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Jubilé des 30 ans du Tribunal ecclésiastique : Abus sexuels, éclairages forts à la seconde journée

La deuxième journée du Jubilé des Noces de Perles du Tribunal ecclésiastique de Cotonou, tenue le 29 novembre à Aupiais, a été consacrée à une série de communications majeures sur le phénomène des abus sexuels au Bénin.

La salle VIP du collège Aupiais a accueilli, le samedi 29 novembre 2025, une journée dense de réflexions autour du thème central du jubilé : « Prévenir le phénomène de l’abus sexuel dans la société ». Ouverte par Monseigneur Roger Houngbédji, Archevêque de Cotonou, cette étape du trentenaire du Tribunal ecclésiastique a permis de revisiter le phénomène sous ses dimensions sociologiques, ecclésiales, juridiques et sanitaires.

Dans son mot d’ouverture, Mgr Roger Houngbédji a rappelé que la protection des enfants et des personnes vulnérables demeure « une responsabilité partagée », engageant familles, écoles, paroisses et institutions. Il a exhorté les participants à renforcer l’action du Tribunal ecclésiastique afin qu’il reste « un instrument de justice et de sanctification au service du monde ».

La première communication de la journée, assurée par le professeur Charles Babadjidé, vice-doyen honoraire de la FASHS/UAC, a dressé un tableau sociologique alarmant des abus sexuels au Bénin. S’appuyant sur les données de l’Institut national de la Femme, il a rappelé qu’entre 2019 et 2022, 1049 cas ont été enregistrés, avec des taux particulièrement élevés dans les départements de l’Atlantique (16 %), du Couffo (13 %) et du Zou (12 %). Il a surtout alerté sur la situation préoccupante dans la commune d’Abomey-Calavi, devenue selon lui « une région à problème », avec plus de 156 plaintes en une année et une trentaine de mineures victimes rien qu’en 2021. Dans son analyse, il a dénoncé les mécanismes traditionnels de règlement familial qui ont longtemps favorisé le silence et la non-dénonciation. Il a salué les évolutions récentes, notamment la possibilité pour l’INF et le procureur de s’autosaisir, signe d’une société en transformation.

Le regard de l’Église sur le phénomène a ensuite été exposé par le père Nicolas de Boccard. Il a rappelé que l’Église dispose elle aussi d’un droit pénal et qu’elle punit toutes les formes de violence, à l’instar des législations nationales. « Tout délit est d’abord un péché, mais tout péché n’est pas un délit », a-t-il souligné, insistant sur la restauration des victimes et la sanction des coupables.

Sur le plan juridique, le père Jean Jacques Botchekpo a passé en revue les dispositions légales en vigueur au Bénin. Il a défini l’abus sexuel comme « un acte de nature sexuelle commis contre une personne qui n’y consent pas ». Dans son intervention, il a rappelé les sanctions prévues, les juridictions compétentes et les exemples les plus fréquents dans le pays.

La dernière communication, animée par le professeur Vodounhè Tchimon, a abordé les conséquences multiformes des violences sexuelles : risques d’infections, atteintes génitales, traumatismes psychologiques, troubles comportementaux. Il a détaillé les protocoles de prise en charge médicale, psychosociale et spirituelle. Pour lui, les « les abus sexuels constituent des préoccupations majeures, fréquentes, persistantes et dévastatrices ».

Cette deuxième journée, riche en analyses et en mises en garde, s’inscrit pleinement dans l’objectif du jubilé : comprendre, prévenir et combattre les abus sexuels dans la société. Les échanges se poursuivent ce dimanche 30 novembre avec la messe pontificale d’action de grâce, moment de clôture du trentenaire du Tribunal ecclésiastique de Cotonou.

Augustin HESSOU

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