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Intelligence artificielle : L’Ambassadeur Edon plaide pour une gouvernance responsable et inclusive

Longtemps considérée comme une promesse technologique, l’intelligence artificielle s’impose désormais en tant que puissant levier de transformation des sociétés, tout en soulevant des inquiétudes majeures. Dans une réflexion intitulée « Intelligence artificielle : opportunités, défis, risques », l’Ambassadeur Jean-Pierre A. Edon analyse les bénéfices de cette révolution dans des secteurs tels que la santé, l’éducation et la gestion des activités, sans occulter ses menaces sur l’emploi, la vie privée, la fiabilité de l’information et les capacités cognitives humaines. Face à ces enjeux, il plaide pour une gouvernance responsable, une coopération internationale renforcée et des stratégies adaptées aux pays en développement. Son principe directeur : faire de l’IA un instrument au service de l’humanité, et non une force qui échappe à son contrôle.

Lire ci-dessous l’intégralité de sa réflexion.

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : OPPORTUNITES, DEFIS, RISQUES

Après l’autoroute des communications qui a révolutionné le monde, aujourd’hui nous avons affaire à l’intelligence artificielle qui défraie la chronique. C’est une opportunité à saisir, tant ses bienfaits dans les différents secteurs d’activités et dans la vie des humains, sont énormes. Toutefois les nombreux bénéfices qui en découlent ne sauraient dissimuler ses risques et les inquiétudes qu’elle suscite.

A titre d’illustration, nous ferons mention de quelques-unes de ses applications dans certains domaines.

Quelques applications bienfaisantes

Dans le domaine de l’automatisation des tâches répétitives, elle exécute les travaux chronophages, ce qui libère du temps aux équipes pour se concentrer sur des missions stratégiques et créatives. Les systèmes intelligents fonctionnent en continu sans interruption, permettant une gestion des services et de relation client à toute heure. 

En ce qui concerne l’analyse des informations et prise de décisions, cette technologie étudie instantanément d’immenses volumes de données structurées et non structurées pour extraire les tendances clés. Elle anticipe les comportements des clients, les pannes industrielles ou les fluctuations du marché, grâce à l’apprentissage automatique.

Sur le plan de la santé, l’IA procède aux diagnostics rapides permettant de détecter plus tôt certaines pathologies comme les cancers ou les anomalies cardiaques, et aide à améliorer l’analyse des images médicales, ce qui rend les procédures de diagnostic plus précises.

Elle favorise la traduction instantanée en plusieurs langues et disposent des outils de rédaction des textes et rapports. Elle réduit l’erreur humaine dans l’alimentation des systèmes autonomes, tels que les véhicules, les drones et les robots et aide à mieux fonctionner dans des environnements dangereux, à effectuer des tâches sans intervention humaine. Par la minimisation des interventions manuelles sur des flux de données importants, le risque d’erreurs humaines diminue.

Malgré ses apports bénéfiques dont la liste est longue, l’IA présente des risques et inconvénients.

Quelques cas d’inconvénients

L’automatisation par les algorithmes menace de remplacer de nombreux postes dans les tâches répétitives, administratives et même les métiers créatifs, ce qui accentue les inégalités sur le marché du travail. Désormais ce sont les emplois administratifs, les services et même les professions intellectuelles qui seront affectés. Des logiciels dotés d’intelligence artificielle peuvent analyser des éléments complexes, rédiger des rapports ou gérer des transactions en un temps record et avec une précision sans faille.

Si pour de nombreuses entreprises, ce progrès représente une aubaine, pour les travailleurs par contre, il se traduit par une réduction des opportunités d’emplois.

Les métiers créatifs, autrefois considérés comme exclusivement humains ne sont pas épargnés. L’IA est désormais capable de générer des œuvres visuelles, de composer de la musique. Ces compétences qui nécessitaient auparavant une sensibilité humaine peuvent être simulées par des algorithmes entrainés sur d’immenses bases de données. La confidentialité et la vie privée ne sont pas protégées.

Avec cette nouvelle technologie, il est facile de produire des informations fausses, inventées ou trompeuses en toute assurance. Il en est de même de la création de vidéos ou de voix manipulées à des fins malveillantes ou électorales.

 Mieux, une sollicitation excessive des outils automatisées peut entrainer une érosion des compétences cognitives de la pensée critique et de la mémoire humaine, surtout chez les jeunes qui risquent de perdre l’aptitude à l’analyse et à la réflexion. On comprend dès lors l’inquiétude du Secrétaire général de l’ONU exprimée à l’ouverture de la 81e session de l’Assemblée générale le 22 Septembre 2026.

