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Dangbo : Le Festival International Zogben revendique une diplomatie culturelle africaine en mouvement

Dans la salle de conférence de la mairie de Dangbo, au cœur de la Vallée de l’Ouémé, le ton était donné bien avant la fin des allocutions officielles. À quelques semaines de l’ouverture de sa sixième édition, prévue du 23 au 26 juillet 2026, le Festival International Zogben (FIZ) a dévoilé, vendredi, une ambition qui dépasse largement le cadre d’un événement culturel traditionnel.

Sous le thème « Héritage en mouvement, quand le passé éclaire l’avenir », cette nouvelle édition entend inscrire le patrimoine béninois dans une dynamique de transmission, d’innovation et de rayonnement international.

Face aux autorités locales, aux représentants institutionnels, aux médias et aux acteurs du secteur culturel, la promotrice du festival, Imelda BADA, a livré un discours dense, structuré comme une véritable feuille de route stratégique pour la culture béninoise contemporaine.

Derrière la dimension festive du projet, c’est une vision politique et civilisationnelle qui s’est progressivement dessinée.

« Nos traditions ne sont pas des reliques poussiéreuses figées dans un musée imaginaire. Elles constituent une force dynamique, une boussole mémorielle indispensable pour orienter les trajectoires de notre modernité africaine », a-t-elle déclaré.

Cette affirmation résume l’esprit général d’un festival qui revendique désormais une fonction plus large : faire du patrimoine africain un levier de transformation sociale, économique et diplomatique.

La culture comme instrument de souveraineté

L’un des aspects les plus remarqués de cette conférence réside dans la manière dont le Festival International Zogben se positionne à la croisée de plusieurs enjeux contemporains.

D’un côté, la sauvegarde des patrimoines matériels et immatériels.

De l’autre, la nécessité pour les sociétés africaines de réinventer leur place dans la mondialisation culturelle.

À travers son caractère hybride et itinérant, le FIZ cherche à créer un espace de circulation entre les territoires béninois, les diasporas africaines et les Afrodescendants du monde entier.

Le mot même de « Zogben », qui signifie « lampe » ou « flambeau » en langue fongbé, est devenu au fil des éditions un symbole de transmission et de reconnexion.

L’événement entend désormais se présenter comme un outil de diplomatie culturelle capable de rapprocher les peuples à travers la mémoire, les arts et le patrimoine.

Cette orientation s’inscrit dans un contexte où le Bénin multiplie depuis plusieurs années les initiatives destinées à renforcer son attractivité culturelle et touristique, notamment à travers la valorisation de ses héritages historiques et la restitution de plusieurs trésors royaux.

Dangbo, nouvelle vitrine patrimoniale

Le choix de Dangbo n’apparaît pas anodin.

Située dans une région marquée par les traditions fluviales, les échanges historiques et la richesse des patrimoines vivants, la commune devient cette année l’épicentre d’un projet qui cherche à conjuguer mémoire et développement local.

Depuis plusieurs mois, les autorités municipales et les organisateurs travaillent à l’ancrage territorial du festival. Une collaboration qui témoigne de la volonté de faire du patrimoine un facteur de valorisation économique et touristique.

Pendant quatre jours, la commune accueillera spectacles, rencontres culturelles, circuits mémoriels, expositions artisanales, conférences scientifiques et activités touristiques.

Mais au-delà du programme, les organisateurs insistent surtout sur les retombées attendues pour les populations locales.

Hôteliers, restaurateurs, artisans, transporteurs, guides touristiques et opérateurs économiques devraient bénéficier de l’afflux de visiteurs venus du Bénin, d’Afrique, d’Europe, des Caraïbes et des Amériques.

Sortir la culture de la logique événementielle

L’autre élément marquant du discours d’Imelda BADA concerne la question du financement culturel.

Refusant une approche fondée exclusivement sur les subventions ou l’assistanat, la promotrice a défendu un modèle économique hybride associant gratuité populaire, contributions citoyennes, offres touristiques spécialisées, partenariats privés et mécénat.

L’objectif est double : préserver l’accessibilité du festival tout en garantissant sa pérennité.

Cette réflexion traduit une évolution plus large des industries culturelles africaines, confrontées à la nécessité de construire des modèles autonomes capables de soutenir durablement les initiatives patrimoniales.

Dans cette perspective, les nouveaux Packs Diaspora & Immersion Culturelle apparaissent comme l’un des piliers de la stratégie du FIZ 2026.

Pensés comme de véritables parcours mémoriels, ils visent à renforcer les liens entre le continent et les diasporas tout en stimulant le tourisme culturel.

Une Afrique qui raconte elle-même son histoire

Au fil de son intervention, un fil conducteur est apparu avec netteté : la volonté de replacer l’Afrique au centre de son propre récit.

« Redonner à l’Afrique le droit de raconter elle-même son histoire », selon les mots de la promotrice.

Une formule qui résonne particulièrement dans une époque marquée par les débats sur la restitution, la mémoire, la transmission et les identités culturelles.

À Dangbo, le Festival International Zogben semble ainsi vouloir dépasser le statut de manifestation artistique pour devenir un espace de narration collective, où patrimoines, territoires et diasporas dialoguent autour d’un même horizon.

À quelques semaines de l’ouverture officielle, une chose paraît déjà acquise : le FIZ 2026 ne cherche plus uniquement à attirer des festivaliers.

Il entend inscrire le patrimoine béninois dans une conversation mondiale.

Et faire de la culture non seulement une mémoire vivante, mais aussi une promesse d’avenir.

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