
Après vingt-sept années de silence, le pétrole béninois s’apprête à refaire surface. Le redémarrage du champ offshore de Sèmè, annoncé de longue date comme l’un des projets énergétiques les plus structurants du pays, entre dans sa phase décisive. L’opérateur Akrake Petroleum confirme désormais un démarrage de la production commerciale d’ici la fin janvier 2026, après plusieurs reports liés à des contraintes techniques majeures.
L’information, officialisée le 12 janvier par la maison mère Rex International Holding, vient clore une séquence d’incertitudes qui avait marqué la fin de l’année 2025. Initialement attendu avant le 31 décembre, le « premier baril » national avait été repoussé en raison de difficultés rencontrées lors de la campagne de forage, notamment sur le puits clé
Une relance freinée par la réalité du sous-sol
Contrairement aux annonces optimistes de l’été 2025, le redéveloppement du champ de Sèmè s’est heurté à une géologie plus complexe que prévu. Selon les explications fournies par l’opérateur, des couches de schistes instables ont provoqué plusieurs incidents techniques, notamment des coincements de tiges de forage, obligeant les équipes à suspendre puis à revoir leur stratégie opérationnelle. Ces difficultés ont conduit Lime Petroleum, actionnaire norvégien majoritaire d’Akrake, à reconnaître publiquement l’impossibilité d’un démarrage en 2025. La campagne de forage, initialement planifiée sur une centaine de jours, a été prolongée jusqu’en décembre, mobilisant la plateforme autoélévatrice Gerd de Borr Drilling, finalement redéployée vers la Côte d’Ivoire.
Début janvier 2026, le discours change. Les données géomécaniques collectées sur site auraient permis de franchir les zones les plus instables et d’atteindre la section réservoir du puits AK-2H, véritable cœur du dispositif de production.
Des installations prêtes à produire
Sur le plan industriel, le projet est aujourd’hui à maturité. L’unité mobile de production offshore Stella Energy 1 et le navire de stockage flottant Kristina sont déjà positionnés et connectés sur le site du Bloc 1, au large des côtes béninoises, dans une zone d’eau peu profonde comprise entre 20 et 30 mètres.
Le schéma de développement repose sur trois puits :
– deux puits horizontaux de production (AK-1H et AK-2H) ciblant le réservoir H6 ;
– un puits d’exploration-évaluation (AK-1P), destiné à améliorer la connaissance de réservoirs plus profonds encore inexploités.
La production initiale attendue est estimée autour de 15 000 barils par jour, avec une montée en puissance progressive courant 2026, à mesure que de nouveaux forages seront finalisés grâce à une plateforme plus performante annoncée par l’opérateur.
Un champ historique remis au centre du jeu
Découvert en 1969 par Union Oil et développé dans les années 1970 par la société norvégienne Saga Petroleum, le champ de Sèmè avait produit environ 22 millions de barils entre 1982 et 1998. Son arrêt, lié à la chute des prix mondiaux du pétrole, avait durablement effacé le Bénin de la carte des pays producteurs.
Le projet actuel marque donc bien plus qu’un simple redémarrage technique. Il s’inscrit dans une stratégie assumée de diversification des recettes publiques et de renforcement du secteur énergétique national, dans un contexte régional marqué par les enjeux de transit pétrolier et de souveraineté énergétique.
Un enjeu économique et politique majeur
Akrake Petroleum détient 76 % des parts du projet, aux côtés de l’État béninois (15 %) et du partenaire local Octogone Trading (9 %). Cette configuration traduit la volonté des autorités d’associer capitaux internationaux et participation nationale, tout en conservant un levier stratégique sur l’exploitation.
Pour le gouvernement, le « premier baril » attendu fin janvier 2026 revêt une portée symbolique forte. Après avoir sécurisé le corridor de transit du pétrole nigérien, le Bénin s’apprête à tirer profit de ses propres ressources offshore, avec l’ambition de financer infrastructures, politiques publiques et transition énergétique.
Reste une inconnue majeure : la capacité du champ à produire durablement et à tenir ses promesses économiques face aux aléas géologiques et aux cycles de prix. À court terme, toutefois, le calendrier semble enfin verrouillé. Si aucune nouvelle surprise technique ne survient, le Bénin renouera, dans les prochains jours, avec un statut qu’il avait quitté depuis près de trois décennies : celui de pays producteur de pétrole.

