
Au matin de sa première rencontre avec les ministres conseillers rattachés à la Présidence de la République, Romuald Wadagni a livré bien plus qu’un cadrage administratif. Il a esquissé la philosophie de son mandat, dans un discours dont chaque formule paraît pesée pour marquer les esprits et fixer une ligne. « Le Bénin d’abord. Toujours », a martelé le Chef de l’Etat, résumant en quatre mots l’ambition d’un septennat.
Le service avant tout
Le ton, d’emblée, tranche avec les usages. Pas de promesses tonitruantes, pas d’inventaire de chantiers. Le chef de l’État a préféré poser des principes. « Nous ne sommes ici que pour servir le Bénin et les Béninois », a déclaré Romuald Wadagni, plaçant le service au cœur de la fonction. La campagne, dit-il, appartient au passé. L’heure est à l’action, qu’il veut « cohérente, exemplaire et inclusive ». Ces trois adjectifs résument une méthode, presque une morale de gouvernement.
La cohérence comme principe
La cohérence, d’abord. Le président de la République en a fait son principe directeur, insistant sur l’adéquation entre les paroles et les actes. Dans sa bouche, l’exigence n’est pas abstraite. Elle engage chacun de ses collaborateurs, sommés de prouver par leur conduite la sincérité des discours. Un responsable dont les gestes démentent les engagements fragilise tout l’édifice. Wadagni semble en avoir fait une conviction structurante, celle d’un pouvoir qui se juge à ses actes plus qu’à ses annonces.
L’exemplarité comme norme
L’exemplarité, ensuite. « Servir avec exemplarité », a martelé le chef de l’État, posant une norme de comportement valable pour tous. Le pouvoir, rappelle-t-il, n’est pas un privilège mais une charge. « La confiance du peuple est une responsabilité », a-t-il insisté, ajoutant que ce pouvoir est délégué par la Nation et doit lui être restitué sous forme de service. Cette humilité républicaine irrigue tout le propos. Elle dessine une conception exigeante de la fonction, où l’on se met au service du peuple sans jamais se servir de la position.
L’inclusion comme virage
L’inclusion, enfin. C’est sans doute là que réside le virage le plus net. En faisant des plus vulnérables la priorité de son action, Wadagni inscrit son mandat dans une logique sociale assumée. L’objectif est clair : éliminer l’extrême pauvreté et réduire drastiquement la pauvreté. La protection sociale, l’aide aux personnes vulnérables et la solidarité nationale deviennent les marqueurs d’une politique qui se veut attentive aux derniers de cordée. « Notre devoir est d’expliquer, d’écouter et de rassembler », a résumé le président, ordonnant un triptyque qui place le dialogue avant la communication descendante.
L’unité contre les particularismes
À cette exigence sociale s’ajoute un impératif d’unité. Le chef de l’État a tranché net : « Pas de régionalisme, pas de communautarisme. Seule la Nation compte. » Les ministres conseillers, leur a-t-il rappelé, ne représentent ni une région ni une communauté, mais l’ensemble du peuple béninois. L’avertissement vise les tentations clientélistes que connaissent les jeunes démocraties. En posant la neutralité républicaine comme règle, le président cherche à consolider la cohésion nationale et à prévenir les fractures.
Le statut même des ministres conseillers se trouve, au passage, redéfini. Loin d’une gratification politique ou d’un confort budgétaire, le président y voit un appel à servir dans la proximité, aux prérogatives strictement encadrées. Prolongement du gouvernement sur le terrain, ces collaborateurs sont chargés de maintenir le lien entre l’État et les populations, d’expliquer l’action publique et de faire remonter les attentes. Une mission de contact, exigeante, qui place le terrain au centre du dispositif.
L’épreuve du réel
De l’ensemble se dégage une cohérence d’intention. Gouvernance de proximité, priorité aux vulnérables, exemplarité dans la conduite, primauté de la Nation sur les particularismes. Quatre axes qui dessinent une certaine idée du pouvoir, fondée sur le service et la responsabilité. Le président n’a pas distribué des consignes techniques. Il a posé une grammaire morale, dont il entend faire la signature de son magistère.
Reste l’épreuve du réel. Entre les principes énoncés et leur traduction concrète, le chemin est semé d’arbitrages et de résistances. Les premiers mois diront si l’exigence affichée résiste à l’usure du pouvoir. Mais le cap, lui, est fixé, sans équivoque. Servir, rassembler, agir. Et placer, en toute circonstance, l’intérêt national au-dessus de tout. Le Bénin d’abord. Toujours.
Christian TCHANOU

