Député du Bloc Républicain et membre influent de la majorité parlementaire, l’honorable Assan Seibou livre une lecture lucide et sans détour de la cérémonie d’investiture du président de l’Assemblée nationale, le Professeur Joseph Fifamin Djogbénou. Entre hommage à l’innovation protocolaire, décryptage des nouvelles équilibres institutionnels nés de l’avènement du Sénat et plaidoyer pour une culture parlementaire fondée sur le dialogue constructif plutôt que sur l’opposition systématique, l’élu offre une vision claire de ce que devrait être, selon lui, la 10e législature : ambitieuse, réformatrice et résolument tournée vers le développement du Bénin.

« Comme l’a dit le président Djogbénou, c’est un événement marquant pour notre parlement parce que dans son histoire, aujourd’hui, on a ouvert la première session de cette législature. Évidemment, c’est une cérémonie fort simple, un peu comme classique parce que sont invités les personnalités, les institutions, les membres du corps diplomatique, en tout cas le même protocole. Donc pour moi, c’est une affaire, c’est une cérémonie protocolaire comme j’en avais l’habitude. Seulement, la différence ici, c’est qu’il s’agit du président Djogbénou, un autre temps, un autre homme, un autre style. Il a le mérite d’avoir innové un peu dans l’invitation spéciale faite aux anciens présidents de l’Assemblée nationale qui ont tous répondu présents et qui ont donc honoré de leur présence cette dixième législature, en l’occurrence, l’ouverture de sa première session.
Cette séance a été suivie après, hors de l’hémicycle évidemment, au discours d’investiture du président Djogbénou. Là encore, c’est une innovation, elle a été faite de façon fort simple. Avant, nous en faisions au niveau de l’Assemblée, un événement important pour l’Assemblée. C’est l’occasion, comme ça se fait dans presque tous les autres pays, d’inviter les présidents des autres assemblées, dans le cadre de la coopération que nous avons avec ces parlements-là, pour réchauffer nos relations, parce qu’il y a la diplomatie parlementaire qui joue beaucoup dans la vie d’une nation aussi, parce que la diplomatie classique existe, qui est le fait de porter la voix du chef de l’État et tout, mais entre les institutions démocratiques aussi, les débats sur la politique elle-même, sur les accords internationaux, sur l’élaboration des lois, sur les stratégies d’intégration de nos pays, du rapprochement de nos pays, sur le plan de la paix et de l’harmonisation de nos politiques, ces rencontres-là sont indispensables. Vous savez, il peut arriver, même qu’entre nos États, que ça n’arrive pas bien, mais au niveau des parlements, on essaie de dialoguer selon la voix des peuples, de dialoguer avec les peuples, avec les parlements, et de rapprocher nos exécutifs, de faire en sorte que des problèmes qui relèvent du manque de dialogue puissent se régler. Donc c’est le cadre dans lequel on plaçait cette rencontre, cette cérémonie d’investiture. Mais cette fois-ci, elle s’est faite de façon fort simple, entre nous, béninois, devant les chefs des institutions ou leurs représentants, pour donner sûrement un ton nouveau, comme on l’beaucoup dit, l’Assemblée du Bénin, c’est une école nouvelle, parce qu’elle intervient dans le cadre d’un certain nombre de réformes aussi, qu’il a voulu mettre en exergue, que désormais, nous aurions deux chambres dans le pays, nous aurons l’Assemblée nationale, nous aurons le Sénat, mais on ne les met pas en place de la même façon, comme vous le connaissez par rapport à la loi. Leurs missions ne sont pas très identiques, même s’ils sont un peu législateurs, parce que l’initiative des lois appartient et reste toujours l’exclusivité de l’Assemblée et du gouvernement, à travers les projets de loi et les propositions de loi. Mais le Sénat intervient désormais à des niveaux de législation donnée, pour donner son point de vue, ou pour arbitrer parfois, donc ça fait que le rôle devient, si on devait faire une coopération au plan international, on pourrait être amené à partager ce rôle-là avec le Sénat sur le plan international aussi. Ça, c’est moi qui fais l’analyse, plus loin que ce qu’il en est peut-être pour le moment, mais je sais que la conséquence de ce qui est écrit va nous amener