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Fonction publique : L’Ambassadeur Candide Ahouansou plaide pour une politique plus inclusive envers les retraités

Dans une réflexion consacrée à la situation des retraités de la fonction publique au Bénin, l’Ambassadeur Candide Ahouansou appelle les autorités à replacer les personnes du troisième âge au cœur des politiques publiques. Entre perte de considération sociale, difficultés sanitaires et insuffisance des mesures d’accompagnement, l’ancien diplomate estime que les retraités demeurent marginalisés malgré leur contribution au développement national. Tout en saluant certaines réformes administratives engagées ces dernières années, il plaide pour une approche plus humaine et solidaire, fondée sur les valeurs culturelles africaines de respect des aînés. L’Ambassadeur Ahouansou formule également plusieurs propositions concrètes, allant de l’amélioration de la prise en charge sanitaire à des mesures fiscales et sociales destinées à restaurer la dignité des retraités.

Lire ci-dessous l’intégralité de sa réflexion.

ENSEMBLE PLUS LOIN ET ALTERNATIVES AUX FRUSTRATIONS 

   LE CAS DES RETRAITES DE LA FONCTION PUBLIQUE

Ce n’est pas la première fois que nous attirons l’attention sur le sujet, nous en convenons. Un adage de notre culture d’apport ne dit-il pas que la répétition est pédagogique favorisant ainsi l’ancrage mémoriel ? Un autre, issu de notre culture fondamentale enseigne que lorsque quelque chose vous tient vraiment à cœur c’est dans la langue de son pays que l’on s’exprime. Mais ne voilà- t-il pas que je ne peux m’exprimer dans cette langue pour rédiger cette réflexion ? Alors, je pallie cette difficulté en me répétant afin de me faire bien comprendre par ceux qui me lisent. J’insiste ainsi à dessein tout en synthétisant ma pensée et en y apportant de nouveaux éléments toutefois. Et puis, un régime est en train de céder sa place à un autre. Sait-on jamais l’importance que celui-ci accordera à cette question ? Nouvelle magistrature, nouveaux défis.

L’Etat est responsable du bien-être du citoyen de sa naissance jusqu’à son après-vie c’est-à-dire son inhumation voire bientôt sa crémation puisqu’il lui appartient d’en assurer la bonne gestion ; et il est rémunéré pour cela. Il est donc légitime que le citoyen porte à sa connaissance de temps à autre ce qui ne lui convient pas. Dans la présente réflexion nous donnons une fois de plus la parole aux sans-voix que sont devenues les personnes d’âge avancé et singulièrement les retraités de la fonction publique. A vrai dire, elles sont négligées ; l’on commet l’erreur de les écarter systématiquement du développement et de les reléguer aux oubliettes. La frustration est grande.

Vieillesse et solidarité : un état et une valeur entre tradition et temps nouveaux

L’air de rien, une dichotomie de plus en plus frappante s’installe entre la considération que la tradition c’est-à-dire notre culture fondamentale, porte aux personnes âgées, et celle que leur réservent les temps nouveaux. En la matière, l’administration publique semble en décalage avec cette tradition sans que l’on comprenne réellement pourquoi. Son attitude est la même envers la valeur solidarité alors que tous deux sont solidement ancrés dans notre tradition. N’y a-t-il pas raison de s’en émouvoir et de s’interroger ? En effet, l’administration a mis du temps à intégrer la solidarité pourtant solidement ancrée dans notre culture avant de la rejeter seulement deux ans plus tard sous l’effet d’une philosophie étrangère à notre civilisation. Nous plaidons pour sa réhabilitation et suggérons au Président élu d’en faire le fondement de sa politique d’action. De l’autre côté, l’ossature gouvernementale n’a pris en compte les personnes du troisième âge qu’en 2012 pour les laisser disparaitre déjà quatre ans plus tard alors que notre culture fondamentale continue de vénérer les personnes âgées et que la solidarité continue d’irriguer la société. Une conjonction de renonciation étrange et troublante qui mérite que l’on s’y attarde. Est-ce dégénérescence endogène des mœurs, est-ce montée de l’individualisme et de l’égoïsme, est-ce influence de cultures étrangères ? Je ne saurais le dire. Mais il demeure qu’il y a rupture avec la tradition. Ce n’est quand même pas à dire que le gouvernement sortant a complètement ignoré les retraités de la Fonction Publique.

Quelles actions a-t-il mené en leur faveur ?

Il a opéré des réformes visant à leur garantir une meilleure prise en charge financière en facilitant la gestion administrative de leur dossier, en revalorisant leurs revenus et en modernisant les paiements. Ils se déclinent comme suit :

  • Paiement des pensions dès le premier mois suivant l’admission à la retraite
  • Paiement par virement bancaire ou par transfert mobile
  • Aménagement des locaux accessibles au rez-de-chaussée du ministère des finances
  • Revalorisation des pensions en janvier 2023

Ces mesures sont appréciables en raison du fait qu’elles humanisent quelque peu la situation des personnes retraitées. Elles évitent notamment des situations humiliantes telles : arpenter des escaliers et faire la queue aux guichets. Ce n’était rien d’autre qu’avilissant.

