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Éducation : Wadagni veut suivre chaque enfant du premier jour d’école au premier emploi

Entre numérique, formation technique et gratuité élargie, le candidat Romuald Wadagni présente une vision globale de l’école béninoise, de la maternelle à l’université

Dans le vaste programme présenté ce samedi 21 mars 2026 au Palais des Congrès de Cotonou, le volet éducation occupe une place de choix. Et pour cause : Romuald Wadagni, candidat à la présidentielle du 12 avril 2026, en a fait l’un des piliers centraux de son projet de société Plus loin, ensemble. Loin des promesses vagues, le document propose une philosophie cohérente, des chiffres précis et une ambition qui embrasse l’ensemble du système éducatif béninois, de la maternelle à l’université, de l’enseignement classique à la formation professionnelle.

 Avant de parler d’avenir, le programme rappelle le chemin parcouru. Et les chiffres sont éloquents. En 2016, l’école béninoise était paralysée par des grèves à répétition, des années scolaires tronquées, des taux de réussite catastrophiques. Dix ans plus tard, le tableau a radicalement changé. Le taux de réussite au CEP est passé de 42% à 89%, celui du BEPC de 16% à 77%, et le Baccalauréat de 30% à 73%. Le programme attribue ces résultats à une combinaison de mesures dont la construction de 9 000 salles de classe, la réhabilitation et l’équipement de 3 000 autres, et surtout le recrutement et le redéploiement de plus de « 37 000 Aspirants au Métier d’Enseignant dans l’enseignement maternel, primaire et secondaire ».

La rétention scolaire a elle aussi bondi spectaculairement, passant de 72% en 2016 à 96% en 2023, en grande partie grâce à l’extension des cantines scolaires qui offrent aujourd’hui un repas chaud à « environ 1,3 million d’écoliers dans plus de 80% des écoles primaires publiques ». Un enfant qui mange apprend mieux. Une vérité simple que le programme a su traduire en politique publique concrète.

Une philosophie claire : suivre chaque enfant individuellement

C’est là que réside l’originalité profonde du volet éducatif de Wadagni. Le programme formule une ambition qui tranche avec les approches traditionnelles : « Un système éducatif performant doit permettre de suivre chaque apprenant, de la maternelle à l’université, afin de disposer d’informations fiables, en temps réel, pour orienter efficacement et améliorer la qualité de l’enseignement. »

Pour concrétiser cette philosophie, le candidat propose la mise en place d’ « un identifiant unique et d’un livret scolaire digital pour chaque apprenant », permettant un suivi continu des parcours et une personnalisation de l’accompagnement. Ce livret serait adossé à un système d’information national assurant le suivi des apprenants et des enseignants, scolarisation effective, assiduité, besoins en formation. En clair, l’État saurait en temps réel où en est chaque enfant béninois dans son parcours scolaire. Une révolution silencieuse mais profonde dans la gestion du système éducatif.

Les enseignants au cœur du dispositif

Trop souvent oubliés dans les discours de campagne, les enseignants occupent une place centrale dans ce programme. La formation continue y est présentée non comme une option mais comme une nécessité systématique. Le projet prévoit le déploiement de modules de formation continue, « MOOC, vidéos, quizz » afin de « s’assurer de la qualité de l’enseignement dispensé ». Il s’agit là d’une approche moderne qui sort résolument du cadre des formations ponctuelles et déconnectées du quotidien de la classe.

Par ailleurs, la digitalisation des curricula, référentiels et contenus pédagogiques est annoncée pour « harmoniser les pratiques et garantir la qualité de l’enseignement » sur l’ensemble du territoire. Fini les disparités criantes entre une école de Cotonou et une école de Natitingou. La même qualité de contenu pour chaque enfant, où qu’il se trouve.