à ces différents points. Donc, en plus, nous avons, dans cette réunion aussi, assisté à l’élévation du président Djogbénou dans les grades de mérite national, donc à l’Ordre de Grand-Croix, ce qui est une chose plus ou moins classique elle-même, mais l’individu à qui on donne a toujours un cachet particulier de part ce qu’on rappelle de sa vie, et je dois reconnaître que dans ce qui a été décrit, sur la vie du président, il a eu une vie assez enrichie, et vraiment un CV qui fait qu’il mérite largement cette Grande Croix-là maintenant pour les responsabilités qu’il a occupées et pour les travaux qu’il a eu à faire lui-même. Donc, c’est ce que je peux dire quand je regarde les deux événements. Il a annoncé, évidemment, et ça je pouvais l’ajouter, les options, où la vision elle-même qu’il porte. Il annonce qu’il y aura assez de réformes et le règlement intérieur de l’Assemblée au vu des décisions qu’on a eues à prendre dans la révision de la Constitution, le règlement intérieur doit être mis à jour pour pouvoir faire face à ces différents points-là. Mais aussi, on devrait avoir au niveau de l’Assemblée l’attitude qui permet de satisfaire les attentes de ceux qui ont voté pour nous, c’est pour leur bien-être évidemment que nous sommes ici. Il dit que cela se passera dans un dialogue, je peux dire un peu plus serré pour utiliser ce mot-là, un dialogue un peu plus serré avec le gouvernement sur les approches et ce qu’il faut pouvoir bâtir ensemble. Nous aurons un Parlement, selon cette vision, un Parlement assez proche du pouvoir et vous voyez bien le mandat du Président de l’Assemblée et le mandat du Président de la République sont de 7 ans, commencent au même moment, finiront au même moment. Cela veut dire qu’ils doivent pouvoir collaborer pour ne pas mettre le pays dans une situation de tension pendant longtemps et d’ailleurs la création du Sénat permet d’éviter cette tension-là parce que le type de régime que nous avons s’appelle aussi le régime des terreurs, enfin on le surnomme comme ça, c’est une caricature, c’est-à-dire que le Président de l’Assemblée, le Président de la République ne peut pas dissoudre l’Assemblée, l’Assemblée ne peut pas renverser le Président de la République, donc chacun peut crier 5 ans et il ne renversera personne, chacun va aller jusqu’au terme de son mandat. Alors imaginez-vous que nous soyons dans ce cas-là et personne n’arrive à concilier, personne n’arrive à concilier avec l’autre, ce qui va se passer dans ce cas, c’est qu’on va arriérer le pays, c’est pour ça qu’il y a le Sénat, c’est une des raisons qui n’ont pas été suffisamment dites dans la révision de la Constitution, mais c’est ça qu’on appelle le blocage du système démocratique qu’on doit éviter. Donc il l’a effleuré aussi dans son discours. Donc nous avons fait des réformes et nous avons pensé à ce qui peut empêcher cette réforme. Et je pense que c’est l’une des raisons. Donc c’est ce que je peux vous dire. Oui, ça c’est des assurances qu’il apporte à un nouveau chef d’État qui n’est pas encore totalement élu, qui est en voie d’être élu, puisqu’il y a eu les résultats provisoires de la CENA, nous attendons celles de la Cour constitutionnelle pour qu’il prête son serment d’abord. Mais son discours intervient en cette période et il se doit de le rassurer. Donc lui aussi est en train de prendre son pouvoir en main et il doit annoncer les couleurs. Quand on dit la vision de quelqu’un, c’est quel est ton état d’esprit dans ton travail avec l’exécutif. Et c’est là, il dit, nous l’assurons. Il sait que nous le savons tous, que nous devons lui apporter un soutien, puisque pour rester logique avec lui-même et avec notre marche démocratique, c’est nous qui avons investi ce candidat, c’est notre candidat. Donc les deux partis qui sont à l’Assemblée ont investi ce candidat. Vous ne pouvez pas investir un candidat et ne pas annoncer votre détermination à le faire réussir. C’est votre président. Si le président Romuald Wadagni vient au pouvoir et il fait mal, c’est nous qui l’avons choisi, qui devons-nous sentir responsables. Même quand on dit après qu’on peut devenir un opposant, oui, on peut devenir opposant, mais tu seras opposant en toute responsabilité, en disant, ce pourquoi je l’ai investi ici, il