Mesures humanisantes certes, mais tout compte fait restant dans les limites de l’administratif et n’ayant ni impact social significatif ni effet incitatif à la participation au développement.

                                      Que veulent les retraités

Nous exposons ici, sans détour et sans langue de bois, leurs attentes

   1) Considération et dignité

  • La désaffection envers les personnes âgées est réelle ; elle n’est pas seulement le fait de l’administration mais également de la rue où des fois, les personnes âgées sont houspillées à cause de leurs lenteurs. Nous demandons que l’instruction civique déjà officiellement rétablie dans l’enseignement, renforce le respect dû aux parents, aux aînés et aux personnes âgées.
  • Nous suggérons que les agents en contact avec les retraités soient des citoyens courtois, patients, de bonne composition et au fait des problèmes matériels, sociaux et même affectifs de leurs clients. De temps à autre, des ateliers pourraient être organisés à leur intention pour leur permettre d’appréhender les réalités des retraités.
  •  Mais à regarder les choses de plus près, le problème ne se situe pas seulement au niveau de l’administration et de la rue ; il remonte jusqu’au niveau du gouvernement. La disparition des personnes âgées de l’ossature gouvernementale et leur affectation à une simple division du Ministère des Affaires Sociales donne la nette impression qu’elles constituent un fardeau pour la société alors qu’il n’en est rien. Il sied de rappeler que la pension qu’elles touchent est un droit acquis et non pas une assistance, ayant été constituée toute leur vie professionnelle durant à raison d’un prélèvement de 6% sur leurs salaires.
  • Le paiement des pensions est effectué in extrémis au tout dernier jour dumois sinon le jour suivant alors que les salaires sont payés bien avant la fin du mois. Ce traitement différencié nous parait difficilement justifiable d’autant que ce sont les retraités qui tirent le diable par la queue. Naguère, un professeur d’université à la retraite stigmatisait cette situation sur les réseaux sociaux. Je n’avais déjà pas pu retenir ma plume à cette occasion. Je ne la retiens pas non plus quand l’Administration a attendu le 30 Avril écoulé au soir, veille de la fête du travail pour régler leurs pensions aux retraités alors que leurs collègues en fonction l’ont été bien avant eux.

Peut-être l’administration n’est-elle pas au courant de toute cette situation qui pourrait n’être que le fait des banques de la place ? Aussi convient-il de la porter à sa connaissance.

  • Prise en charge sanitaire

En l’état actuel des choses, le retraité de la Fonction Publique bénéficie des mêmes avantages que le fonctionnaire en service à savoir 80% des consultations et des soins au CNHU à l’exclusion des médicaments paradoxalement. Pour les fonctionnaires en activité c’est déjà un problème car comment guérir d’une maladie si l’on ne peut acheter les médicaments qui conviennent ? Le facteur aggravant chez les retraites, c’est l’âge qui entraine l’accumulation des pathologies, et les coûts deviennent très élevés. Soit le cas d’un senior atteint d’hypertension, de diabète et d’insuffisance rénale. Pour cette dernière pathologie, il est soumis à une dialyse à raison de deux séances par semaine pour un coût de 100.000 francs par séance. Quand bien même l’Etat prendrait en charge presque la totalité de ces derniers frais, le ticket modérateur reste élevé pour le retraité. Après investigations, nous estimons à 70 000 francs CFA par mois les frais encourus par le retraité dans cette situation de pathologies multiples. Ce montant est exorbitant eu égard au montant de la pension et du pouvoir d’achat du retraité. Nous demandons que le volet assurance du projet ARCH intègre cette réalité afin que les personnes du troisième âge n’aient pas à souffrir de leur âge outre mesure.

  • Les avantages

    – Allègement fiscal

Nous demandons la suppression de l’impôt sur le logement ou tout au moins sa diminution à hauteur de la moitié taxable.

   – Soutien aux familles

 Nous suggérons l’octroi de bourses universitaires pour les enfants des retraités dans une limite qui sera déterminée.

  • Incitation économique

 Nous suggérons d’affecter les pensions d’une prime équivalente au quart de la pension pour inciter à la contribution au développement. Cette mesure est déjà effective dans certains pays africains.

Telles sont les mesures d’équité qui pourraient être prises en faveur des retraités. Le mot d’ordre ‘’Ensemble plus loin ‘’ne doit exclure aucun citoyen. Dans l’exposé de son programme d’action, le Président élu a adressé des messages encourageants à la jeunesse, mais peu aux personnes du troisième âge. Nous souhaitons une politique qui intègre vieux et jeunes à des niveaux différents bien entendu ; une politique qui dit aux personnes du troisième âge que l’Etat attend encore quelque chose d’elles. Elles sont un réservoir d’expérience et de savoir-faire. Et, comme dit l’adage, tout s’achète sauf l’expérience.

L’Ambassadeur Candide Ahouansou

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