Golden Tulip Diplomate Cotonou accueille depuis le 17 juin 2026 le Forum sur le Peering en Afrique de l’Ouest (WAPF), un rendez-vous majeur réunissant opérateurs télécoms, fournisseurs d’accès Internet, régulateurs, experts techniques et partenaires internationaux autour d’un objectif commun qui est de renforcer l’interconnexion régionale et bâtir un Internet plus performant, plus accessible et plus résilient en Afrique de l’Ouest.

Durant deux jours, les 17 et 18 juin à Golden Tulip Diplomate Cotonou, les acteurs de l’écosystème numérique ouest-africain échangent sur les enjeux du peering, des points d’échange Internet (IXP), de l’hébergement local des contenus, de la cybersécurité et du développement des infrastructures numériques.
Dans son mot de bienvenue, le président du comité d’organisation, Hervé Hounzandji, a salué la forte mobilisation des participants venus de plusieurs pays africains ainsi que d’autres continents. Selon Hervé Hounzandji, la transformation numérique en cours dans la sous-région impose une réflexion collective sur la qualité des infrastructures qui soutiennent désormais l’économie, les services publics et la vie quotidienne des populations. « L’Internet que nous bâtissons ensemble aujourd’hui sera l’infrastructure de la croissance de demain », a-t-il déclaré, soulignant que les questions techniques liées au peering, aux centres de données ou aux réseaux de diffusion de contenus sont désormais des enjeux de souveraineté, de développement et d’inclusion.
Réduire la dépendance aux infrastructures extérieures
Représentant le ministre béninois de la Transformation Digitale et de l’Innovation en charge de la Stratégie Nationale de l’Intelligence Artificielle, le Conseiller technique Geoffroy Bonou a rappelé que l’amélioration de l’interconnexion régionale constitue un levier stratégique pour la compétitivité économique et l’intégration régionale.
Il a relevé qu’une grande partie des échanges de données entre pays africains continue de transiter hors du continent avant de revenir vers leurs destinations finales. Une situation qui engendre des coûts supplémentaires, accroît la latence et affecte la qualité des services numériques.
Face à ce constat, le gouvernement béninois mise sur le développement des infrastructures numériques, notamment l’extension du réseau national de fibre optique, le renforcement de la connectivité internationale, la modernisation des services publics numériques ainsi que la promotion des centres de données et de l’hébergement local des contenus. « L’avenir numérique de notre région dépendra de notre capacité collective à construire un Internet africain davantage ancré en Afrique », a affirmé le Conseiller technique Geoffroy Bonou.
Le peering, un enjeu concret pour les citoyens
Au-delà des considérations techniques, les organisateurs ont insisté sur les bénéfices directs du peering pour les utilisateurs.
Dans un entretien accordé à la presse, Hervé Hounzandji a expliqué que, dans de nombreux cas, lorsqu’un internaute béninois souhaite accéder à une ressource hébergée chez un autre opérateur local ou régional, les données transitent encore par l’Europe ou les États-Unis avant de revenir en Afrique. « La conséquence est simple : la connexion est plus lente », a-t-il expliqué.
Le peering vise justement à créer des points d’échange permettant aux opérateurs de s’interconnecter directement, réduisant ainsi les distances parcourues par les données, améliorant la vitesse de connexion et diminuant les coûts de transport du trafic Internet. Selon le président du Comité d’organisation, la mise en place de davantage de points d’échange nationaux et régionaux entre pays voisins comme le Bénin, le Togo ou le Nigeria pourrait considérablement améliorer l’expérience des utilisateurs tout en renforçant l’autonomie numérique de la région.

ICANN plaide pour le développement des talents africains
Présent à l’ouverture du forum, Pierre Dandjinou, vice-président Afrique de l’ICANN, a rappelé l’importance de la résilience des infrastructures critiques de l’Internet mondial. Il a mis en avant plusieurs initiatives visant à renforcer l’écosystème numérique africain, notamment le déploiement de serveurs racine sur le continent et les programmes de soutien à la connectivité régionale.
Pour le responsable de l’ICANN, l’un des principaux défis reste toutefois le développement des compétences. « L’Afrique peut faire la différence grâce à ses talents », a-t-il déclaré, appelant les pays africains à investir davantage dans la formation d’ingénieurs et de spécialistes capables d’accompagner les ambitions numériques du continent, y compris dans des domaines émergents comme l’intelligence artificielle.
Au-delà des échanges techniques, le WAPF 2026 entend favoriser la conclusion de nouveaux accords de peering et renforcer les collaborations entre opérateurs, régulateurs, institutions publiques et partenaires internationaux.
Les participants espèrent que les discussions engagées à Cotonou déboucheront sur des actions concrètes pour accélérer l’interconnexion régionale et conserver davantage de trafic Internet à l’intérieur du continent.
Une ambition qui, selon les organisateurs, constitue une étape essentielle vers la construction d’un Internet ouest-africain plus rapide, plus résilient et davantage au service du développement économique et social de la région.
Romain HESSOU