n’a pas fait ça. Mais maintenant, là, si vous dites que vous êtes prêts à être des opposants, c’est que vous êtes des irresponsables. Et nous devons éviter ça. Tout ce qu’il a dit à ce niveau-là. Il le soutient clairement. Oui je vous ai dit, c’est une formulation d’une idée, d’une action. Mais dans la pratique, ce qu’il veut dire, c’est que, oui, nous sommes une Assemblée nationale, nous sommes faits pour contrôler l’action du gouvernement. Mais lorsque le contrôle n’est pas organisé de telle façon que l’on puisse aboutir au développement, il devient un contrôle nuisible. Vous décidez, par exemple, dans vos compétences, de mener des investigations, parce que la loi vous permet d’investiguer, d’aller, comme on l’appelle, par des commissions d’enquête parlementaires pour fouiller des choses. Si vous allez juste pour perturber et que vos propositions que vous allez faire ne seront pas prises en compte par le gouvernement, vous serez en train de faire un feu de paille seulement. Ça va brûler en quelque instant et ça va s’éteindre et tout le monde va oublier. Vous n’avez rien fait. Mais si vous devez le faire, vous élaborez vos TDR entenant compte de ce que le gouvernement sera réceptif aux résultats de vos enquêtes. Parfois, ça peut être que le gouvernement lui-même ne peut pas s’enquêter, alors vous, vous le faites et vous prenez des mesures. Quand l’enquête est menée et que le gouvernement est préparé pour être réceptif aux résultats de vos enquêtes, c’est encore mieux que de le faire envers ou contre leur volonté et qu’après ils soient obligés de se sentir à l’Assemblée comme des gens qui se défendent, qu’ils deviennent défensifs devant vous, ça ne va pas faire prospérer le pays. C’est ce qu’il veut dire. Nous le ferons, même les politiques qui doivent être élaborées par le gouvernement parce que le nouveau candidat aura son programme d’action du gouvernement. Lorsqu’il voudra les décliner, l’Assemblée ne veut pas être en marge de la réflexion et de même de la conception critique des choses pour que ça aille bien, pour qu’il puisse réussir sa mission et non dans le but de dire « bon, on va le critiquer pour le faire tomber » parce que nous avons fait des réformes, nous ne voulons plus d’une politique qui consiste à dire qu’il y nécessairement une opposition qui s’impose de façon systématique. Vous avez vu ça dans la législature passée ? Pendant la législature passée, l’opposition nous a habitués à quelque chose dont tout le monde était fatigué mais que la jeunesse d’aujourd’hui ne comprend même pas. Vous venez dire « ok, nous critiquons l’action du gouvernement, le budget qui est fait pour construire le pays » Vous dites « bon, ok, nous, tout ce qui est dit là, nous ne sommes pas d’accord, voici nos idées, voici nos idées, vous faites les propositions, le gouvernement dit « ok, si c’est ça, je prends en compte »et officiellement, vous-même, vous reconnaissez qu’on prend en compte. Quand on prend en compte, ça veut dire que le projet de budget peut au moins exceptionnellement être voté pour que vous attendiez la mise en place pour dire « après, on n’a pas fait ce qu’on a dit » On a fini d’accorder tout, moi-même, j’étais étonné. Je le dis toujours au Président Romuald Wadagni, « vous avez tout accepté » Il dit « oui, on a les moyens de le faire ». C’est ce qu’il demande. Et puis, nous sommes un État, nous sommes un gouvernement, nous travaillons pour le développement. Ce n’est pas parce qu’une proposition est venue de l’opposition que je ne vais pas l’accepter. À l’époque, je me suis dit « il veut qu’on vote son budget, mais il va voir à l’arrivée ». À l’arrivée, ils ont voté contre systématiquement. Donc, ça veut dire qu’il y a une opposition systématique. Ce n’est pas bon. Il nous faut faire de l’opposition concertée. L’État se bâtit anneau par anneau. Ça veut dire que chacun vient ajouter son anneau à la chaîne de ce qui fait la nation. Les scientifiques vont parler de « nous mettons, nous traçons l’ADN de notre Etat ». Alors, chaque chaîne, chaque moyen de chaîne, chaque acte que nous avons posé a compté, si nous avons fracturé un os quelque part, nous allons porter cette déformation-là toute la vie de la nation. Si nous devons bâtir la nation en pensant à ce schéma, nous