La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest a accordé un nouveau délai aux institutions financières de l’UEMOA pour intégrer sa plateforme régionale de paiement instantané. Un report qui interpelle directement les acteurs du secteur financier béninois.

Inaugurée le 30 septembre 2025, PI-SPI fonctionne 24h/24 et 7j/7. Elle permet des paiements instantanés, interopérables et gratuits pour les particuliers, qu’ils soient clients d’une banque, d’une institution de microfinance ou d’un émetteur de monnaie électronique. La BCEAO y voit un levier décisif pour résorber la fragmentation des systèmes de paiement dans les huit pays de l’Union et accélérer l’inclusion financière.
Au 24 juin 2026, 80 établissements étaient déjà connectés, donnant accès aux services PI-SPI à plusieurs millions d’utilisateurs, tandis que 74 autres institutions poursuivaient leurs tests avant ouverture commerciale.
De nouvelles échéances
Face à des retards d’intégration persistants, la BCEAO a révisé son calendrier initial. Deux délais distincts sont désormais fixés : le 30 septembre 2026 pour les banques, établissements de monnaie électronique et établissements de paiement ; le 30 juin 2027 pour les institutions de microfinance supervisées par la Commission bancaire de l’UMOA. La Banque centrale précise que ses équipes techniques restent disponibles pour accompagner les participants.
Six établissements connectés au Bénin, les IMF absentes
Le Bénin accuse un positionnement modeste dans le déploiement régional. Six établissements y sont autorisés à proposer les services PI-SPI : BOA, Coris Bank, Ecobank, Orabank, UBA et Moov Money. À titre de comparaison, le Sénégal totalise 19 participants et la Côte d’Ivoire 15.
Plus préoccupant : le Bénin affiche zéro institution de microfinance connectée, dans une économie où la microfinance constitue souvent le seul lien formel entre les populations rurales et le système financier. Le report accordé aux IMF jusqu’en juin 2027 leur laisse du temps, mais le risque d’exclusion commerciale est réel dès maintenant : les banques partenaires conditionnent de plus en plus leurs lignes de refinancement à la connexion au PI-SPI.
Un retard qui a un coût
Pour les ménages béninois, l’enjeu est concret. PI-SPI doit permettre, par exemple, un virement instantané d’un compte bancaire vers un portefeuille Moov Money, sans frais et en quelques secondes, une promesse encore inaccessible pour les clients dont l’établissement n’est pas connecté.
Dans un contexte où le gouvernement béninois accélère la digitalisation de son économie, le déploiement complet de la plateforme constitue un prérequis. Les nouveaux délais offrent une dernière fenêtre aux acteurs en retard. Il reste à savoir s’ils s’en saisiront.
Olivier ALLOCHEME

