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Basculement politique : La FCBE réaffirme son autonomie et justifie son alliance avec le pouvoir entrant

  • « Nous avons deux options : soit fusionner plus tard, soit nous rétracter et retourner dans l’opposition », indique El Farouk Soumanou

Le parti Forces Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE) amorce un tournant majeur de son histoire politique. Après l’échec de son candidat à la présidentielle de 2026 et la démission de son secrétaire exécutif national, Paul Hounkpè, la formation politique a choisi de rejoindre la mouvance présidentielle à compter du 24 mai prochain. Un repositionnement qui suscite interrogations, critiques et débats dans l’opinion publique. Invité de l’émission « L’Entretien du Dimanche » sur Benin Eden TV, El Farouk Soumanou, deuxième adjoint au secrétaire exécutif national du parti, a défendu cette nouvelle orientation tout en tentant de rassurer sur l’avenir et l’identité politique des FCBE.

Pour El Farouk Soumanou, l’adhésion du parti à la mouvance présidentielle ne relève ni d’un opportunisme politique ni d’un abandon des idéaux du parti, mais d’un engagement issu des accords de gouvernance conclus avant la présidentielle. Selon lui, ces accords, qui avaient permis à la FCBE d’obtenir les parrainages nécessaires à la candidature de Paul Hounkpè, prévoyaient une collaboration entre les différentes forces signataires après le scrutin. « Nous sommes dans la logique de nos accords de gouvernance. Étant les perdants, nous nous joignons aux gagnants pour apporter notre modeste contribution au développement du pays », a-t-il expliqué. À l’en croire, la posture actuelle du parti s’inscrit dans la continuité d’une « opposition constructive » revendiquée depuis plusieurs années.

Face aux critiques accusant la FCBE d’avoir servi de caution politique au régime du président Patrice Talon, El Farouk Soumanou oppose une lecture différente. Le responsable politique rappelle que le parti n’a disposé d’aucun député au Parlement depuis 2019, estimant ainsi qu’il ne saurait être tenu pour responsable des réformes politiques mises en œuvre durant cette période. « Nous avons réagi contre certaines réformes, notamment le Code électoral. Nous avons appelé au retour des exilés et à la libération des prisonniers politiques, mais nous n’avons pas été écoutés », a-t-il affirmé. Selon lui, la FCBE a privilégié une opposition « modérée » plutôt qu’un affrontement frontal avec le pouvoir, une stratégie qu’il juge aujourd’hui plus réaliste au regard du contexte politique béninois.

Paul Hounkpè : une démission qui divise en interne

Autre sujet sensible abordé lors de l’entretien : la démission de Paul Hounkpè de son poste de secrétaire exécutif national. Si El Farouk Soumanou affirme comprendre les motivations de l’ancien candidat à la présidentielle, il considère néanmoins que « la démission s’explique mais ne se justifie pas ». À l’en croire, plusieurs responsables du parti auraient tenté de convaincre Paul Hounkpè de revenir sur sa décision, estimant que le moment était mal choisi. « Nous pensions qu’il aurait pu conduire le parti dans ce nouveau cycle avant de partir », a-t-il confié.

Toutefois, il insiste sur le fait que l’ancien chef de file de l’opposition n’a pas quitté les FCBE et demeure un membre actif du parti.

Autonomie ou fusion avec la mouvance ?

Si le parti annonce son soutien au président de la République élu, Romuald Wadagni, El Farouk Soumanou tient à préciser qu’il ne s’agit pas, à ce stade, d’une fusion politique. « Nous avons gardé notre autonomie. Ce n’est pas une fusion pour le moment », a-t-il assuré, tout en reconnaissant que cette option pourrait être envisagée à terme.

Le responsable politique n’exclut pas non plus un retour à l’opposition si les engagements pris dans le cadre des accords de gouvernance ne sont pas respectés. « Nous avons deux options : soit fusionner plus tard, soit nous rétracter et retourner dans l’opposition », a-t-il indiqué.

Parmi les priorités que la FCBE entend défendre auprès du régime de Wadagni figurent la révision de certaines dispositions de la Constitution révisée, notamment la question de la « trêve politique » et du septennat. Le parti souhaite également une réforme du Code électoral afin de revoir les seuils électoraux jugés trop restrictifs.

El Farouk Soumanou plaide pour le retour des exilés politiques ainsi qu’une solution en faveur des personnalités politiques emprisonnées, citant notamment Reckya Madougou et Joël Aïvo. « Il faut retrouver un Bénin plus uni et plus fort », a-t-il soutenu.

Quel avenir pour les FCBE ?

Fragilisée par les faibles résultats électoraux et la démission de son principal dirigeant, la FCBE se trouve aujourd’hui à un moment décisif de son existence. Pour El Farouk Soumanou, les difficultés du parti trouvent leur origine dans la scission intervenue avec Boni Yayi et la recomposition de l’opposition depuis 2018. Toutefois, il rejette l’idée d’un parti « décapité », assurant que les structures du parti restent opérationnelles jusqu’au niveau local.

À l’approche de la nouvelle gouvernance, la FCBE mise désormais sur un repositionnement stratégique, avec l’ambition affichée de demeurer un acteur politique influent, tout en testant les contours de sa collaboration avec le prochain pouvoir.

Romain HESSOU

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