devons faire attention. Parce que nous devons le faire comme ça. Quand nous avons fait une expérience, nous tirons les leçons et nous avançons. Aujourd’hui, est-ce que l’expérience Patrice Talon, avec des réformes qui ont priorisé, qui ont dit que la démocratie n’est bonne que si elle permet d’obtenir un certain développement ? Toute pratique démocratique qui a pour effet de freiner le développement, d’empêcher le développement, ne devient pas une chose utile pour le peuple. En conséquence, toutes les réformes que le président Talon a eu à faire vont dans le sens de dire « ça c’est bon pour le développement de la nation ». Nous, nous avons soutenu ça. Ce qui a fait qu’on a renoncé à des multipartismes intégrales, avec des considérations de liberté. La liberté est à l’infini, alors qu’aucune liberté n’est infinie. Nous avons fait 30 ans d’expérience, donc nous avons décidé maintenant de modifier ce qui est fait. Et nous avons tiré la leçon. Oui, ce que nous avons fait est bon, parce que ça a fait changer le pays. Même quand on dit que les gens ne le sentent pas dans leur poche, moi et le président de la République et tout l’exécutif, je ne suis pas d’accord. Le bien-être qu’on sent là, il n’est pas de l’argent, mais c’est du bien-être. On a gagné en bonne santé, de bonne éducation, et même sur le plan de nos formalités dans le pays, on a simplifié. Est-ce que nous, en tant que gouvernants, nous ne savons pas que c’est beaucoup d’argent que les gens ont gagné dans leur poche comme ça ? Même s’ils n’ont pas compté 1, 2, 3, mais on a gagné. Le pays lui-même a gagné, parce que nous devons gagner ensemble avant de gagner individuellement. Regardez ce qui se passe autour de vous. Tous les pays qui nous entourent ont des crises. Nous sommes en crise mondiale, internationale, mais tout se passe au Bénin comme si on n’était pas en crise. Ça, c’est une richesse. On a gagné. On a gagné beaucoup d’argent. Mais si on n’allait pas dans ce sens. On s’est dit, on n’a pas senti dans sa poche. Nous n’avons pas raté un seul mois de salaire dans ce pays. Et sous ce régime qui est en train de finir, on a augmenté les salaires comme on n’en a jamais augmenté dans l’histoire du pays. Mais il n’y a qu’à regarder même les syndicalistes. On n’a pas attaché quelqu’un avec une corde au pied, non. Mais quand il y a une évolution, il faut la reconnaître. Quand les conditions de travail, même de l’éducation, l’appui à l’éducation, quand c’est bon, il faut reconnaître et ne pas aller dans les grèves tout le temps. Ce que nous avons fait avec Talon, et pour moi, le pays a évolué. Etil faut continuer les réformes. Il faut aller dans le même sens. Il faut aller en profondeur. Pour que nos enfants qui viennent disent oui, nos parents nous ont laissé un pays, comme aujourd’hui, même la folie de Trump. Ce sont ses parents qui se sont bien battus, hier. Ce sont ses ancêtres qui se sont bien battus, ils ont enrichi le pays, ils l’ont rendu puissant. Et lui, il estime que son pays n’est pas assez puissant, ne s’exprime pas par la puissance. Il ferme, il amène les choses, pour vous montrer que si quelqu’un ne veut pas, lui, il le coince. Bon, ça, c’est sa vision. Mais aujourd’hui, notre pays évolue. Est-ce que vous ne sentez pas que nous avons la possibilité d’être un exemple, enfin, un modèle ? Mais faisons tout pour avoir l’ambition d’avoir un modèle, si c’est la démocratie qui est un modèle, ou bien notre gestion… Trouvons-nous aussi des endroits où tout le monde vient au Bénin pour dire comment on fait ça. C’est l’ambition, ça. Il faut avoir des ambitions pour notre pays. Donc, le discours de Djogbénou n’est pas loin de ça. C’est notre ambition, nous tous, qu’il essaye aussi de traduire. Mais le discours reste une vision. Il reste un vœu. Il reste la mise en œuvre et comment il va marcher, travailler, conduire, pour que cela puisse se réaliser. Parce que ce sont les hommes qui vont conduire. C’est une institution qui va conduire. Je lui souhaite une bonne chance, et je lui souhaite de gagner la confiance de tout le monde. Pour que tout se passe sans anicroche. Le monde évolue. Nous sommes optimistes aujourd’hui. Il faut que ceux qui vont nous conduire demain fassent en sorte que nous soyons plus confiants que ça. »