Des infrastructures à la hauteur de l’ambition

Sur le plan des infrastructures, le programme est d’une précision remarquable. Sont prévus la construction et la réhabilitation de 12 lycées techniques agricoles, 12 écoles professionnelles de formation agricole, 15 lycées techniques professionnels et 7 écoles de métiers de référence ciblant des secteurs économiques prioritaires,  « eau et assainissement, menuiserie, bois et aluminium, maintenance des véhicules et des équipements industriels, numérique, bâtiment et travaux publics, énergie et développement durable, hôtellerie, tourisme et restauration ».

À cela s’ajoute la construction, la réhabilitation et l’équipement de 6 lycées scientifiques, de 2 écoles normales supérieures scientifiques et de 6 lycées de jeunes filles dans les villes d’Abomey, Porto-Novo, Ouidah, Lokossa, Parakou et Natitingou. Ces établissements féminins sont un signal fort : le programme fait de la scolarisation des filles une priorité absolue, allant jusqu’à annoncer « la généralisation de la gratuité de l’enseignement secondaire pour les filles » sur tout le territoire.

Le numérique comme levier de transformation

Le tournant numérique de l’école béninoise fait partie des nouvelles ambitions. Le programme annonce la « généralisation des salles de classe numériques dans tous les ordres d’enseignement », le déploiement du télé-enseignement et la création de « campus numériques à Cotonou, Parakou, Natitingou, Porto-Novo et Abomey-Calavi ». Ces campus permettront à des milliers d’étudiants d’accéder à des formations de qualité sans nécessairement quitter leur territoire, une réponse directe aux inégalités géographiques qui pénalisent encore les jeunes des zones rurales.

Plus innovante encore, la mise en place progressive des « Sèmè City Hubs », des espaces connectés et équipés offrant un accès à des formations d’excellence en ligne dans chaque pôle de développement territorial. L’intelligence artificielle est également convoquée pour analyser les performances individuelles, détecter les difficultés d’apprentissage et adapter les contenus à chaque profil d’élève, « donnant à l’enseignant les moyens d’être plus efficace et plus attentif à chacun ».

L’enseignement supérieur et la formation professionnelle réorientés vers l’emploi

À l’université, le programme rompt avec la logique de formation pour la formation. Il annonce « l’alignement stratégique de l’offre universitaire sur des filières prioritaires à forte employabilité, santé, agriculture, technologie, assorti de la gratuité de l’enseignement dans ces domaines à travers des bourses. Le message est clair : l’université béninoise doit produire des diplômés que l’économie nationale peut absorber.

La formation en alternance fait également son entrée dans le programme, avec « la mise en place d’un cadre de formation en alternance pour renforcer l’orientation vers les filières techniques et professionnelles et faciliter l’implication du secteur privé ». Une approche qui réconcilie enfin école et entreprise dans un pays où le fossé entre les deux a trop longtemps nourri le chômage des jeunes diplômés.

Enfin, le programme prévoit la création d’ »un fonds national d’innovation et de recherche finançant des projets de R&D appliqués dans les secteurs prioritaires via des appels à projets »,  une première qui ancrerait le Bénin dans l’économie du savoir et de l’innovation.

Une vision cohérente, des défis immenses

Le volet éducatif de Wadagni se distingue par sa cohérence d’ensemble. Il ne s’agit pas d’une collection de mesures éparpillées mais d’une vision systémique qui part de l’enfant, le suit tout au long de son parcours et le prépare à une insertion économique réelle. La philosophie du « premier jour d’école au premier emploi » donne une unité de sens à l’ensemble du dispositif.

Reste la question de la mise en œuvre. Construire des dizaines de lycées, former des milliers d’enseignants, déployer le numérique dans les zones les plus reculées, tout en maintenant la qualité, le défi est immense. Mais dans un pays où les taux de réussite ont déjà été multipliés par deux en dix ans, l’ambition n’est pas sans fondement.

À sept semaines du scrutin, Romuald Wadagni envoie un message clair à la jeunesse béninoise, cible prioritaire de son projet : « l’avenir ne se subit pas, il se construit. » Et il entend bien commencer ce chantier par l’école.

Olivier ALLOCHEME

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