Sentiments de certaines personnalités publiques et scientifiques

En Septembre dernier le SG /ONU a lancé un appel pour une gouvernance internationale de l’IA, en affirmant que les décisions de vie ou de mort ne doivent être jamais laissées aux machines. Il a fait référence aux déclarations des constructeurs des infrastructures de cette technologie de pointe qui tirent aussi sur la sonnette d’alarme en demandant un ralentissement, une pause ou des garde-fous à la vitesse fulgurante de l’évolution de cette découverte.

C’est le cas du professeur Geoffrey Hinton surnommé par la presse mondiale le « parrain de l’Intelligence Artificielle ». En 2012, il a élaboré des modèles permettant aux machines de reconnaitre les images, traduire les langues et comprendre le langage comme jamais auparavant. En 2023, ayant constaté que l’IA progresse plus vite que les prédictions des experts, il a volontairement quitté Google pour pouvoir parler librement de ses dangers.

 Aussi, a-t-il déclaré que « cette technologie pourrait détruire des millions d’emplois en quelques années, bouleversant l’économie mondiale. A terme, elle pourrait échapper totalement à notre contrôle et plonger l’humanité dans le chaos ».

Hinton n’est pas le seul à lancer cet avertissement. D’anciens ingénieurs de grandes entreprises technologiques comme DeepMind, Open AI et même la NASA murmurent tous la même chose : « ce que vous voyez aujourd’hui n’est rien, comparé à ce qui arrive ». La gravité de cette mise en garde interpelle pour l’appréciation de la situation.

Appréciation et recommandations

L’intelligence artificielle n’est pas comparable aux innovations scientifiques et technologiques connues par le passé. De nos jours c’est utopique d’envisager sa suspension, on n’arrête pas un progrès. Ce qui est possible, c’est réfléchir sur les moyens appropriés en vue de réduire sa vitesse et ses risques pour l’être humain et l’humanité tout entière. Selon le SG /ONU, « la question est de savoir si nous allons la gouverner ou la laisser nous gouverner. »

Dans cette perspective, se situe le coup d’envoi lancé le 06 Juillet 2026 par les Nations-Unies pour un dialogue mondial réunissant gouvernements, entreprises technologiques, établissements universitaires, société civile et milieux techniques dans le but d’encourager les discussions sur l’administration de l’IA.

Dans les conditions actuelles, les pays en développement risquent d’être les grandes victimes si certaines mesures ne sont pas prises. Les défis à relever nécessitent qu’une importance capitale soit accordées aux actions ci-après :

  • Procéder au renforcement des capacités et accéder aux infrastructures numériques de façon à développer les compétences requises pour tirer profit de l’IA.
  • Disposer d’une stratégie en la matière. En effet, la CNUCED révèle que moins d’un tiers seulement des pays en développement disposent d’une stratégie nationale dédiée à cette technologie.
  • Ne pas vouloir évoluer au même rythme que les pays développés et chercher les formules appropriées pour en réduire par anticipation les inconvénients, surtout sur le marché d’emploi.
  • Militer pour une coopération internationale dans ce domaine, ce qui offrira aux Etats moins nantis, l’occasion de participer aux débats sur son management.

Conclusion

L’avènement de l’intelligence artificielle est à saluer compte tenu de ses bienfaits pour la société. Mais au-delà de ses nombreux avantages dans plusieurs domaines, l’IA doit être utilisée avec une grande précaution, y compris, en mettant en place des systèmes effectifs d’anticipation des dérapages possibles, de surveillance et contrôle. Certes, il n’est pas possible aujourd’hui de l’interrompre, mais on peut envisager son ralentissement, une pause ou la mise au point rapide des garde-fous, comme le suggèrent des ingénieurs spécialisés.

Si, ces cris d’alarme sont ignorés, il y a risque d’assister dans un futur proche à la domination de l’homme par ce qu’il aurait lui-même inventé, à un chaos mondial non maitrisable. Ce serait une révolution jamais connue. L’homme mérite d’être au début et à la fin de toute invention. En fonction de cette considération, des actions et initiatives doivent être mises en œuvre pour rendre l’IA plus sûre, plus équitable, plus accessible et surtout plus éthique.

 Il est heureux de constater l’organisation à Cotonou, le 16 Octobre 2026, d’une réunion consacrée à la réflexion sur l’intelligence artificielle et surtout la création par décret présidentiel en date du 2 Septembre 2026, du Comité National du Numérique au Benin. C’est déjà le signe d’une prise de conscience et l’esquisse d’une stratégie nationale à poursuivre et à approfondir.

Jean-Pierre A. EDON, Ambassadeur

Spécialiste des questions internationales.

Cotonou le 21 Octobre 2026

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