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Création immersive : Exposition du film Kancìcà, la mémoire en traversée

L’œuvre immersive Kancìcà a été officiellement lancée le mardi 13 janvier 2026 à la Maison de la Culture de Ouidah. Portée par MANSA, Dream Feel Factory et soutenue par les autorités culturelles béninoises, cette création audiovisuelle et sensorielle revisite l’histoire de la reine-mère Na Agontimè à travers une fiction initiatique mêlant Vodun, Atlantique noir et technologies immersives. L’exposition est accessible au public jusqu’au 31 janvier 2026.

À peine refermée la parenthèse des Vodun Days 2026, Ouidah replonge dans la profondeur de la mémoire. Cette fois, non par le rite ou la procession, mais par une œuvre immersive qui convoque l’histoire, la spiritualité et la technologie pour raconter autrement l’un des récits fondateurs de la diaspora africaine. Kancìcà (KANTCHITCHA) s’installe à la Maison de la Culture comme un dôme de mémoire, un espace où le passé se traverse plus qu’il ne se regarde.

Lancée officiellement le mardi 13 janvier 2026, l’œuvre est accessible jusqu’au 31 janvier. Fruit d’une coproduction afro-atlantique entre le Bénin, la France et le Brésil, Kancìcà a déjà connu une première présentation au Brésil avant de revenir sur la terre d’origine de son récit, à Ouidah, cité-mémoire par excellence.

Un bref résumé du récit

Le film immersif s’ouvre sur une salle de bas-reliefs retraçant l’histoire du Danxomè. Les pierres semblent animées, un portique s’ouvre, et le spectateur est projeté dans le palais royal d’Abomey. Sous forme de théâtre d’ombres apparaissent Na Agontimè, le roi Ghézo et les figures de la cour. Le récit bascule lorsque le roi Agonglo est empoisonné. Accusée, Na Agontimè est réduite en esclavage et déportée au Brésil. L’histoire personnelle rejoint alors la grande tragédie de la traite négrière. Vingt ans plus tard, Ghézo accède au trône. Pour réparer la rupture spirituelle causée par l’exil de la reine-mère, il consulte une prêtresse qui désigne Dotou pour partir à sa recherche. Initiée vodunsi et cartographe hors pair, Dotou incarne la transmission des savoirs et la mémoire en mouvement. Elle embarque pour l’Atlantique, accompagnée de Segbo, un caméléon espiègle, symbole d’adaptation et de vigilance. La traversée de l’océan constitue l’un des moments les plus puissants de l’œuvre. Une tempête surgit, matérialisant la colère des spectres des abysses, ces âmes d’hommes et de femmes jetés à la mer durant la traite. Accrochée au mât, Dotou invoque les déités. Sa prière devient chant. Les éclairs se transforment en rythme de tambour, les divinités apparaissent, tournoient et forment une spirale d’énergie qui transperce ciel et mer. Le chant libère les âmes errantes, qui se métamorphosent en créatures ailées guidant le navire vers la terre.

À São Luís do Maranhão, Dotou reconnaît une musique familière qui la conduit à la Casa das Minas, temple fondé par Na Agontimè et haut lieu des spiritualités afro-brésiliennes. Dans une forêt mystique, elle atteint l’arbre qui a poussé à l’endroit où la reine-mère est retournée à la terre. En posant ses mains sur le tronc, Dotou est enveloppée d’une lumière intense. Elle entre en communion avec la mémoire du vivant, traversée par des images et des sons de cérémonies partagées entre l’Afrique de l’Ouest et le Brésil.

Pour Elisabeth Gomis, directrice générale de la Maison des Mondes Africains (MANSA), Kancìcà est « un geste de retour, de mémoire et de transmission », conçu pour penser l’Afrique comme un centre et non une périphérie de l’histoire mondiale. Elle a insisté sur la portée pédagogique et politique du dôme immersif, capable de toucher tous les publics, y compris en langue locale, puisque l’œuvre est accessible en fon.

Michaël Swierczynski, directeur général de Dream Feel Factory, a quant à lui évoqué Kancìcà comme « le lien entre les mondes visibles et invisibles ». Il a notamment souligné la dimension spirituelle de l’œuvre et la prouesse technologique mise au service d’un patrimoine immatériel.

De son côté, William Codjo, directeur général de l’ADAC, a indiqué que l’œuvre relie « le passé, le présent et le futur ». « Le passé parce que l’histoire qui est racontée porte sur une histoire réelle même s’il y a une dimension de fiction qui est venue la féconder. Le présent parce que ce sont les technologies du présent qui ont permis justement d’avoir cette présentation immersive que nous avons aujourd’hui et le futur parce que quand vous allez faire votre entrée tout à l’heure dans la salle, vous allez voir le dôme, vous allez découvrir un objet futuriste », a-t-il expliqué.

Lançant officiellement l’œuvre, le ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, Jean-Michel Abimbola, a rappelé que le choix de Ouidah n’était « ni un hasard ni un simple choix logistique », mais un acte de sens. Il a salué une œuvre qui « oblige à penser, à ressentir et à se situer face à notre propre histoire ». L’autorité ministérielle n’a pas manqué de réaffirmer l’engagement du gouvernement à soutenir les initiatives de reconstruction d’une mémoire vivante. « Je vous invite à accueillir ce film avec disponibilité d’esprit, à vous laisser traverser par ses images et ses silences, à en faire, chacun à sa manière, un bon départ pour la réflexion. (…) C’est une chance que cette expérience, pour la première, se déroule au Bénin. Je souhaite que le public, notamment les enfants, en profite », a lancé le ministre Abimbola.

Plus qu’un film, Kancìcà est une traversée. Une immersion où l’histoire ne se fige pas dans le silence, mais circule, se transmet et se réinvente. À Ouidah, la mémoire reprend corps, enveloppant le spectateur dans un récit où le passé éclaire le présent et ouvre des chemins vers l’avenir.

Augustin HESSOU

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