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Ordre de préséance au Bénin : Jean-Baptiste Elias appelle à la pédagogie et à la vigilance sur le Sénat

Invité de l’émission “Grand Angle” sur Crystal News TV, ce dimanche 26 avril 2026, le président du Front des organisations nationales contre la corruption (Fonac), Jean-Baptiste Elias, s’est prononcé sur le décret fixant l’ordre de préséance en République du Bénin. Entre éclairage pédagogique et mises en garde, il décrypte les enjeux liés au nouveau Sénat béninois.

Le décret n°2026-107 du 11 mars 2026 continue de susciter débats et incompréhensions. En cause, la position protocolaire du président du Sénat, désormais placé devant celui de l’Assemblée nationale. Une hiérarchie qui dérange une partie de l’opinion, surtout dans un contexte où les membres du Sénat sont intégralement nommés. Face à ces interrogations, Jean-Baptiste Elias se veut nuancé, « C’est une vue d’esprit de penser qu’un organe nommé ne peut pas être au-dessus d’un organe élu. Dans plusieurs pays, cela existe », explique-t-il, citant notamment des exemples comme le Canada ou encore certains États africains.

Dans une démarche pédagogique, l’expert rappelle que le Sénat est une institution héritée de l’Antiquité romaine, conçue comme une « chambre de réflexion » destinée à équilibrer le pouvoir législatif. Généralement, il constitue la chambre haute du Parlement, aux côtés de l’Assemblée nationale. Cependant, le cas du Bénin présente des spécificités. « Le Sénat béninois est conçu comme une chambre de réflexion et d’expérience sans ancrage électoral direct », souligne Jean-Baptiste Elias. Une particularité qui, selon lui, le distingue de la plupart des modèles existants.

Autre point de divergence : l’absence, à ce stade, de représentation des collectivités locales. « Aucune collectivité locale n’est représentée pour l’instant. Or, dans la majorité des pays, c’est la base même du Sénat », déplore-t-il.

Des pouvoirs jugés “très étendus”

Au-delà de la question de la préséance, c’est surtout l’étendue des prérogatives du Sénat béninois qui interpelle. L’institution dispose de pouvoirs importants, allant du contrôle des lois à la possibilité de sanctionner certains acteurs politiques. « Le Sénat du Bénin a beaucoup de pouvoir, il faut l’avouer », insiste le président du Fonac, évoquant même des attributions inédites à l’échelle internationale, comme la veille au respect de la « trêve politique » ou la capacité de suspendre certains droits politiques. Pour lui, cette concentration de pouvoirs pourrait poser des défis institutionnels, « On peut se demander ce qu’il reste comme pouvoir aux autres institutions ».

Des risques de tensions institutionnelles : Jean-Baptiste Elias n’exclut pas des frictions entre institutions une fois le Sénat opérationnel. Il appelle toutefois à la responsabilité des acteurs, « La sagesse et le fair-play devront prévaloir pour éviter des clashes ». En cas de conflit, il rappelle que la Cour constitutionnelle demeure, en principe, l’organe régulateur. Mais certaines ambiguïtés persistent quant à la répartition effective des rôles.

Un impératif de clarification avant l’installation

Autre enjeu majeur : les modalités de nomination des neuf sénateurs non membres de droit. À ce jour, les critères restent flous. « Il est nécessaire de fixer des critères clairs pour éviter des nominations partisanes », recommande-t-il, plaidant pour une meilleure transparence et une représentation plus inclusive, notamment de la société civile.

Par ailleurs, l’installation du Sénat avant le 24 mai 2026 apparaît cruciale pour respecter les exigences constitutionnelles liées à la prestation de serment du prochain président de la République.

Malgré ses réserves, Jean-Baptiste Elias invite à laisser une chance à l’institution, « Nous sommes des légalistes. On va expérimenter. Et s’il faut corriger, on corrigera ».

Romain HESSOU

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