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Vice-présidence au Bénin : Dr Gilles Badet dévoile le rôle du “soldat de réserve” de la République

Depuis son introduction dans l’architecture institutionnelle béninoise, la fonction de vice-président de la République continue de susciter interrogations et incompréhensions. Entre perceptions protocolaires et spéculations politiques, nombre de citoyens peinent encore à cerner son rôle exact. Pourtant, selon le Dr Gilles Badet, ancien secrétaire général de la Cour constitutionnelle du Bénin, cette institution constitue un mécanisme essentiel de stabilité de l’État. Invité de l’émission Le Bon Citoyen sur Eden TV, le spécialiste des questions constitutionnelles a levé un coin de voile sur les fondements et les missions de la vice-présidence dans le dispositif républicain béninois.

Pour Dr Gilles Badet, la logique est simple. Le Bénin a choisi de mettre fin aux élections présidentielles anticipées en cas de vacance du pouvoir, afin de préserver la stabilité politique et institutionnelle. « On ne veut plus faire des élections intermédiaires avant les échéances prévues », a-t-il expliqué.

En cas de démission, d’empêchement grave, de maladie ou de décès du chef de l’État, le vice-président devient alors le garant immédiat de la continuité du pouvoir exécutif. « Il y a quelqu’un qui est un soldat de réserve prêt à exercer la fonction et à amener le mandat jusqu’à son terme », a résumé le juriste.

Cette disposition vise ainsi à rassurer les citoyens et à prévenir toute instabilité institutionnelle pouvant naître d’une vacance imprévue à la tête de l’État.

Une fonction loin d’être symbolique

Souvent réduite à un rôle honorifique, la vice-présidence ne se limite pourtant pas à une simple représentation protocolaire.

Selon Dr Gilles Badet, le vice-président participe activement à l’action gouvernementale, en fonction des responsabilités que le chef de l’État choisit de lui déléguer. « Le président de la République peut lui confier des missions, le charger de le représenter ou de régler certaines questions en son nom », a-t-il précisé.

Dans cette logique, le vice-président apparaît comme un collaborateur stratégique du président de la République, susceptible d’être impliqué dans la gestion quotidienne des affaires publiques. L’objectif est aussi pratique : préparer cette personnalité à une éventuelle prise de relais, afin qu’elle soit déjà familière des réalités de la gouvernance au sommet de l’État.

Pour vulgariser le rôle de la vice-présidence, Dr Gilles Badet a eu recours à une comparaison simple, celle d’une assurance automobile. « Personne ne souhaite avoir un accident, mais tout le monde est rassuré de savoir qu’il possède une assurance en cas de problème », a-t-il illustré.

Selon lui, la vice-présidence répond à cette même logique de prévoyance institutionnelle. Elle ne signifie pas qu’une crise est attendue, mais garantit qu’en cas de difficulté majeure, le pays disposera immédiatement d’un mécanisme de remplacement sans rupture de fonctionnement. « Nous avons le cœur apaisé de savoir qu’en cas de problème, une solution de continuité existe », a insisté l’universitaire.

Face aux interprétations parfois relayées dans l’opinion, Dr Gilles Badet a tenu à dissiper un malentendu persistant : en cas d’empêchement du président de la République, ce n’est pas le président du Sénat qui assure automatiquement la succession. « Ce n’est pas ce qui est prévu. C’est le vice-président qui doit prendre la place du président de la République si quelque chose devait arriver », a-t-il affirmé.

Pour le constitutionnaliste, cette clarification est essentielle afin d’éviter les confusions liées à la nouvelle architecture institutionnelle mise en place au Bénin.

Si la vice-présidence reste encore mal connue, Dr Gilles Badet estime que cela tient principalement à un déficit d’explication et d’éducation civique. Pour lui, il appartient aux médias, aux institutions et aux acteurs de la citoyenneté de mieux faire comprendre cette innovation institutionnelle aux populations. « C’est l’explication, c’est l’éducation civique », a-t-il insisté.

Romain HESSOU

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