Le 16 avril 2026, le Trésor public a réédité sa performance du 2 avril en levant exactement 22 milliards de FCFA sur deux bons à court terme. Mais derrière cette stabilité apparente se cache une double rupture : des rendements tombés à leur niveau le plus bas depuis le début de l’année, et une demande globale en repli sensible. Le marché monétaire béninois entre dans une nouvelle phase.

Même montant levé, mais contexte radicalement différent. Le 16 avril 2026, l’État du Bénin a de nouveau adjugé 22 milliards de FCFA en Bons assimilables du Trésor, répartis entre un BAT-91 jours (13,87 milliards) et un BAT-182 jours (8,13 milliards). Si le résultat final ressemble à celui du 2 avril, les conditions dans lesquelles il a été obtenu révèlent une mutation profonde du marché : les taux ont encore chuté, atteignant cette fois des niveaux historiquement bas, tandis que la demande globale a reculé de près de 16 % en un mois.
Des taux au plancher : 3,60 % et 3,90 %, du jamais-vu en 2026
Le rendement moyen pondéré du BAT-91 jours s’établit à 3,60 % lors de cette séance, contre 3,85 % le 2 avril et 4,96 % le 5 mars. Sur le BAT-182 jours, le rendement ressort à 3,90 %, contre 4,13 % en avril et 5,13 % en mars. En remontant à la séance inaugurale du 22 janvier 2026 — où le BAT-182 jours avait été adjugé à 5,32 % — on mesure l’ampleur du mouvement : en trois mois, les rendements courts béninois ont fondu de près de 140 points de base. Les taux marginaux confirment cette tendance : 3,6499 % sur le compartiment trimestriel et 3,90 % sur le semestriel, des niveaux qui auraient semblé improbables en début d’année.
Cette compression prolongée interroge. Elle traduit soit un excès de liquidité structurel dans le système bancaire de l’UEMOA, soit une prime de risque souverain béninoise perçue comme très faible par les investisseurs régionaux, soit les deux à la fois. Dans tous les cas, elle réduit mécaniquement l’attrait de ces instruments pour les gestionnaires de portefeuille à la recherche de rendement.
Une demande en repli, mais toujours largement excédentaire
Le volume global des soumissions s’établit à 135,8 milliards de FCFA, en recul de 25 milliards par rapport à la séance du 2 avril (160,9 milliards) et surtout très loin des 249,9 milliards du 5 mars. Le taux de couverture, encore impressionnant à 679,13 %, marque néanmoins un net fléchissement par rapport aux séances précédentes qui dépassaient les 800 %. Le nombre de participants recule également : 13 soumissionnaires sur le BAT-91 jours (contre 19 en avril) et 19 sur le BAT-182 jours (contre 21). Ces signaux convergent : à mesure que les rendements s’érodent, une partie des investisseurs se retire ou réduit ses engagements.
En revanche, le taux d’absorption global progresse légèrement à 16,20 % (contre 13,67 % en avril), porté par le compartiment à 91 jours où il atteint 22,87 % — son niveau le plus élevé depuis janvier. Le Trésor public a ainsi conservé une marge de manœuvre confortable pour sélectionner les meilleures offres.
Le Bénin seul aux commandes, Mali et Côte d’Ivoire en appoint
La répartition géographique des soumissions retenues révèle une concentration inédite sur les investisseurs domestiques. Le Bénin domine très largement avec 14,9 milliards retenus. Il s’agit de 9,9 milliards sur le BAT-91 jours et 5 milliards sur le BAT-182 jours — représentant à lui seul 67,8 % du total adjugé. La Côte d’Ivoire obtient 2,13 milliards uniquement sur le compartiment semestriel, et le Mali 3 milliards répartis sur les deux tranches. Le Burkina Faso, malgré 42,5 milliards proposés — le deuxième plus gros volume de soumissions — n’obtient que 1,94 milliard sur le BAT-91 jours et rien sur le 182 jours. Le Sénégal, présent avec 13,65 milliards soumis, repart bredouille. Le Togo, qui avait brillé en avril avec 7,5 milliards retenus, est totalement absent de cette séance.
Cette configuration inédite — où les investisseurs extérieurs sont massivement écartés au profit des acteurs locaux — suggère que les offres de prix des soumissionnaires régionaux n’ont pas convergé vers les attentes tarifaires du Trésor, désormais ancrées à des niveaux de rendement très bas.
Quatre séances, une tendance : ce que dit le marché aux investisseurs
En rapprochant les quatre séances de 2026 — 22 janvier, 5 mars, 2 avril, 16 avril — un tableau cohérent se dessine. Le Trésor béninois a stabilisé ses levées autour de 22 milliards de FCFA par séance sur le court terme, tout en comprimant méthodiquement son coût d’emprunt. La demande, bien qu’en légère décrue, reste structurellement supérieure à l’offre. Et le marché des OAT demeure en veille depuis janvier — trois séances consécutives sans émission longue, une absence qui commence à peser sur les stratégies de portage des investisseurs institutionnels.
DONNÉES CLÉS — ADJUDICATION DU 16 AVRIL 2026
Montant mis en adjudication : 20 Mds FCFA | Montant retenu : 22 Mds FCFA | Taux de couverture : 679,13 % | Taux d’absorption : 16,20 %
BAT-91j : taux marginal 3,6499 % — rendement moy. pondéré 3,60 % | BAT-182j : taux marginal 3,90 % — rendement moy. pondéré 3,90 %
Principaux soumissionnaires retenus : Bénin 14 935 M FCFA — Mali 3 000 M FCFA — Côte d’Ivoire 2 130 M FCFA — Burkina Faso 1 935 M FCFA
Évolution des rendements 2026 — BAT-182j : janv. 5,32 % → mars 5,13 % → avril 4,13 % → 16 avril 3,90 % (−142 pdb en 3 mois)

