaration au ton ferme.

Selon Boni Yayi, la rencontre avait pour objectif de demander au chef de l’État de garantir la participation du parti Les Démocrates, principale formation de l’opposition aux élections générales de 2026, législatives, communales et présidentielle. « Je lui ai demandé de tout mettre en œuvre en vue de la participation du parti Les Démocrates […] aux élections générales de 2026 », a-t-il déclaré.

L’ancien président rappelle que Les Démocrates disposent d’un récépissé légal depuis décembre 2020 et siègent à l’Assemblée nationale depuis 2023. Il dénonce cependant une « politique systématique d’exclusion » menée, selon lui, par le pouvoir depuis 2016, et estime que priver l’opposition de la présidentielle d’avril 2026 constituerait une violation des principes démocratiques issus de la Conférence nationale de février 1990. « Ces exclusions répétées contreviennent […] à notre édifice démocratique », a-t-il insisté.

Boni Yayi dit également s’inquiéter d’un « vaste plan de déstabilisation » visant le parti Les Démocrates, fait d’« intimidations » et de « promesses d’incitation financière » pour débaucher certains responsables. Il évoque un risque pour « l’unité nationale » et accuse le président Talon de vouloir « en finir avec l’opposition ».

Pour sortir de cette crise politique et garantir la stabilité du pays, l’ancien chef d’État appelle au dialogue inclusif. « Seuls le peuple, les forces politiques, la société civile et les confessions religieuses peuvent, dans un cadre de dialogue politique, assumer le virage de la vision de notre édifice démocratique », a-t-il souligné.

Romain HESSOU

Déclaration de  Boni Yayi à propos de sa rencontre avec le Président Patrice Talon

Mes chers compatriotes,

Comme vous le savez, j’ai rencontré le Président Patrice Talon, Président de la République, le vendredi 24 octobre 2025, à ma qualité d’ancien Président de la République. Je lui ai demandé de tout mettre en œuvre en vue de la participation du parti Les Démocrates, parti d’opposition aux élections générales de 2026., les élections législatives et communales de janvier 2026, ainsi que l’élection présidentielle d’avril 2026. Le Parti des Démocrates du Bénin est l’une des composantes de l’opposition au Bénin.

Ce parti anime la vie politique dans le respect du cadre légal à la suite de la réception de son récépissé en décembre 2020. Ses activités s’inscrivent dans le cadre de la loi n°2019-45 du 25 novembre 2019 portant statut de l’opposition en République du Bénin. Cette loi se situe dans le carré de la loi n°2018-23 du 17 septembre 2018 portant charte des partis politiques en République du Bénin.

Le Parti des Démocrates a donc une existence légale et est représenté au Parlement depuis 2023. Depuis 2016, le régime du parti au pouvoir a mis en œuvre une politique systématique d’exclusion contraire aux lois de la République qu’il a lui-même votées et promulguées. Hormis l’année 2023 où Les Démocrates ont pris part aux élections générales dans les limites d’exclusion de certains militants du parti, la politique d’exclusion est restée constante.

Mes chers compatriotes, l’exclusion de l’opposition et de LD de la présidentielle d’avril 2026 vient en contre-courant de notre édifice démocratique issu de la Conférence nationale des forces juives de février 1990. Elle viole les principes de la démocratie et des droits de l’homme tels que définis par la Charte des Nations Unies de 1945 et la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Ces exclusions répétées contreviennent également à l’attachement du Bénin à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples adoptée en 1981 par l’ONU.

Mes chers compatriotes, de nos entretiens avec le président Patrice Talon, je retiens que celui-ci renonce progressivement à faire du Bénin un état de droit et de démocratie soucieux du respect des droits fondamentaux. La liberté publique, la dignité de la personne humaine et de la justice garanties, protégées et promues comme conditions nécessaires au développement véritable et harmonieux de chaque Béninois tant dans sa dimension temporelle que culturelle et spirituelle. Il s’agit là d’une violation fondamentale de notre Constitution du 11 décembre 1990 même révisée en 2019 par le régime de la rupture.

Seuls le peuple, les forces politiques, la société civile et les confessions religieuses peuvent, dans un cadre de dialogue politique, de conférence nationale ou de référendum, assumer le virage de la vision de notre édifice démocratique.

Mes chers compatriotes,

Avec l’échange que j’ai eu avec le président Talon, je retiens que, selon lui, tout le monde doit être à la mouvance autour de lui. Selon lui, plus de démocratie, plus d’opposition au Bénin.

Il se déroule en ce moment un vaste plan de déstabilisation, de débauchage d’un certain nombre de hauts responsables et de députés du parti Les Démocrates, au profit de la mouvance sur une base d’intimidation, de promesses d’incitation financière et de menaces de tous genres. Ce plan qui se déroule en ce moment où je m’adresse à vous prend malheureusement l’allure d’un élan mettant à mal notre unité nationale. A travers la mise en œuvre de ce plan visant la disparition du parti Les Démocrates, le président exprime ainsi sa volonté d’en finir avec l’opposition, d’en finir avec le parti Les Démocrates et de détruire notre édifice démocratique.

La loi portant statut de l’opposition et celle portant charge des partis politiques en République du Bénin sont ainsi dangereusement violé. Messieurs compatriotes, par ma présence à vos côtés, je vous suggère de privilégier le dialogue politique dans la résolution de cette crise politique, démocratique et électorale que traverse notre pays. Dans ma retraite sanitaire, pour poursuivre mes soins, je sollicite vos prières pour m’accompagner.

En union de prières, restons connectés à l’espérance. Remettons-nous à notre Dieu, le Grand Créateur, car Lui seul peut tout et sa volonté s’accomplira dans notre patrie commune, le Bénin.

Dieu bénisse le Bénin.

Je vous remercie.

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