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Professeur Victor Prudent Topanou : « Nous avons fait un virage » dans le cheminement démocratique du Bénin

Invité de l’émission spéciale diffusée jeudi 20 août 2026 sur Esae TV, le politologue et ancien député Victor Prudent Topanou est revenu sur ses récentes déclarations très commentées concernant l’évolution de la démocratie béninoise. Il assume sa comparaison entre démocraties francophones et anglophones et estime que le Bénin a opéré un « virage » privilégiant davantage le développement et l’efficacité économique. Sans se prononcer définitivement sur les nouvelles institutions, notamment le Sénat, il appelle à laisser le temps aux réformes de produire leurs effets.

La polémique suscitée par une récente intervention publique de Victor Prudent Topanou n’a pas entamé ses convictions. Face aux nombreuses réactions à ses propos comparant les démocraties francophones et anglophones, le politologue a choisi de préciser sa pensée. Invité, jeudi 20 août 2026 sur Esae TV d’une émission spéciale consacrée à la nouvelle ère politique béninoise, l’ancien ministre et ancien député a assumé une analyse qu’il présente comme le fruit de plusieurs années de réflexion universitaire.

À l’origine de la controverse, une intervention au cours de laquelle il avait qualifié de « bizarres » certaines caractéristiques des démocraties francophones et souligné, à ses yeux, l’avance des modèles anglophones en matière de culture démocratique. Il cite notamment la capacité de certaines institutions judiciaires ou électorales anglophones à imposer des décisions aux pouvoirs en place.

Pour Topanou, cette différence se manifeste également dans le traitement des réformes constitutionnelles, la durée et la limitation des mandats présidentiels. Il estime que les débats sur le renouvellement des compteurs de mandats après une modification constitutionnelle sont particulièrement révélateurs des spécificités du monde politique francophone.

Une différence de culture démocratique

Le politologue refuse toutefois d’attribuer ces différences à une quelconque incapacité des sociétés francophones à pratiquer la démocratie. Il avance plutôt une hypothèse historique liée aux expériences coloniales britannique et française. Selon lui, l’« indirect rule » aurait permis aux sociétés anglophones de développer plus tôt une culture de l’État, tandis que le système de « direct rule » aurait davantage placé les populations francophones sous la gestion directe de l’administration coloniale. Il reconnaît cependant qu’il s’agit d’une hypothèse sur laquelle il continue de réfléchir.

Sur la question des mandats présidentiels, son analyse est plus tranchée. Il estime que l’allongement de la durée des mandats ne garantit pas nécessairement une plus grande efficacité de l’action publique. Il oppose notamment les mandats plus courts de plusieurs démocraties anglophones à certaines évolutions observées dans les pays francophones. Pour lui, la question essentielle devrait être de savoir ce qu’un dirigeant peut accomplir pendant la durée du mandat qui lui est confié par les électeurs.

Le « développementalisme » au cœur du débat

C’est toutefois son interprétation de l’évolution politique du Bénin qui constitue le principal point de controverse. Victor Topanou estime que le pays a opéré un « virage » dans son modèle démocratique. Pour étayer son analyse, il se réfère notamment à des déclarations publiques de l’ancien président Patrice Talon, dont il cite des propos tenus en 2022 devant le MEDEF et dans son discours sur l’état de la Nation de décembre 2024.

Selon son interprétation, le fait de placer le développement et l’efficacité économique au premier plan, au détriment d’une partie des exigences démocratiques, correspond à ce que la science politique désigne comme le « développementalisme ». Il définit celui-ci comme un modèle associant libéralisme économique et autoritarisme politique. Pr Topanou insiste néanmoins sur le fait qu’il ne prétend pas annoncer la disparition de la démocratie au Bénin. Il affirme plutôt constater une évolution du modèle politique et considère que cette lecture relève de son travail d’universitaire.

Le Sénat : attendre avant de juger

Interrogé sur l’installation du Sénat et sur ses implications pour l’équilibre institutionnel, l’ancien député adopte une position prudente. Il considère la création de cette chambre comme une évolution institutionnelle plutôt que comme un simple rééquilibrage du pouvoir, puisqu’il s’agit d’une institution nouvelle dans l’architecture politique béninoise.

Pour autant, il refuse de condamner ou de valider définitivement le fonctionnement de la nouvelle institution avant de disposer d’un recul suffisant. Il cite notamment ses réserves concernant le caractère secret et confidentiel des débats prévu par certaines dispositions du règlement intérieur du Sénat. Selon lui, seule la pratique permettra de mesurer les conséquences réelles de ces choix.

Cette prudence s’étend aux rapports entre le Sénat et la présidence de la République. Topanou préfère éviter une lecture personnalisée des institutions et plaide pour une analyse fondée sur les rapports institutionnels eux-mêmes. Il estime qu’un nouvel équilibre entre les institutions doit progressivement se construire.

Wadagni attendu sur ses engagements

À propos du président de la République Romuald Wadagni, Victor Topanou se présente davantage comme un universitaire et un observateur que comme un acteur politique ayant des attentes personnelles. Il estime que le chef de l’État doit avant tout respecter les engagements pris devant les électeurs.

L’ancien député dit notamment observer avec intérêt les premiers pas du nouveau pouvoir sur les relations avec les pays voisins. Il évoque également les engagements relatifs à la démocratie et à l’amélioration du bien-être des populations. Sur ce dernier point, il considère que les effets de la croissance sur les conditions de vie des Béninois constituent encore un chantier important.

Pour une opposition qui critique et propose :L’ancien député Topanou s’est également prononcé sur la place de l’opposition dans le nouveau paysage politique. À ses yeux, une démocratie ne peut fonctionner sans opposition. Il reconnaît l’existence de formations officiellement classées dans l’opposition, tout en relevant la situation particulière de plusieurs partis politiques.

Mais il estime que le rôle de l’opposition ne doit pas se limiter à relever les erreurs du gouvernement. La critique doit, selon lui, être accompagnée de propositions. Il rappelle à ce propos que la nouvelle législation impose désormais cette logique de critique et de proposition, tout en s’interrogeant sur les modalités concrètes de son application.

« La démocratie, c’est d’abord une philosophie »

Au terme de l’émission, Victor Topanou a rejeté l’idée selon laquelle les sociétés africaines francophones auraient besoin d’un modèle politique différent parce qu’elles seraient culturellement incompatibles avec la démocratie. Pour lui, la démocratie repose d’abord sur une philosophie et des principes fondamentaux, avant de se traduire dans des institutions adaptées à chaque contexte sociologique. Il résume cette conception autour de la liberté : liberté de penser, de s’associer, de circuler et de participer à la vie publique.

L’ancien député revendique ainsi une position d’observateur critique, tout en assumant son appartenance à l’Union progressiste le Renouveau. Avec près de trente années d’expérience professionnelle, dont sept seulement dans des fonctions politiques, il assure que son parcours demeure avant tout celui d’un universitaire.

Sa conclusion résume sa posture actuelle : le Bénin a, selon lui, « fait un virage » et il faudra désormais observer, dans la durée, si cette nouvelle orientation contribue effectivement au bien-être collectif.

Romain HESSOU

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