À l’occasion de son centenaire, l’écrivain béninois Olympe Bhêly-Quenum s’est confié à Bénin TV, mardi 22 septembre 2026. Ému par l’hommage du président de la République, Romuald Wadagni, l’auteur de « Un piège sans fin » a évoqué ses souvenirs d’enfance, son attachement à Ouidah, la place de la spiritualité dans son œuvre et l’importance de la transmission des valeurs culturelles. À travers cet entretien, le centenaire a également lancé un appel à la sauvegarde des archives littéraires et à une meilleure connaissance des racines béninoises.

L’émotion d’un centenaire honoré par la Nation. Né le 20 septembre 1926 à Ouidah, Olympe Bhêly-Quenum a célébré ses 100 ans le dimanche 20 septembre 2026. À cette occasion, le président de la République, Romuald Wadagni, lui a rendu hommage dans une publication diffusée sur sa page Facebook. Le Chef de l’État a salué une vie consacrée aux lettres, à la culture et à la transmission. Il a notamment présenté l’écrivain comme une voix ayant contribué, par la force des mots, à faire connaître le Bénin au-delà de ses frontières.
Cette marque de reconnaissance a profondément touché le patriarche. « Je suis très ému, vraiment ému, et mon cœur bat de joie d’entendre cette allocution », a confié Olympe Bhêly-Quenum au cours de l’entretien accordé à Bénin TV. L’écrivain a également insisté sur le poids des mots et sur l’attention qu’il accorde au choix du vocabulaire. Une exigence qui, selon lui, participe à la précision de la pensée et à la portée de l’écriture.
Ouidah, une identité et des racines
Au fil de l’entretien, Olympe Bhêly-Quenum est revenu sur son rapport intime à Ouidah, qu’il continue d’appeler « Glèxwè ». Cette ville constitue, à ses yeux, bien davantage qu’un lieu de naissance. Elle représente une mémoire, une identité et un ensemble de repères culturels qui ont accompagné son parcours.
L’écrivain a évoqué son enfance dans un environnement marqué par les traditions et la spiritualité vodou. Sa mère, a-t-il expliqué, était attachée à cet univers et possédait une belle voix de chanteuse. Sa grand-mère maternelle, originaire d’Abeokuta, au Nigeria, lui parlait quant à elle en yoruba et a joué un rôle important dans son éducation.
Ces influences familiales et culturelles ont contribué à nourrir son imaginaire et à façonner son rapport au monde. Elles se retrouvent dans plusieurs de ses ouvrages, notamment « L’initié », « Les appels du Vodou », « Le chant du lac », « Un piège sans fin » et « La danse du grand prêtre ». Pour le centenaire, la connaissance des racines demeure une condition essentielle de l’équilibre individuel et collectif. Il a ainsi invité les enseignants à aider les enfants à mieux comprendre leur histoire, leurs ancêtres et les langues de leur environnement.
La spiritualité au cœur de l’œuvre
Interrogé sur la présence de la spiritualité vodou dans ses écrits, Olympe Bhêly-Quenum a expliqué avoir été élevé dans un milieu fortement imprégné de traditions animistes. Il a évoqué notamment les jumeaux, les récits familiaux et les pratiques spirituelles qui ont marqué son enfance. À travers ces souvenirs, l’écrivain a souligné l’importance de la transmission orale et du lien entre les générations.
Son témoignage met en évidence une conception de la littérature comme un espace de mémoire. L’écriture lui permet de préserver des fragments de vie, des croyances, des récits et des repères culturels qui risquent de disparaître lorsque les générations ne prennent plus le temps de les transmettre.
« Un piège sans fin », entre réalité et fiction
L’entretien a également porté sur son œuvre la plus connue, « Un piège sans fin ». L’animateur a notamment interrogé l’écrivain sur le personnage d’Ahouna et sur la part de réalité contenue dans cette histoire étudiée par plusieurs générations d’élèves.
Avec humour, Olympe Bhêly-Quenum a refusé de tomber dans « le piège » de la question. Il a néanmoins reconnu qu’Ahouna avait existé et que certains éléments de l’histoire prenaient leur source dans des souvenirs de jeunesse. Il a raconté avoir connu, durant son enfance, un garçon appelé Ahouna, qui évoluait avec une jeune fille. Ces souvenirs ont nourri son imagination et ont ensuite trouvé une place dans son œuvre littéraire.
L’écrivain a toutefois rappelé que la littérature ne se limite pas à la reproduction exacte du réel. Elle transforme les expériences, les souvenirs et les observations pour leur donner une portée plus large.
Préserver les manuscrits et les archives
À 100 ans, Olympe Bhêly-Quenum a aussi exprimé une préoccupation liée à la conservation de son patrimoine littéraire. Il a indiqué que de nombreux manuscrits se trouvent encore dans sa chambre, sans qu’il sache précisément ce qu’ils deviendront. Cette situation l’a conduit à appeler à la création de véritables espaces de conservation, avec des archives organisées, des gardiens et des bibliothécaires.
Pour lui, les manuscrits, les documents et les témoignages des écrivains constituent une part importante de la mémoire nationale. Leur préservation permettrait aux générations futures d’accéder aux étapes de création des œuvres et de mieux comprendre l’histoire intellectuelle du pays.
Le centenaire a pour finir, adressé un message aux Béninois. Il les a invités à aimer leur pays et à rester attachés à leur histoire, tout en s’ouvrant aux autres cultures et aux langues étrangères. Il a reconnu l’importance du français comme langue de communication et d’ouverture, mais a également insisté sur l’utilité de l’anglais, qui, selon lui, lui a permis d’accéder à de nombreuses opportunités.
Romain HESSOU

